ACTE IV, SCÈNE I. i
LE RELIGIEUX
Il sait qu'il va mourir , et cependant il dort ! Ce repos-là n'est point troublé par le remord. Cette nouvelle enfin comment Ta-t-il apprise ?
LE GEOLIER
Sans trouble , sans douleur , et même sans surprise : U présentait un front soumis , mais rassuré.
LE RELIGIEUX
Et sous ce toit fatal depuis qu'il est entré , Lui voyez-vous toujours ce visage paisible ?
LE GEOLIER
Toujours. A son malheur il paraît insensible.
LE RELIGIEUX
Vous parlait-il de ceux qui devaient le juger ?
LE GEOLIER
Non ; sa femme , ses fils et le jeune étranger , Tel est de ses discours le sujet ordinaire.
LE RELIGIEUX
Eh bien ?
LE GEOLIER
U plaint leur sort. Cependant il espère Que dans la Providence ils auront un appui , Et que l'arrêt cruel ne frappera que lui.
LE RELIGIEUX
Les juges ont rempli cette triste espérance.
LE GEOLIER
Il atteste toujours Dieu de son innocence.
i34 JBAN CALAS..
LE RELIGIEUX
Chez plus dTun criminel c'est ce qu'on a pu voir. Mais jamais de fureurs , de cris , de désespoir?
LE GEOLIER
Non , jamais. Seulement , quand sa faible paupière ,
Après un long sommeil , se rouvre à la lumière ,
Au lieu d'où vient le jour il dirige ses pas ,
Et regarde le ciel , et soupire tout bas.
Si chez des magistrats Terreur était possible ,
Si tout im tribunal...
LE RELIGIEUX
Dieu seul est infaillible.
Cet homme est condamné. Magistrats , puissiez-vous Goûter après sa mort un sommeil aussi doux!
LE GEOLIER
Les sons de votre voix ont frappé son oreille.
LE RELIGIEUX
Hélas ! vous m'affligez.
LE GEOLIER
Le voilà qui s'éveille.
LE RELIGIEUX
Laissez-nous maintenant.
( Le Geôlier sort. )