ACTE IV, SCÈNE II
Plus triste , plus à plaindre , et dévorant mes pleurs , Moi, souvent près de lui son esclave tremblante, Je lui faisais entendre une voix consolante.
Vœux, soins, respect , amour, il a tout oublié. Saurais dû le prévoir ; les rois sont sans pitié. Ils ont reçu du ciel un rang qui les dispense De vertu, de tendresse et de reconnaissance.
Il valait mieux , sans doute , aux pieds de nos autels , Recevoir les sermens du dernier des mortels : Il n'eût point dans son cours interrompu ma vie ; Et, si l'arrêt du sort me l'eût si tôt ravie , Sa présence eût au moins attendri nos adieux , Et la main d'un époux m'aurait fermé les yeux. Vous voyez cet abime où je suis descendue :
C'est un roi qui m'aimait, c'est lui qui m'a perdue; C'est lui qui maintenant se plaît à m'accabler» Mais c'est trop peu ; sa rage ose encore immoler Des sujets tnnocens , mes amis , ma Ëunille : Si je pouvais au moins voir un instant ma fille !
CRAMMER
Vous la verrez , madame.
A NNE DE BOULEN
Ah ! que m'annoncez- vous?
CRAMMER
Le Roi....
ANNE J>£ BOULEN
Ne m'ôtez pas un espoir aussi doux, a 4
5o HENRI VIII.
CRàHfHER.
Non ; bientôt la princesse en ce lieu va paraître.
AFlfX DE BOULEN.
Ma fille! est*il bien vrai? Vous me flatta peut->étre ?
CRAMMER
Votre époux y consent.
ANNE DE BOULEir.
Il adoucit mon sort; Et je peux à ce prix lui pardonner ma mort.
CRAMMER
Sa mort ! tU la permets , ô juste Providence !
ANKR DE BOULEir.
De l'accuser, pontife, aurions-nous l'imprudence? Religion divine, appui des malheureux, Prête à mon cœur flétri tes secours généreux ! Ce cœur est accablé par l'injustice humaine; Il a besoin d'un Dieu pour supporter sa peine : La vertu sous le glaive implore son atttieur. Et dans le ciel au moins cherche un consolateur. Grand Dieu ! des opprimés où serait l'espérance , Quel prix dans leur malheur soutiendrait leur constance, Si notre ame, en quittant ce monde criminel , Ne trouvait devant soi qu'un néant étemel ?
Non : j'aime à le penser, cette ombre de la vie D'un jour plus véritable est sans doute suivie , Un avenir plus pur se présente à mes yeux :
Les maux sont ici-bas, les biens sont dans les cieux. Là disparaît enfin l'orgueil du rang suprême ;