‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 118 sur 279 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

S'il «t vrai qu*OD soit plas inquiet aij^ourd'hui qu^on ne Tétoit su momeot de la iMIaiiratioii.

« Au retour des Bourbons, dit-on encore, la « Joie fut universelle ; il n'y eut qu'une opinion^ « qu'un sentiment : les anciens républicains, a particulièrement opprimés, applaudirent fran- « chemeat à la restauration. Aujourd'hui les « partis renaissent, cette heureuse confiance est « ébranlée , etc. » Nous avons été aussi témoin des premiers moments de la restauration, et nous avons observé précisément le contraire de ce que l'on avance ici. Sans doute U y eut du bonheur, de la Joie à l'arrivée des Bourbons , mais il s'y méloit beaucoup d'inquiétude. Les anciens républicains étoient bien loin surtout d*étre si satisfaits, d'applaudir avec tant de cordialité. Plusieurs d'entre eux songeoient à se retirer, et avoient tout préparé pour la fuite. Et en quoi avoient41s été pàrticuusiemsrt oppriméssam Buooaparte? Ils Jouissoient d'une grande fortune; UsoecupoientlespremiàresplaoesderÉtat.

Quoi! c*étoient leêSourbontens, les royalistes, qui Jouissoient de la &Yeur sous la tyrannie? On croit rêver.

La véritéestque iaoonflaoce ne teX point «a-

tière au premier moment du retour du roi : beaucoup de gens étoient alarmés, les provinces même agitées, incertaines, divisées; Farmée ne savoit si on lui compteroit ses souffrances et ses victoires; on craignoit les fers, on redoutoit les

MÉLANGES POLITIQUES

où plus de quatre cent mille soldats ont été ii-

vengeances.

Mais peu à peu le caractère du roi étant mieux connu , les frayeurs se calmèrent ; on vît luire l'aurore d'une paix et Tespérance d'un bonheur sur lesquels on ne comptoit presque plus. Rassurés sur les opinions qu'on avoit eues , sur les votes que l'on avoit émis ,touslesparttsplaeèrent dans le monarque une Juste confiance.

Depuis ce temps le roi n'a cessé de prendre de nouvelles forces, et la France de marcher vers la prospérité. Chaque jour le très- petit nombre d'opposants diminue ; les contes absurdes , les terreurs populaires , s'évanouissent ; le commerce renaît , les manufactures refleurissent , les impôts se payent; une immense dette est comblée ; l'armée n'a plus qu'un seul et même esprit ; les pri- . sonniers et les soldats licenciés sont retournés au sein de leurs familles; les officiers , avec une retraite honorable , Jouissent dans leurs foyers de l'admiration due à leur courage ; la conscription abolie ne fait plus trembler les mères ; la plus entière libei*té d'opinions dans les deux Chambres , dans les livres , dans les journaux , dans les discours , annonce que nous sommes enfin rendus à notre dignité naturelle : on se sent en pleine Jouissance de ses droits. La main sur le cœur, de quoi se plaindroit-on ? De qui et de quoi a-t-on peur? Jamais calme fut-il plus profond après la tempête? Les libelles que nous combattons ne sont-ils pas même la preuve de la plus entière liberté, comme de la force du gouvernement? Tout marche sans effort, sans oppression : les étrangers sont confondus et presque jaloux de notre paix et de notre prospérité. On n'entend parler ni de police , ni de dénonciation , ni d'un acte arbitraire du pouvoir, ni d'exécution , ni de réaction publique, ni de veugeanre particulière.

Les magistrats ont seuls agi quand ils ont cru voir des coupables , et cela s'est borné à l'arrestation de quelques individus remis en liberté aussitôt que Ton a reconnu quils n'avoient pas outrepassé la loi. On va , on vient , on feit ce qu'on veut. N'est*on pas content? les chemins sont ouverts; qu'on demande des passe-ports, qu'on emporte sa fortune, chacun est le maître : à peine rencontre-t-on un gendarme. Dans un pays

cenciés, il n'y a pour ainsi dire pas une poite fermée , et pas un voleur de grand efaemiB. La créatures, les parents de Buonaparte lontpaiM; | ils Jouissent de la proteetion des lois. S'ils ootdd pensions sur l'État, le roi les paye scmpaleo»] ment. S'ils veulent sortir du royaume, raiticr, porter des lettres, en rapporter, mvoyer des courriers, flBriire des propositkms, semer des braHi et même de l'argent, s'assembler en secret, a public, menacer, répendre des Hbelles, es tt mot conspirer j comme nous l'avons dit aill ils le peuvent ; cela ne fait de mal à persome.^ gouvernement de huit mois est si solkie , que,! il aujourd'hui fautes sur fautes, il tiendrait core^ en dépit de ses erreurs. Le frèrede XYI, la famille de Louis XVi, la Gbiirte garantit nos libertés, ce sont là des que rien ne peut éinranfer. Immobile sw trône , le roi a calmé les flots auteur de hd 9l n'a cédé à aucune influence , à aueune impul à aucun parti. Sa patience confond, sa subjugue et enchaîne , sa paix se communie tous. Il a connu les propos que l'on a pa les petites humeurs que l'on a témoignées,! folles démarches que l'on a pu foire : tout s'est évanoui devant son inaltérable Lorsque autrefois, en Allemagne, il fiit d'une balle à la tête, il se contenta de dire : « ligne plus haut, et le roi de France ft*a| « Charles X ; » et il n'en parla plus. Lorsque i çut l'ordre de quitter Mittau , au milieu de ver, il ne fit pas entendre mie plainte. magnanimité sans ostentation qui lui est eulière , ce sang-froid que rien ne peut troolÉfii le suivent aujourd'hui au milieu de ses prof^ rites. On lui adresse une apologie de laiaecti sga frère , il la lit, fait quelques observations, <( la renvoie à son auteur. Et pourtant il e^i<>f^ et pourtant il pleure tous les Jours en seovll mort de ce frère ! En entrant pour la preodM fois aux Tuileries , le jour de son arrivée à Pari* il se Jeta à genoux : « 0 mon frère , s*écrfa-t4 « que n'avez-vous vu cette Journée! V«b fl « éties plus digne que moi. » Quand on s*apfKi ehe de lui , il a toujours l'air de tous dire : * Q « pourriez-vous trouver un meilleur père? Ul « sez-moi panser vos blessures ; j'oublie les mlei « nés pour ne songer qu'aux vôtres. Est-ce à nH( « âge, après mes malheurs , que Je puis aimer I « tr6ne pour nooi-méme? Je suis là poar ifw»; ^

•je Tcax TOUS rendre aussi heureux que vous •iret lié infortunés. »

Quiconque Jette les yeux autour de sol , au dediBset ao dehors, et ne comble pas de I>énédictfamsle prince que le ciel nous a rendu , n'est pas tgK d*étre gouverné par un tei prince.

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