ACTE III, SCÈNE V. ai
Les discours séduisans , les perfides caresses , Les éloges flatteurs , les bienfaits , les promesses , L'or , premier des tyrans , premier des séducteurs , Drusus prodigue tout au nom des sénateurs.
LJCINIA.
De quelques vrais Romains que peut le vain courage ? L'éclair nous avertit; laissons passer l'orage : Fuyons. Quelques amis jusqu'aux monts Apennins Sont prêts à nous guider par de secrets chemins. Déjà la sombre nuit couvre les sept collines , Et descend par degrés sur les plaines w>isines : Viens ; nous suivrons tes pas au bout de l'Univers , De cités en cités , dans le fond des déserts : Les lieux où tu vivras seront notre patrie ; Une épouse qui t'aime , une mère chérie , Adouciront le poids de tes calamités , Et nous pourrons du moins mourir à tes côtés !
GRACCHUS
Avec la liberté tu veux que je m'exile !
Quand Rome existe encor , moi chercher un asile !
Fuir , au sein de la nuit , par des chemins secrets ,
Comme un brigand chargé du poids de ses forfaits !
Abandonner ce peuple au sénat qui Topprime !
Déserter ma patrie ! y songer est un (|rime.
Et que penserait-on de l'indigne soldat
Qui fuirait ses drapeaux au moment du combat ?
Non ; l'aspect du péril agrandit le courage :
Combattre les tyrans fut toujours mon partage.
îii4 CAIUS GRACCHUS.
Cest ici qu'à nos droits ils osent insulter : C'est ici qu'est mon poste , et j'y prétends rester ; Et , quand sous leurs efforts Rome entière chancdle, Je dois relever Rome , ou tomber avec elle.
FULVltJS.
Je t'approuve , et je cours ramener en ces lieux Le peu de citoyens dignes de nos aïenx.
Gracchus est en péril , et le peuple sommeille ! Les tyrans sont vainqueurs ; que le peuple s'éveille ! Je veux que ses débris , par un dernier effott, Portent chez Toppresseur l'épouvante et la mort. Pleins d'un beau désespoir tentons la destinée. Si ce jour est pour nous la dernière journée , Aux esclaves du moins nous ferons noà adieux , Et c'est la liberté qui fermera nos yeux !
( n tort. )