ACTE II, SCENE IV. ai
Présente à vos regards, je snis donc oubliée?
HENRI
Ne parlez plus des nœuds que vous avez brisés ; Ne vous souvenez plus de mes feux méprisés.
ANNE DE BOULEir.
Tai méprisé vos feux ! vous ne pouvez le croire.
HENRI
Oui , vous avez trahi vos sermens , votre gloire.
ANNE DE BOULEN
Si j'ai pu vous déplaire , ordonnez mon trépas ; Mais en m'ôtant le jour , ne me flétrissez pas : Contentez-vous du sort oii vous m'avez réduite.
HENRI
Ainsi donc c'est à moi d'excuser ma conduite ! Vous m'étonnez.
Daignez me l'expliquer au moins.
HENRI
Mes bienfaits envers vous manquient-ils de témoins ?
ANNE DE BOULEN
Ils vivent dans mon cœur , malgré votre colère,
HENRI
Et ce cœur a brûlé d'un amour adultère!
Et l'objet de mon choix , oubliant sa fierté , A de notre union souillé la pureté !
ANNE DE BOULEN
Moi!
aa HENRI YIII.
HIVRI.
Bien plus; j en rougis , et pour mon diadème, Et pour votre complice, et surtout pour vous-Hiême ; La nature et l'hymen, à la fois outragée, Ont demandé vengeance et ne sont point venges. Mais il faut mettre un terme à tant d'ignominie.
JLJXUfE DE BOULEN.
Ah ! ces cris de la rage et de la calomnie Ont-ils dans votre cœur prévalu contre moi ?
HENRI
A ces cris odieux ma cour ajoutait foi.
Si la vérité parle^ est-ce à vous de vous plaindre ? Si c'est la calomnie , est-ce à vous de la craindre ? Il est temps que les lois se déclarent pour vous. Et que votre innocence éclate aux yeux de tous.
ANNE DE BOULEN
Eh ! de quels magistrats dépend ma destinée ! L'intérêt dans leur cœur m'a déjà condamnée.
C'est vous qui m'accusez , et je vois vos» flatteurs Juges tout II la fois et calomniateurs ; Je vois des courtisans vendus au rang suprême , Choisis dans ce palais , et choisis par vous-même.
HENRI
Non ; ceux que f ai chargés dlnterprëier les lois , Madame, en aucun temps n'ont pu vendre leurs voix : Ne les outragez plus, ce discours qui m'offense. Bien loin de vous servir , nuit à votre défense ; Aux droits de l'équité vos juges sont soumis.