‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 12 sur 279 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Monseigneur le duc de Berry à Tarmée de Condé.

Le lendemain de l'arrivée du fils de France , le prince de Condé tint un conseil secret. Il recommanda à M. le baron de la Rochefoucauld, maréchal des logis, de veiller à la sûreté de M'' le duc de Berry : « Mais prenez garde qu'il ne A s*en aperçoive, sjouta-t-il, car il s'en fâcheroit. » C'est de la surveillance à la manière des héros : les balles sont plus faciles à conjurer que les poignards.

M»^ le prince de Condé remercia S. A. R. M'' le comte d'Artois de la marque de confiance qu'il avoit bien voulu lui donner en lui envoyant son fils ; il l'assui-oit qu'il prendroit le plus %nf intérêt aux succès certains du jeune prince ^ doué par le ciel des plus heureuses dispositions *. M**" le duc de Berry servit d'abord comme volontaire. M**^ le prince de Condé lui présenta les officiers les plus distingués de l'armée etceux qui avoient été blessés dans les campagnes précédentes. Le jeune prince se fit remarquer par son amour pour la discipline , et par son empressement à se soumettre aux règlements militaires. Il ne se plalgnoit jamais que des usages étrangers à la France. « II « faut, s'écrinit-il, aller prendre les grosses bottes « et tout Tattirail d'un Prussien , moi qui suis

I Reg, lib. Il, cap. i.

3 Août 1794. LeUre du prince de Condé à 5. ^. R, M^ le comte d* Artois.

MEMOIRES

« François autant que possible '. « Il étudioit les nouveaux et les anciens champs de bataille. Il visita Pliilipsbourg où périt le maréchal de Berwick 9 et le champ de Saltzbach où tomba Turenne. Il vouloit assister aux moindres affaires. Lorsqu'on lui représentoit qu'il se feroit blesser : « Tant mieux, disoit-il, cela fait honneur à une « famille. » Il écrivoità une femme : « La guerre « vacommencer.Nousen serons, nous autres prin- « ces. Il faut espérer, pour l'honneur du corps, « que quelqu'un de nous s'y fera tuer. « Un billet de la même année ' montre la gaieté guerrière du prince; il est adressé au jeune vicomte César de Ghastellux :

R Votre aimable lettre m'a fait un grand plal- « sir, mon cher César; Je suis charmé du désir « que vous me montrez d'imiter votre prédéces- « seur, et d'entrer dans les Gaules ; vous y trouve- « riezde&Yercingétorix,desDumnorix en grande « quantité ; mais Je ne doute point que votre cou- « rage et la cause que vous soutiendriez ne vous « les fissent vaincre aisément J'espère que sous « peu d'années vous pourrez vous montrer digne « de votre prédécesseur et de vos respectables « parents. »

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