CHAPITRE X
Année de Condé.
A la Un de la monarchie, les gentilsliommes françois redevinrent ce qu'ils avoient été au com* inencement de cette monarchie, et tels que les anciennes ordonnances de nos rois nous les représentent : « Nobles hommes à pied, armés ■ d'une tunique , d^une gamhière et d*un bassi' > aeP. » lis rajeunirent leur noblesse dans ses sources, c'est-à-dire dans les combats : tout soldat françois a ses lettres de noblesse écrites sur is cartouche. L'armée de Condé , souvent contnintedese replier avec les grandes armées dont die subissoit les Aiutes, ne fut Jamais défaite. Hors de la portée do canon , elle marchoit sans discipline : généraux, ofliclers, soldats, tous égaux , n'obéissoient presque plus; au feu, elle serrott ses rangs et s'allignoit sous le boulet ennemi. Pendant neuf campagnes, elle n*eut pas aoe nuit de sommeil; cent mille guerriers dor- Bioienten paix derrière elle. Qu*avoient-ils à craindre? Trois Condé étoient à leurs avant-poste^.
Lorsque M*' le duc de Berry rejoignit larmée deCondé, elle étoit à sa troisième campagne ; elle avait emporté avec les Autrichiens les lignes de Welssembourg , et, dans la brillante affaire de Berstheim, elle avoit empêché les républicains de percer la ligne des alliés. Ce fut dans ce combat que les trois Condé, renouvelant l'aventure de la bataille de Senef , déployèrent une valeur héroïque: le vieux Condé dans le village même deBers- ^im, qu'il reprit à la tête des gentilshommes à pied '; le duc de Bourbon, en avant du village, dans une charge de cavalerie où il fut grièvement blessé d'un coup de sabre au poignet ; le duc d'Enghien, dans une autre charge de cavalerie par laquelle il s'empara d'une pièce de canon , après avoir eu ses habits percés de balles et de coups de baïonnette. « Vous êtes à l'âge, et vous portez le • nom du vainqueur de Rocroy, lui écrivoit à «cette occasion Monsieub, régent du royaume;
' NobilUhomopede», armatut tunica, camberaiaet bai' «ûdo. (OrdoDD. des rote de France. ) * S déoemlMe 1708.
« son sang coule dans vos veines ; vous avez de- « vant les yeux l'exemple d*un père et d*un grand- « père au-dessus de tous les éloges : que de mo- « tife d'espérer que vous serez an Jour la gloire et «l'appui de l'État! «
Quand ou songe A ce qu'on a fait de cette gloire et de cet appui de l^État, ces belles paroles fendent le cœur. Le Jeune d'Enghien devint le frère d'armes du Jeune Berry ; ces princes se sentoient unis par une même destinée : » SaûletJo- « nathasj si aimables durant leur vie y plus « prompts que les aigles et plus courageux que « les lionSy sont demeurés insépt^rables dans ^ leur mort même K^
M*^*^ le duc de Berry se trouvoit à une grande école : amis et ennemis lui offroient également des exemples; c'étoient partout des François. Les uns défendoient le roi^ les autres la France : dans les deux camps étoit la gloire, également attirée par l'éclat des succès et par la noblesse des revers,