ACTE IV, SCÈNE IV
De la commune loi l'homme est-il excepté ?
Tout ce qui fut créé , terminant sa carrière ,
iTest-il pas oublié dans la même poussière ?
Tu frémis !... Mais , dis-moi , quand l'Esprit étemel
Daignerait s'occuper du destin d'un mortel ,
En tranchant tous les deux nos jours insupportables,
A ses yeux paternels deviendrons-nous coupables ?
Est-ce un tyran qui tient des esclaves aux fers ?
Nous a-t-il défendu de finir nos revers ?
Nous a-t-il malgré nous condamnés à la vie ?
Et ne peux-tu mourir qu'au sein de l'infamie?
JEAN CALAS
Calme ton désespoir , épouse de Calas ;
Il afflige mon cœur et ne l'ébranlé pas.
Pour juger de mon sort apprends à le connaître ;
Et ne blasphème point le Dieu qui t'a fait naître.
Tu me plains de subir et l'opprobre et la mort !
Eh quoi ! n'est-ce donc rien de mourir sans remord?
Tes regards vainement cherchent la Providence !
Tu ne la trouves pas dans notre conscience-,
In&illible témoin qui n'est jamais séduit ,
Juge qu'en tous les temps la vérité conduit ,
Qui soutient dans ses maux la vertu qu'on opprime ,
Et jusque sous le dais fait le tourment du crime ?
Tu parles d'infamie ! Ah ! tes sens sont plongés
Dans l'antique chaos de nos vils préjugés.
Mais j'approche du terme où l'on cesse de croire
A ces fantômes vains et de honte et de gloire.
i44 JEAN CALAS.
Le ciel laisse ma vie au pouvoir des humains ; MoD véritable honneur n'est pas entre leurs mains : Ce seul bien qui me reste est au fond de mon ame. Triomphant ou puni , le coupable est infâme.
Quand le juste opprimé périt sans défenseur , La honte doit tomber sur le juge oppresseur.
Aux étemelles lois ne sois donc plus rebelle ; Pour sortir de la vie attends que Dieu t'appelle. Nous avons tous les deux un devoir à remplir ; Mais le tien est de vivre , et le mien de mourir.
MADAME CALAS
Cruel , quand tu péris , mon devoir est de vivre ! Je nen connais qu'un seul: c'est celui de te suivre, De finir un destin d'horreur empoisonné , Et de joindre l'épouse à l'époux condamné.
Je ne fléchirai point ton courage insensible ! Ton supplice s'approche , et tu restes paisible ! Eh bien ! au lieu fatal je marche sur tes pas ; Je veux te précéder dans la nuit du trépas :
Tout mon sang...
JEAN CALAS
Ecoutez... la fureur vous égare.
MADAME CALAS
Devant toi , sous tes yeux...
JEAN GALAS
Y pensez-vous , barbare ?
Déjà sur votre cœur je n'ai donc plus de droits !... Accourez , mes enfans ; reconnaissez ma voix.