‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiquesChapitre 237 sur 266 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Loin de la ville ingrate où j'étais outragé.

Tes yeux ont vu pourtant si je l'ai bien servie !

TlMOLEOir.

Et le droit de verser ton sang pour la patrie, L'inestimable honneur de mourir pour nos lois, N'est-ce donc pas un prix plus grand que tes exploits? Tu n'as que de l'orgueil ; tu n'aimes point la gloire. Peux-tu compter pour rien une illustre mémoire ; Les vierges, les vieillards, célébrant leur soutien. Pleurant sur le cercueil du guerrier citoyen ; Le chêne couronnant sa valeur qui succombe, Et l'immortalité qui s'assied sur sa tombe ?

Tu me parles d'affront : et de quoi te plains-tu ? Par de vils envieux le lâche est abattu.

Vois Cimon, Miltiade, Aristide le juste :

Eh ! qui n'envîrait pas leur infortune auguste ? Après vingt ans d'exploits, de vertus, de travaux, N'ont-ils pas succombé sous d'indignes rivaux ? N'a-t-on pas vu contre eux s'armer la calomnie ? N'ont-ils pas d'un exil essuyé l'infamie ?

Eh bien! de la vengeance ont-ils goûté l'espoir? Ont-ils volilu du peuple ébranler le pouvoir ? Non ; d'un regard modeste , et d'une ame tranquille , Ils emportaient la gloire au fond de leur asile ; Et, de loin sur l'Etat fixant toujours les yeux. Pour la patrie absente ils invoquaient les Dieux.

TIMOPHAICE.

De la vertu suprême ascendant redoutable !

37« TIMOLEON.

Le passé m'épouYante, et Ta venir m'accable.

Anticlès...

TIMOLiON.

Antîclès ! pounjuoi ce nom &tal ? Il me semble du crime entendre le signaL

TIMOPH^HE.

Je dois te déclarer tout ce que je redoute :

De nombreux citoyens, trompés, fiiibles sans doute ,

Voudraient calmer TÊtat trop long-temps agité,

Et sur un ferme appui fonder la liberté.

Déjà même à grands cris ces citoyens demandent...

TIMOLÉOir.

Antidès et les siens ? Je sais ce cju'ils prétaodent Tentrevois aisément, ainsi qu'Ortagoras, Des projets que j'abhorre, et que je ne crains pas. Quelquefois, il est vrai, dans une république Le peuple est travaillé d'un repos léthargique : Alors tous les méchans s'assemblent à grands flots : Alors au sein des nuits s'ourdissent les complots. Quand le lâche est tremblant , quand le traître conspire, Quand le tyran futur a la main sur l'empire.

Se levant tout-à-coup, le peuple d'un coup-d'oeil Voit tous ses ennemis, et les plonge au cercueil.

TIMOPHAZfE.

Ta généreuse ardeur et m'anime et m enflamme* A tes sagfs conseils j'abandonne mon ame.

Dis-moi « Timoléon; crois-tu qu'avant ce jour De Corinthe en mon coeur j'eusse étonfiSé l'amour ?

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