ACTE IV, SCÈNE IV. i4i
Mais ils ont repoussé notre juste prière ; Et ces tyrans cruels , organes du forfait , N'accordent point la mort quand elle est un bien&it. La vie est devenue un fardeau qui m'accable.
JEAN CALAS
Comment ?
MADAME CALAS
Ta mort s'approche : elle est inévitable.
La mort est un moment facile à supporter ; Mais la honte est affreuse , et tu peux l'éviter.
JEAN CALAS
Que dis-tu ?
MADAME CALAS
Des tyrans il faut tromper la rage :
Tu sens bien qu'ils n'ont pu deviner le courage.
JEAN CALAS
Et tu peux concevoir ce projet sans efiroi !
MADAME CALAS
Il est grand ; c'est le seul qui soit digne de toi : C'est ainsi que tu peux échapper au supplice. Ainsi , maîtres de nous , vainqueurs de l'injustice , Sans honte et sans frayeur , sans crime et sans remord , Nous nous réunirons dans les bras de la mort..
JEAN CALAS
Sans crime ! un suicide ! Ah ! mère malheureuse , Un suicide a fait notre infortune affrei^se.
Puissent les vœux ardeas d'un cœur pur et soumis Obtenir le pardon du premier de mes fils ! .•
i42 JEAN CALAS.
Mais imiter , grand Dieu ! sa fatale imprudence ! Troubler l'ordre étemel , tenter la Providence ! Non. Sans être coupable on ne peut renoncer Au poste où sa justice a daigné nous placer.
MADAME CALAS
Quelle est donc cette erreur à qui tu rends hommage ? Du Dieu qui le créa lliomme est , dit-on , l'image , Et la bonté de Dieu veille sur les destins De cet obscur limon façonné par ses mains.
Ah ! s'il était bien vrai , si le seul être juste Daignait verser sur nous son influence auguste , Verrait-on Téquité sans crédit et sans voix , Et la loi du plus fort braver toutes les jois ? Verrait-on la balance , entre les mains du crime , Choisir impunément la vertu pour victime ; I^ fanatisme impur , ce fléau des mortels , Souiller les tribunaux , les trônes , les autels ; Sous des brigands sacrés rimnianité tremblante Se débattre à leurs pieds dans sa chaîne sanglante ; Les innocens tî-aînés aux pieds des échafauds , Et souvent poursuivis au fond de leurs tombeaux ? Le malheur inventa le nom de Providence :
L'infortuné qui pleure a besoin d'espérance, Accablé par un roi , par un juge inhumain , Il voulut reconnaître une invisible main :
I^ vanité crédule appuya ce système Qui fait agir pour l'homme et Je monde et Di<ni même. Uedescendons vers nous ; cherchons la vérité :