ACTE I, SCÈNE II
Quelles réflexions ou quels événemens
Ont ainsi tout-à-coup changé vos sentimens ?
Les jours étaient trop longs au gréde.votre attente;
Chaque instant Êttiguait votre ame impatiente ;
Ce zèle ardent et pur s^est bientôt ralenti ; '
Après tant de sermens ce cœur s'est démenti.
AMELIE.
Hélas!
l'abbesse.
Vous repoussez une chaîne éternelle !
▲ MiLIE.
Eh bien ! s'il était vrai , serais-je criminelle ?
l'abbesse.
Vous l'avouez !
AMELIE.
Je puis l'avouer sans rougir.
J'ai changé malgré moi ; devez-vous m'en punir ? J'ai vu se dissiper l'erreur enchanteresse :
Au lieu de ce bonheur qu'on me peignait sans œss^ Mes yeux n'ont aperçu qu'un immense avenir, Sans espérance, hélas ! comme sans souvenir. Voilà donc mon destin ! la paix de cet asile '
Éternise le temps qui s'écoule immobile. *
En prononçant mes vœux, plus de vœux à former; Point de père qui m'aime, et que je puisse aimer ;•• Plus rien autour de moi ; rien que la solitude! '^- Mon cœur de vos liens craignant la servitude, >^ ^ A par des nœuds plus do\ix besoin de s'attacher *:
J'ignore mes pareDS ; je voudrais les dierdièr.
SI le sort à jamais me dérobe leur ti^ca,
Yh bien ! Dieu me <:réa ; Oîeii verra ma disgrâce.
Resterai-je orpheline j en regardant lea .deux ? . .
Ah ! je le tiens de vous : rien n'édiappe à ses ^eux;
Tout éprouve ici -bas ses bontés paternelles;.
Dès que le faible oiseau peut essayer ses ailes ,
Loin du sein de sa mère il vole sans appui;
Il est seul dans le monde , et Dieu prend soin de lui.
l'abbesse.
Je vous laisse à penser si je pouvais attendre Cet aveu, qu'un peu tard vous m'osez faire entendre, Et ce trouble inoui de vos sens agités ; Vous voulez m'attendrir, et vous me révoltez. Quand déjà l'on prépare un sacrifice austère, Vous prétendez quitter ce cloître solitaire, Pour chercher vos pareus qui vous sont inconnus ! Vos parens !... pour jamais vous les avez perdus. Des mortels méprisés vous ont donné la vie Au sein de l'infortune et de l'ignominie ;• Vous expiriez sans moi ; mes bienfaisans secours Dans ce pieux asile ont conservé vos jours :
Et de l'abandonner vous formez l'espérance !
De tous mes soins pour vous telle est la récompense ! Mais ne présumez pas que ce vain changement Suspende mes desseins, et m'arrête un moment: Il faut qu'un nœud sacré , contraint ou volontaire , Répare votre honte et celle d'une mère :