‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiquesChapitre 58 sur 266 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

Qu'obtient le suicide au pied de vos autels ?

Pourquoi ces chants cruels , ces accens funéraires ,

Qui sont des cris de rage, et non pas des prières ?

Pourquoi de ce cercueil le spectacle effrayant ,

Et d'Antoine Calas le squelette sanglant ?

Il saisit d'une main la palme du martyre.

Et, les doigts étendus, l'autre main semble écrire.

Il devait, nous dit -on, sous les regards de Dieu,

D'un culte plein d'erreur signer le désaveu :

Fais au moins. Dieu puissant, que sa main sanguinaire

Ne signe point la mort de son malheureux père!

CLÉRAC

Si l'on eût de l'Etat consulté les besoins , Vos yeux de ces objets ne seraient pas témoins. Toujours les protestans ont divisé l'empire : Par de sévères lois il fallait les détruire. •

LA SALLE

Ami de la justice, est-ce vous que j'entends ?

CLÉRAC

Est-ce vous qui seriez l'appui des protestans ? Voyez ces Êictieux , hardis' dès leur naissance, * Par vingt ans de combats affermir leur puissance ; Vaincus par Médicis , quelquefois triomphans , Ils ébranlaient le sceptre aux mains de ses enfens. Henri-Quatre et son fils reçurent en partage De ces dissensions le sanglant héritage :- Ami d'un seul pouvoir le profond. Richelieu Défendit la querelle et du trône et de Dieu.

c>o JEAN CALAS;

Il mourut ; mais bieatot œ siècle vit paraître

Ua roi qui sut parler , qui sut agir en maître ,

Et qui, pour maintenir sa juste autorité,

Employa la constance et la seTerité.

Ce monarque , imposant jusque dans ses fiûbksaes,

Gouverné par la gloire , et non par ses mattvpnes ,

Voulant de son royaume augmenter la splendeur ,

Sous la religion fit fléchir sa grandeur :

Il connut les rigueurs de sa morale austère ;

Un saint xèle dicta cet édit salutaire

Qui livrait rhéréûe au glaive de la loi.

Que n'a-t-on conservé l'esprit de ce grand roi !

LA SALLE

Ainsi vous exaltez les crimes de vos princes ! Oubliez-vous le sort de ces tristes provinces ? Pontifes, magistrats, dressant des échafauds. Nos pères convertis à la voix des bourreaux , Abandonnant leurs biens , errant de ville en ville. Massacrés dans nos murs sous les yeux d'un Baville,' Dans la nuit des cachots entassés par Louvois ; Quelques*uns , en troupeaux fuyant au fend des bots, Pourauivis dans les creux des vallons solitaires. Au bruit du plomb mortel chassés de leurs repaires, Tels que ces animaux que Thomme en son loisir Égorge de sang-froid par un affreux plaisir ! * Oubliez-vous enfin notre Septimanie , Jouet du fanatisme et de la tyrannie , Déplorant les trésors de ses champs dévastés ,

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