‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiquesChapitre 170 sur 266 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Quelles réflexions ou quels événemens

Ont ainsi tout-à-coup changé vos sentimens ?

Les jours étaient trop longs au gréde.votre attente;

Chaque instant Êttiguait votre ame impatiente ;

Ce zèle ardent et pur s^est bientôt ralenti ; '

Après tant de sermens ce cœur s'est démenti.

AMELIE.

Hélas!

l'abbesse.

Vous repoussez une chaîne éternelle !

▲ MiLIE.

Eh bien ! s'il était vrai , serais-je criminelle ?

l'abbesse.

Vous l'avouez !

AMELIE.

Je puis l'avouer sans rougir.

J'ai changé malgré moi ; devez-vous m'en punir ? J'ai vu se dissiper l'erreur enchanteresse :

Au lieu de ce bonheur qu'on me peignait sans œss^ Mes yeux n'ont aperçu qu'un immense avenir, Sans espérance, hélas ! comme sans souvenir. Voilà donc mon destin ! la paix de cet asile '

Éternise le temps qui s'écoule immobile. *

En prononçant mes vœux, plus de vœux à former; Point de père qui m'aime, et que je puisse aimer ;•• Plus rien autour de moi ; rien que la solitude! '^- Mon cœur de vos liens craignant la servitude, >^ ^ A par des nœuds plus do\ix besoin de s'attacher *:

J'ignore mes pareDS ; je voudrais les dierdièr.

SI le sort à jamais me dérobe leur ti^ca,

Yh bien ! Dieu me <:réa ; Oîeii verra ma disgrâce.

Resterai-je orpheline j en regardant lea .deux ? . .

Ah ! je le tiens de vous : rien n'édiappe à ses ^eux;

Tout éprouve ici -bas ses bontés paternelles;.

Dès que le faible oiseau peut essayer ses ailes ,

Loin du sein de sa mère il vole sans appui;

Il est seul dans le monde , et Dieu prend soin de lui.

l'abbesse.

Je vous laisse à penser si je pouvais attendre Cet aveu, qu'un peu tard vous m'osez faire entendre, Et ce trouble inoui de vos sens agités ; Vous voulez m'attendrir, et vous me révoltez. Quand déjà l'on prépare un sacrifice austère, Vous prétendez quitter ce cloître solitaire, Pour chercher vos pareus qui vous sont inconnus ! Vos parens !... pour jamais vous les avez perdus. Des mortels méprisés vous ont donné la vie Au sein de l'infortune et de l'ignominie ;• Vous expiriez sans moi ; mes bienfaisans secours Dans ce pieux asile ont conservé vos jours :

Et de l'abandonner vous formez l'espérance !

De tous mes soins pour vous telle est la récompense ! Mais ne présumez pas que ce vain changement Suspende mes desseins, et m'arrête un moment: Il faut qu'un nœud sacré , contraint ou volontaire , Répare votre honte et celle d'une mère :

Page 1