‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiquesChapitre 57 sur 266 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Des superstkiûaB racoater les âireur^.

Je n'ai point , comme vous-, goûté dès ma jeunesse Les principes liardis d'une altière sagesse : Dans ma religion rien, n'est douteux pour moi , Et ma raison fléchit sous le joug de la foi ; Mais je puis concevoir qu'un zèle Êinatique Arme contre son fils la main d'un hérédque.

Je sais qu'en votre cœur Dieu seul est adoré , Que Dieu seul à vos yeux est un objet sacré.

« En tous lieux , disiez-vous , nos malheureux ancêtres «( Ont toujours épousé les passions des prêtres; « Et y toujours ajoutant au culte de l'autel^ .« Les humains ont gâté l'œuvre de l'Etemel, b Quoi l monsieur , ce fléau si grand , si redoutable , Quoi ! des religions ce mal inévitable Au culte protestant serait-il étranger.

Ou l'esprit d'une secte aurait-il pu changer ?

LA SALLE

Non , non ; le fanatisme en&nte tous ies crimes; Sans égard et sans choix il frappe ses victimes ; Du sang , de la nature il fait iam la voix :

Mais , pénétrant aussi dans le temple des lois , ^ Souvent, vous l'avoûrez, sa terrible puissance Aux mains des magistrats (ait pencher la balance.

CLéRAC.

Terminons un discours qui pourrait nous aigrir.

LA SALL£.

Oui , fMfmi vos pareils hâtes-vous de courir.

88 JEAN CALAS

Au sein de nos remparts de zélés catholiques " Jadis ont immolé des milliers d'hérétiques :

Une fête annuelle est l'affreux monument Qui retrace à nos yeux ce grand événement ; De ces meurtres sacrés c'est le jour séculaire.

CLiRAC.

J'ai quitté de Bruno le cloître solitaire ; A mes concitoyens je viens me réunir \ £t célébrer comme eux ce sanglant souvenir.

LA SALIiE.

£h bien ! jouissez *donc de cette horrible image ; Par d'homicides vœux célébrez le carnage ; Joignez-vous au vulgaire , et rendez grâce aux cieux Des forfaits qu'autrefois ont commis vos aieux.

CLÉRAC

Modérez ces transports.

LA SALLE

Déplorables contrées.

Aux superstitions si constamment livrées !

Hélas ! de vos revers quand finira le cours ? Le terme en est-il proche.^ ou verrai-je toujours Des citoyens j poussés par un zèle bizarre , Excusable pourtant quand il n'est point barbare ^ Porter publiquement , en signe de douleurs , Des vêtemens hideux sous diverses couleurs?

Vous , juge , initié dans ces sombres mystères , Osez-vous approuver la fureur de vos frères ? Pourquoi donc ces devoirs , ces honneurs solennels

Page 1