ACTE III, SCÈNE IV. 4oi
Ne viens-tu pas de voir que, durant ton absence , Ton frère a d'un monarque affecté la puissance ? Veux-tu que ses amis, sûrs de l'impunité.
En couronnant son front parlent de liberté ?
Ou bien , veux-tu tenter au sein de notre ville Le dangereux hasard d'une guerre civile?
Quand Téchafaud vengeur atteint tous les forfaits, L'Etat peut prononcer, la loi décide en paix. Mais, quand l'Etat n'est rien, quand la loi gémissante Voit tomber les débris de sa force impuissante, Quand il faut terminer le combat engagé Entre un usurpateur et le peuple outragé , Alors avec le fer tout citoyen décide , Alors tout homme libre est un tyrannicide.
TIMOLÉOW.
Il faut donc...
ORTAGORAS.
L'immoler.
TIMOLÉON
Quoi! ma main'dans son cœur...!
ORTAGORAS.
Non ; tu n'as pas besoin de ce nouvel honneur. Ton amour pour ton frère exciterait ma crainte : C'est moi dont le poignard délivrera Corinthe. Par mes ordres bientôt de hardis citoyens Oseront arrêter Anticlès et les siens.
Je veux dans l'avenir consacrer ma mémoire ; J'ai traîné soixante ans des jours vides de gloire : a 16 "
4o2 TIMOLÉON.
Compagopp des héros, je ne fus qu'un soldai; Rien de moû front vieilli ne rajeunit l'éclat. Mais, quand j'aurai frappé ce)ui qui nous opprime, Assuré que les Grecs, en rappelant son crime. Chanteront le vieillard qui l'aura fait périr. Tous mes jours seront pleins, et je pourrai mourir.
TlJfiQhÉQJf.
£t si tu succombais?
ORTAGOEAS.
Ne crains pas ma vieillesse :
Lorsque dans nos remparts une indigne jeunesse Conspire pour {e crime et pour la royauté.
Un vieillard doit venger l'antique égalité.
Pour les républicains l'âge n'a point de glace : J'aurai de cent guerriers le courage et l'audace; L'aspect de l'oppresseur affirmera mon bras , Et les Dieux de Corinthe ont juré son trépas. Il est mort... Loin de toi les faiblesses vulgaires ; Va, les bous citoyens seront toujours tes frères : Pour conserver l'État, la liberté, la loi.
Tu ne perds qu'un seul homme, et cethommeest un roi.
TIMOLEON.
Je vois qu'il est puissant ; je vois qu'il est coupable. Il suffit. Donne-moi cet écrit redoutablis :
Il le verra. Je veux, par cet arrêt de mort.
Dans son cœur parricide enfoncer le remord.
Reste sous ce portique : un grand dessein m'anime ; Ne crains rien pour le peuple , il aura sa victime :