ACTE II, SCÈNE III. ii
LA SALLn.
Arrêta,
GLERAC.
,t Quoi ! vous seul contre tous !
LA SALLE
Il n'importe; arrêtez. Je tombe à vos g^ioux.
GLiHAC.
Prétendez-vous aux lois enlever leur victime ? Pouvez-vous bien... ?
LA SALLE
Je puis vous épargner un crime.
Vous étés tous (Taccord : moi , seul de moi\ pôté , Seul... avec la justice, avec l'humanité, J'ose vous conjurer, mes compagnons, mes frères, Vous au nom de vos fils, vous au nom de vos pères", Et tous au nom du ciel que vous croyez venger, De différer encor le m^ent de juger.
De né point prononcer, de peser, de suspendre L'irrévocable arrêt que vous prétendez rendre. Si l'on exécutait cet arrêt odieux , Si bientôt l'innôcenee éclatait à vos yeux, Quel attentat! Pour vous quel avenir horrible! Verra-t-on, dite&-moi, dans ce moment terrible. L'innocent expiré sous le fer d'un bourreajn Sortir à votre voix de la nuit du tombeau?
Anéantirez-vous son trépas , son supplice ?
Chacun de vous alors, pour n'être pas complice, ' Pour n'avoir pas trempé dans 1 arrêt iaimmatn ,
ii6 JEAN CAL4S.
Voudrait donaer son sang, et le voudrait en vain. Oh! ne soyez point sourds à ma voix qui vous prie. Songez bien qu'il y va d'un homme et de sa vie, Que vous vous préparez les tourtnens du remord, Qu'il ne sera plus temps de retarder sa mort, Plus temps de réparer un crime irréparable.
Mais qu'il est toujours temps de punir un coupable.
( Toofl les magistrats se lèvent. )
CLiRAC.
Vous le voulez... eh bien!... mais d'abord calmez-vous.
LA SALLE
Voua répandez des pleurs ! vous m'environnez tous !
CLÉRAC
Je ne le cache pas, mon ame est ébranlée :
11 faut en ce moment dissoudre l'assemblée.
Bientôt nous reviendrons terminer ces débats. Nous avons juré tous, ah! ne l'oublions pas, De n'en croire jamais que notre conscience , D'écouter la loi seule, et non pas l'éloquence.
LA SALLE
N'oubliez pas non plus que vous avez juré D'ofFrir à l'innocence un secours assuré; .
N'oubliez pas surtout qu'en frappant la victime. Si vous vous abusez, votre erreur est un crime; Que c'est un meurtre affreux, plus affreux mille fois Que celui qu'un brigand commet au fond des bois; Que pour un magistrat une telle injustice Est le plus grand malheur, le plus cruel suppUce;