‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiquesChapitre 236 sur 266 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

Voilà les citoyens que chérit Timophane.

Leur iiittérêt, voilé du nom de bien public, De notre liberté fait un honteux trafic ; Les noms d'égalité, de vertu, de patrie, Né retentissent plus àmaà leur une flétrie.

Lorsque TÉtat réclame et des biens et de Tor, Us ferment avec soin leur avare trésor ; Rien ne peut au péril aguerrir leur faiblesse :

Bien n'attendrit ces cœurs sèches par la mollesse. Quand le peuple, quittant ses rustiques foyers, Court affronter la mort et les travaux guerriers , On voit dans nos remparts leur oisive opulence , D'un luxe corrupteur étaler l'insolence ; Et, toujours évitai|| la gloire et les dangers. Aux maux de la patria ils semblent étrangers. Tu ne me réponds pas ? Je viens de te confondre.

TIMOPHANE.

Tu ne me confonds pas, et je vais te répondre. . Tes reproches sont durs ; ils sont cruels pour moi : Mais je vois un ami , je vois un frère en toi ; Je te chéris encor, malgré ton injustice.

Je n'oublîrai jamais que, sans ta main propice. Dans les plaines d'Argos tout mon san^ répandu...

TIHOLÉON.

Mon frère ! un citoyen ! j'ai fait ce que j'ai dû. .

TIMOPHANE.

Mon cœur reconnaissant...

TIMOLÉOV.

Point de recomiaissaiioe :

Défends la liberté ; voilà ma récompense.

TIMOPHANE.

Mon nom dans les combats fut placé près du tien. Ce que l'État me doit...

TIMOLÉON

L'État ne nous doit rien ; Mais nous lui devons tout : vertus, talens, fortune, Tout en nous appartient à la mère commune :

Si nous comptons un jour nul pour la liberté , Nous lui volons le bien qu'elle nous a prêté.

TIMOPHANE.

Faut-il ^ en la servant , dénué d'espérance , Renoncer pour jamais au prix de sa vaillance ? Après quelques exploits , et tant de sang versé, Dois-je donc par la haine être récompensé ?

J'oublie Ortagoras par égard pour mon frère; Je sais que la vieillesse, ombrageuse et sévère, En de vagues soupçons se plaît à s'égarer ; Mais que d'affronts cruels on m'a fait dévora ! Ceux que tu méconnais sont des amis sincères ; Ils imposaient silence à mes vils adversaires : Ce sont eux qui, pour moi se réunissant tous, Ont dissipé Tessaim de mes rivaux jaloux.

Si de Corinthe enfin je suis élu prytane, Ce sont eux dont la voix a nommé Timophane ; Et, sans eux, dans l'exil je me verrais plongé

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