‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiquesChapitre 54 sur 266 · DE M. PALISSOT · texte numérisé non relu

DE M. PALISSOT

et en avoir fait une des p)as intéressatites scènes de la pièce; avoir affranchi une diffîcnllé ^eutêtre encore plus grande , en faisant un bènB^ honune du juge qui a le malheur de condafluef l'innocence ( et prenez garde, messieurs, que^ sans cette difficulté surmontée , l'ouvrage n*avBlt • plus de but moral , et ne pouvait plus s'appeler Vécale des juges ), c'était assurément avoir rem-porté le prix de son art. Mais se vous ajoutez à ce prodigieux mérite celui que suppose l'inven-r tioflt du personnage de La Salle, Pun des plus beaux modèles de vertu iqiii aient jamais été mis au théâtre, quel rang assignerez-vous à l'auteur, qui^ en moins de deux années, des sueeès de Charles IX et de Henri VUI ^ s'était élevé à cette nouvelle gloire ? Quelle sublime leçon de moralç^ que cette pièce ! Et , depuis les cheis-d'œiivre de notre scène , sur quel théâtre avions-nous entendu mie pareille suite non interrompue de beaux vers ? Où ce jeune auteur, à qui l'on disputait la sensibilité, a-t-il puisé cette foule de sentimens' exquis, délicieux, sublimes sans aucune ostentation , et uniquement par leur extrême vérité ? De quelles richesses il a su semer un sujet en apparence si stérile, et dont l'action n'égale pour aioéi dire que la durée de la représentation ! Qudi tableau que celui des cruautés de Bàville en Laur goedoc, et des funestes effets de la révocatioAi 4e

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redit de Nantes ! Quelle savante opposition que celle des deux portraits de Louis XIV ! Enfin, quel magnifique éloge dç Voltaire, et qu'il se trouve heureusement placé dans une des plus glorieuses époques de sa vie.

Oh ! je sens que je n'écouterai jamais avec patience rhomme injuste qui se permettrait des propos légers , non sur le talent , mais sur le caractère moral dti jeune poète qui a su rendre la vertu si respectacle, et qui a trouvé dans son cœur cette abondance de sentimens puisés dans la plus belle nature.

Cependant, il faut l'avouer, ce n'est pas k Ivà seul que nous devons tout le plaisir que nous a feit son ouvrage : il a été secondé par le talent le plus digne du sien. Quiconque n'a pas vu Monvel dans le personnage de Calas ne connaît qu'ink» parfaitement le talent supérieur de cet acteur célèbre. Je me plais d'autant plus à lui rendre cette justice , que j'avais eu le malheur de me laisser prévenir contre lui. On m'avait dit ( peutêtre avec plus de perfidie que de vérité , mais enfin j'avais eu la faiblesse de le croire ) qu'il avait cherché à nuire au succès d'un de mes^^otivrages. Je déclare que j'ignore et que je veux ignorer si réellement il a eu ce léger tort envers moi ; mais je ne m'en accuse pas moins d'injustice à son égard , et je la répare autant qu'il est en moi par

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Taveu que j'en fais. Si le public m'a fait l'hon* neur d'adopter quelquefois mes jugemens, je crois me donner de nouveaux droits à sa confiance en lui prouvant qu'une rétractation n'est qu'un plaisir pour moi , quand je reconnais que des préventions ont pu m'égarer. Oui , Monvel , j'aime à vous témoigner publiquement l'estime que je fais de vos talens, et à vous dire que voos serez toujours compté parmi les plus grands maîtres de votre art. Je vous ai admiré sur l'une et l'autre scène, mais vous ne m'avez jamais paru plus sublime que dans ce personnage de Calas, infiniment pluâ intéressant à mon gré que celui de Socr^te.

Qu'il me soit permis de revenir encore un moment à l'ouvrage que vous avez si bien fait valoir. Par quelle heureuse magie un sujet qui pouvait ne sembler que sombre et atroce a-t-il pu devenir si touchant? Comment l'auteur est-il venu à bout de réaliser son propre vers,

Qu'il soit attendrissant , qu*il ne soit point horrible?

C'est sans doute par le caractère de constance et de dignité qu'il a su donner au personnage de soti héros. C'est lui, c'est la victime elle-même qui console pendant toute la pièce tous les infortunés qui prennent part a son malheur ; c'est lui qui , dans la situation la plus terrible , entouré

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