‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiquesChapitre 92 sur 266 · JEAN CALAS, LE RELIGIEUX · texte numérisé non relu

JEAN CALAS, LE RELIGIEUX

LE RELIGIEUX

Vieillard, pardonnez-moi.

JEAN GALAS

Je nevouscomprends point. Vous pardonner! pourquoi?

LE RELIGIEUX

Vous goûtiez un repos que j'ai troublé peut-être.

JEAN CALAS

Non. Mais vous me plaignez , et vous êtes un prêtre !

LE RELIGIEUX

Ne vous étonnez point : je suis un homme aussi.

JEAN CALAS

Que voulez-vous de moi ? qui vous amène ici ?

LE RELIGIEUX

Mon devoir le plus saint, Dieu notre commun père , L'ordre des magistrats , et vos malheurs, mon frère ; De la religion les bienfaisans secours : Puissent-ils consoler le dernier de vos jours !

JEAN CALAS

Des secours ! que du moins votre zèle s'explique. Je ne suis point nourri dans la foi catholique.

LE RELIGIEUX

Je le sais.

JEAN CALAS

S'il s'agit des secours généreux

i36 JEAN CALAS.

Que le livre sacré présente aux malheureux, Si vous venez m'ofTrir la pitié , Tespérance , Taccepte vos bienfaits avec reconnaissance ; Mais sachez que la mort me fermera les yeux Dans le sein de la loi qu'observaient mes aïeux. CTest par des actions et non par des prières Que Dieu laisse fléchir ses jugemens sévères ; Et , si je connais bien ce Dieu mon seul appui , Les cultes différens sont égaux devant lui.

LE RELIGIEUX

Ah ! la foi des humains ne saurait se contraindre. Si vous vous abusezy c'est à moi de vous plaindre ; Mais si , dans votre erreur voyant la vérité , Vous croyez avec zèle , avec simplicité , Je n'outragerai point l'étemelle justice Jusqu'à penser jamais que le ciel vous punisse ; Et je dois à mon frère annoncer la pitié D'un Dieu que les mortels ont tant calomnié.

Cependant... pardonnez à ce langage austère Que prescrit la rigueur de mou saint ministère ; Concevez le chagrin que mon ame en ressent... Le crime ne dort pas ; je vous crois innocent : Mais vous me convaincrez , et je veux vous entendre. Ouvrez-moi votre cœur : je dois , j'ose y prétendre. Ce cœur à des forfaits s'est-il abandonné ?

Et seriez- vous enfin justement condamné ?

JEAN CALAS

Lorsque j'aurai parlé , que votre voix prononce.

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