‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 110 sur 279 · II · texte numérisé non relu

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de nos iofortuD», ils respectoient encore en lui iear général , et seraient morts avec lui si luimême avoit su mourir.

Mais lorsqu'il eut emporté sa vie avec les millions qu*il avoit eu le courage de demander, la France se tourna vers notre véritable père, qui arrivoit de l'exil sans stipulations, sans traités, sans trésors, rentrant les mains vides, comme Il étoit sorti , mais ie cœur plein de cette tendresse et de cette miséricorde naturelle à la race de nos rois.

Qu'est-ce que le roi trouva en arrivant? Quatre cent mille étrangers dans le cœur de la France, 1,700 millions de dettes, des armées désorganisées et sans solde depuis plusieurs mois , plus de trente mille officiers qui avoient droit à un sort et à des récompenses, quatre cent mille prisonniers prêts à rentrer dans leur patrie et à augmenter l'embarras du moment, une constitution à faire, des craintes à calmer, des espérances à remplir, des partis en présence, et tous les éléments d'une guerre civile. Il paroissoit sage à quelques personnes que le roi , au milieu de tant d'embarras, ne oonnolssant ni le terrain sur lequel Il marcholt , ni l'état des opinions , ni le caractère des Ikommes en France , inconnu lui-même à son peuple; IL paroissoit sage, disons-nous, que ie roi conservât auprès de lui une force étiangère. Le roi rejeta noblement celte idée : une paix bonotable fit sortir les alliés du royaume ; il ne nous en coûta ni contributions ni places fortes; nous conservâmes nos anciennes firontières, et même nous nous agrandîmes du cAté de la Savoie. Les monuments des arts nous restèrent : tout cela fin le fruit de l'estime des alliés pour le roi. Une Charte assura nos droits politiques. Bientôt cette armée, si embarrassante par le nombre de ses soldats, a vu, comme par miracle, presque tout son arriéré acquitté , et le reste de cet arriéré au moment de Têtre. Les ofOeiers qui n'ont pu trouver place dans la nouvelle oi^nlsation militaire reçoivent , au sein de leur famille, une pension qui leur assure cet honorable repos, récompense naturelle de la gloire. Les propriétés ont été garanties; la confiance renaît; les manufactures reprennent leure travaux : tout marehe vers la prospérité. La modération , le génie et les vertus d'un seul homme ont opéré ces prodiges : et il n'en a pas coûté une goutte de sang à la France; et personne n'a été ni inquiété, ni persécuté pour son opinion; ni aucune prison ne

s*est ouverte , sinon pour rendre la liberté à^ ques victimes ; et aucun acte arbitraire da po» voir ne s*est mêlé à tant d'actes de démence il de bonté! Noos sommes trop près de ces mn^ veilles pour les apprécier comme elles lemériteiti mais l'histoire les présentera à l'admlratloQ da hommes : elle ajoutera au nom de Louis le Désià le surnom de Saf/e , que la France a d^à en la gloire de donner à l'un de ses rois.

SI on en avoit cru quelques personaes qri avoient leurs raisons pour semer de pareillesafa^ mes, la France , à l'arrivée des Bourbons, alld devenir le théâtre des réactions et des venge» ces. Que pourroient-elles dlreaujourd'liai?Q«i! pas une exécution , pas un emprisonuemeat, p un exil pour consoler leurs prophéties I An rrtÎÉ de Charles II en Angleterre, le parlement .l| mettre en Jugement plusleura coupables. An M^ tour de Louis XVIII en France, tout le ma^ conserve la vie, la fortune, la liberté; rien pâ de certains hommes n'est perdu ,/>n Phmne^ Quelque opbiion que l'on ait ou que l'on «it^ on convient généralement que jamais la Fi n'a été aussi heureuse à aucune époque qoe les quatre mois qui se sont écoulés depuis le i blissement de la monarehie. Il n'yaaucmiFfi^ çois qui ne porte en lui-même le sentiment deM| affranchissement et de sa pleine liberté. Ghaei^ s'endort, sûr de n'être pas réveillé au milieu^ la nuit, pourêtretratnépar des espions àla poliÉ ou par des gendarmes à un tribunal fflilltaircU propriétairesaltqu'ilconscrverasonbieii ; lamèi son enfant : elle ne tremble plus dans la craii^ de voir chaque matin, au coin de la ne, afUM quelque nouvelle conscription. Le fermier, M san ) ne se mettent plus d'avanoe à la ioiM pour savoir comment Ils rachèteront le seul i qui leur reste ; le conscrit, qui ne le sera pl8s,i songe plus à se mutiler pour se dénriier àlamal Les taxes seules pèsent encore sur la FnsM mais du mohis on est certain qu'elles seront réM tes dans un temps donné, qu'elles ne seront p<iii imposées arbitrairement par la première anloil de l'État , et jusque par des préfets, des soos-fii fets , des maires et des adjoints. L'État a desdd tes, il feut bien les payer. Et qui lesaeontnM ces dettes? Est-ce le roi ou l'honmie de A d*£lbe?Sl le roi avoit voulu dire : « Je ne soif |i « obligé de reconnoltre les dettes de Buenapirt* « la fortune que la phipart des fournisseais * « faîte les dédommagera asses de la perte fi^

MÉLANGES POUTIQUES.

■ éprouveront, » qu*auroU-on eu à répondre? Ibis le rd a cra qall y alloit de son honneur, nmme de celui de la France , d'acquitter scrupu- ^asement txxite dette qui pouvoit être regardée aornnie dette de i*État; et, par cette bonne foi ■ped^in descendant de Henri IV, il donne à la Frautenn crédit qui doublera la fortune publique.

J^Bà,1es grands malheurs dont bous menaçoit le retoor des Bourbons se réduisent à quelques ■■nnires ; et ces murmures , quand on veut aller mhod de la chose , naissent tous de quelque esfémcetrompée , de quelque place qu*on deman- M et qu'on n*a pas obtenue. La moitié de la PlnBee,soas le despotisme qui vient de finir, Mt payée par Tautre. Le moyen de soutenir un

râl abus! Buonaparte lui-même , s'il fût resté letwyne sans être le mattre de l'Europe, au- {HMpu maintenir toutes les places qu*il avoit jÉHes? Il ne les payoit déjà plus. Pour faire taire aéoootents, il les aurolt fusillés. D'ailleurs les traces d'une révolution de vingt-cinq peuvent-elles être effacées dans l'espace six mois? A la mort de Henri IV, il se trouva de vieux ligueurs qui applaudirent au parde Bûvaillac. Il faut donc nous attendre à encore longtemps, et peut-être toute notre

6, les opinions des François partagées sur une k d*obJet8 : les uns détester ce que les autres lAnoat; ceux-ci vanter, ceux-là dénigrer le ■Évemement.

^MoQ les constitutionnels, la constitution n'est Ml assez libérale. Selon les anciens royalistes, m se seroit bien passé d'une constitution. Ne IhrtHm pas dire aux premiers : « S'il y a quelque «'éuK de défectueux dans la constitution ac- «Mle, le temps y apportera remède. La cons- •ttWkm angloise, objet de votre admiration, •a*! pss été l'ouvrage d'un Jour. Il suffit que les «ftaiements de la liberté publique soient établis •|vmi nous , que le peuple soit représenté , qu'il > le paisse être imposé que du consentement de

* ses représentants, qu'aucun homme ne puisse

■ Hreni dépouillé, ni exilé, ni emprisonné, ni E Bds à mort arbitrairement. Asseyons-nous un ^ÎBoment sur ces grandes bases, et respirons ^dn moins après une course si violente et si ra-

Ke peut-on pas dire aux derniers : « L'ancienne

* institution du royaume et oit sans doute ex- *((QeDte; mais pouvez- vous en réunir les élé- *nniis? Où prendrez- vous un clergé indépen-

« dant, représentant, par ses immenses domaf- « nés, une partie considérable des propriétés dé « l'État? Où trouverez-vous un corps de gentik- « hommes assez nombreux, assez riches, assez « puissants pour former, par leurs anciens droits « féodaux, par leurs terresseigneuriales, par leurs n vassaux et leur patronage, par leur influence « dans l'armée, un contre-poids à la couronne? « Gomment rétablirez-vous ces privilèges des pro- « vinces et des villes , les pays d'états , les grands « corps de magistrature qui mettoient de toutes < parts des entraves à l'exercice du pouvoir ah- « solu? L'esprit même de ces corps dont nous par- « Ions n'est-il pas changé? L*égalité de l'éducation « et des fortunes , l'opinion publique, l'accroisse- « mentdes lumières, permettroient-ils aujourd'hu « des distinctions qui choqueroient toutes les va- « nités? Les institutions de nos aïeux, où l'on « reconnoissoit les traces de la sainteté de notre « religion, de l'honneur de notre chevalerie, de «la gravité de notre magistrature, sont sans «doute à Jamais regrettables; mais peut-on les «faire revivre entièrement? Permettez donc, « puisqu'il faut enfin quelque chose, qu'on essaye « de remplacer l'honneur du chevalier par la di- « gnité de l'homme, et la noblesse de l'individu « par la noblesse de l'espèce. En vain voudriez- « vous sevenir aux anciens Jours : les nations, « comme les fleuves, ne remontent point vers « leurs sources : on ne rendit point à la république « romaine le gouvernement de ses rois , ni à l'em* « pire d'Auguste le sénat de Brutus. Le temps « change tout, et l'on ne peut pas plus se soustraire « à ses lois qu'à ses ravages. ^

Qu'il reste donc encore un peu de chaleur dans nos opinions, cela ne peut être autrement. Le despotisme qui «lent de finir nous avoit fait sortir de l'ordre naturel. Toutes nos passions étoient exaltées , le soldat ne songeoit qu'à devenir maréchal de France, au prix de la vie d'un million de François; le plus mince commis aux douanes . voyoit en perspective un ministère ; l'ouvrier sorti de sa boutique ne vouloit plus y rentrer; la Jeunesse, débarrassée du joug domestique, se piongeoit dans toutes les jouissances et dans toutes les chimères de son âge. Un devoir qui se réduisoit à une bassesse , obéir aveuglément à la VO' lonté cTun maître, remplaçoit toute la morale de la vie. Buonaparte étoit le chef visible du mal, comme le démon en est le chef invisible. Toutes les ambitions désordonnées se rnssembloient au-

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tQur de lui, à peu près oouune les songes qui tiennent se suspimdre à Tarbre funeste que Virgile place à la porte des eiifers.

Aujourd'hui, il nous en coûte de rentrer dans le devoir; le repos nous paroit insipide. Mais, comme l'ordre est Tétat naturel des choses , nous reprendrons malgré nous le goût des choses honnêtes et des jouissances légitimes. Il est curieux de voir la surprise des hommes accoutumés à gouverner par les moyens violents du despotisme. Ils prédisent des révolutions, des soulèvements qui n'arrivent pas ; ils prennent leurs opinions particulières , leur humeur, leurs intérêts secrets , pour l'opinion , l'humeur et l'intérêt de la France. On n'administre pas f disent-ils. Cela n'ira pas ; cela ne peut pas aller. Hé I pourquoi ? parce qu'on n*a pas fusillé ce matin à la plaine de Grenelle; parce que la police n'a pas mis à Yincennes cette nuit uno douzaine de personnes; parce qu'on n'a pas amené du bout de la France des prisonniers dans des cages de poste ; parce qu'on n'a pas payé assez d'espions ; parce qu'on n'empêche personne de parler, d écrire, d'imprimer même ce qu'il veut; parce qu'on ne s'est mêlé ni 4es opérations du commerce, ni de celles de l'agriculture; parce que le conseil d'État n'a pas pris dans un seul jour cent arrêtés contradictoires; parce que, ayant ù choisir sur vingt-cinq millions de François , on n'a pas cru que tous les talents fussent exclusivement renfermés dans les têtes de quelques hommes que l'opinion publique repousse , et qu'on n'a pas appelé ces hommes au gouvernement! Ces personnes (distinguées d'ailleurs par l'expérience des affaires ) sont cependant de mauvais juges de la marche d'un gouvernement légal : elles n'ont connu que la révolution et ses violences; uniquenjent occupées de la force physique, elles n'ont aucune idée de la force morale. Elles sont étonnées que tout aille sans efforts , et presque sans qu'on s'en mêle : elles ne savent pas qu'un roi légitime est une plante qui étend naturellement ses branches et ses vadnes, s'affermit, donne de la protection et de l'ombre, par la seule raison que la terre et le ciei lui sont favorables, et qu'elle croit dans son sol natal. 11 est impossible que ce sentiment de sécurité qu'on éprouve ne pénètre pas u la longue toutes les âmes, n'entre pas dans les ciiaumières et dans les palais, et qu'à la fin on ne se dise pas : « Mais nous sommes cependant heureux 1 » . Que ceux qui croient le {. ouvemement si foible

POLITIQUES

rexaminent d'après les ftdts et les iésalt&ts,flt ils verront qu'il est déjà beaucoup plus fort qœ ce gouvernement de fer auquel il a succédé. Àsroit-on pu , par exemple , laisser imprimer oootR le dernier despotisme les livres que l'on mpm aijy'ourd'hui contre Tautorité existante, sans qn le despotisme en eût été ébranlé? Les plus iofii* mes libelles, lesouvn^ges les plus audacieux se colportent, se vendent publiquement : cela fiutr il rien à personne? Qui est-ce qui lit œsoum* ges? Et si on les lit, quels sont les lecteun qol se laissent persuader? On dira que les auteoiSi en signant les libelles, en détanisent eux-ménNi l'effet, comme les poisons se neutralisent os* tuellement; que l'infamie de l'écrivain corrigi le venin de l'ouvrage. Par une raison ou par m autre , il est cependant certain qu'un gooven» ment qui compte à peine quatre ou cinq dé d'existence , qui s'est établi, comme nous Tavoi vu, au milieu de tant de factions et de tant é( malheurs, résiste à une épreuve qui eût renvcdt Buonaparte au plus haut point de sa puissasef^ Dans les cafés, dans les salons, on juge haaHî ment les actes du ministère, les lois discolHi dans les deux Chambres; on critique, ooeni^ on blâme , on loue ; la marche du gouveroeoMil en parolt-elle dérangée?

La France est ouverte de toutes parts : qo| voyage comme on veut. S'il y a des enDemistt^ crets, ils peuvent y entrer, en sortir quand IMI leur semble. Ils {auvent correspondre, se dff^ ner des roEidez-vous , en un mot, conspim^Êt^ vertement sur les places publiques et au ooiodi rues. Les craint-on? Pas du tout. Boonapark auroit-il pu leur laisser eette liberté? Oa ne éé gneroit pas même se mettre en défense, ils viesdroient échouer devant la douceur et riDdalgcoa d'un gouvernement paternel qui arrêteroit le bn> prêt à les punir : le roi les accableroit da poA de son pardon et de sa bonté. On ne peut rien de redoutable contre une autorité fondée sur la légl* timité et la justice. La France est remplie da parents et des créatures de Buonaparte, et Ib sont protégés commt les autres citoyens, sais que l'on songe à se prémunir contre eux. Hat grande princesse est venue, sous la généreose protection du roi, prendre les eaux dans nos pro* vinces, et pourtant la plaie étoit bien viveetbiea récente! Cette princesse pou voit réveiller de puissants souvenirs I Hé bien ! qu'est-ce que » présence a produit? Se représentc-t-on madame

HÉLANiJË» POUXIQUKS.

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h daâxmt d'Aogoaléaid aux eaux d*Aix SQUS b goavenKment si robuste de la tyrannie , lorsqic k mil nom de Bourbon faisoit trembler le mdesroisTEnOn, un frère de l'étranger est établi m Dotie frontière, où 11 se montre avec une ridwM qu'y seroit plus décent de cacher. En a- X'm téoMigné la moindre inquiétnde? A-t-on démodé son éloignement? Qu'on apprenne donc à JÊfft de la force d'un gouvernement, non par adminiftiratifs, mais par son plus ou de morale , de modération et de Justice. La Im des rois est inébranlable quand elle vient àiluûim de leur esprit et de la droiture de

JnrttBor.

Lnlourbonaont erré, presque sans asile, sur

h fvCwe de la tene; exposés aux craintes de taniateof , Us ne pouveîent «urtoot approcher èitoBUères de France sans courir les risques àh vie, témoin rinfortunédue d'Bngbieo. Au» Jwfbai ils ne poursuivent p<»nt cenx qui les «iiî emeHement poursuivis ; ils les laissent pa* 9âkt autour d'eux , sans leur montrer la moin* iRersInle, sans même prendre les précautions fà parottroient si naturelles. Qui n'admireroit ||H confianes aussi magnanime, une absence Maksotoe de tout ressentiment? Louis XVUI UMon. C'est en s'sbandonnant ainsi à la ioysuté Al rnoçols qu'il prouve invinciblement la légi* de ses droits et la solidité de son trOne. Il qu'il nous ait erié, en arrivant à Calais, imsie Philippe de ValcHS aux pc^rtes du château |iBn9e;«Ouvrez,e'est lafortiwediela FianceN Ibis loi avons ouvert; et nous lui prouverons sommes dignes de Testime qu'il nous a , lorsqu'il a si noblement confié k notre M M ndos et ses malheurs.

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