CHAPITRE XV
Suite detotyecUoQS des coosUtaUonoeU. Ordre de la Doblesse,
« Qu'est-ce, dlt-on, qu'une nc^lesse qui n^est « pas celle de la Chambre des pairs? Qu'est-ce <t que des anoblissements, etc.? »
Ceci tient à la racine des choses : U fhut s'ex-^ pliquer.
Montesquieu a donné Thonneur pour âme à la monarchie , et la vertu pour principe h la république. L'honneur, selon lui^ réside surtout dans
MÉLANGES POUTIQUES.
le corps ite la noblesse , partie intégrante et nécessaire de tonte monarchie qui n'est pas le despotisme.
Mais dans une monarchie mixte , les corps constitués tenant à la partie républicaine du gouvernement, l'un (la Oiambre des pairs) à Taristocratie, Tautre (la Chambre des députés) à la démocratie, il s*ensuit que les deux corps ont pour base, pour esprit et pour but, la vertu, c'est-àdire la liberté , sans laquelle il n'y a point de vertu politique.
Où donc résidera essentiellement le principe de la monarchie? dans la couronne? Sans doute. Mais la couronne ne peut seule le défendre : elle seroit bientôt envahie par le principe républicain , et la constitution seroit détruite. Ainsi il faut en dehors de cette constitution un corps de noblesse qui soit comme la sauvegarde de la couronne, et rauxiiiahre do principe monarchique.
Maintenant observons que la noblesse n*est pas composée d'un seul et unique principe : elle en renferme évidemment deux, l'honneur et la vertu, ou la liberté. Quand elle agit en corps et par rapport à la monarchie en général , elle est conduite par rhonneur, elle est monarchique : quand elle agit pour elle-même, et d*après la nature de sa ^Tùfre constitution, elle est mue par la liberté; elle est républicaine, aristocratique.
D'après ces vérités incontestid>les, voyons ce qui arrivoit à la n<Alesse dans l'ancienne monar^ chic , et de quelle manière elle se combinoit avec le corps politique.
La noblesse, sous la première et la seconde race de nos rois, se présentoit tout entière aux assemblées de la nation ; alors les gentilshommes Jouissoient en corps, et dans leur intégrité, de tous leurs droits : droits qui tenoient au principe de la liberté par leur principe aristocratique, et au principe de l'hcmneur par leur côté monarchique.
Sous la troisième race, quand les états généraux sucoédèrrat aux assembla de mars et de mai , la noblesse se contenta d'envoyer des députés à ces états : alors elle ne Jouit plus en corps de la plénitude de ses droits. La moitié de ces droits, ceux qui tenoient au principe de liberté , les droits républicains ou aristocratiques , furent transmis par elle à ses représentants, tandis qu'elle oontinuoit de garderai» corps ses droits monarchiques , c'està-dire ceux qui découloient du principe d'hon- ;)eur. Gela duroit jusqu'à la fin des états généraux^
où la mission des représentants de la noUw venant à finir, cette ndilesse réunissoit de nosveau ses deux principes, et les droits dcrim di ces deux sources.
Hé bien ! la seule chose qui , sous le rapports la noblesse , distingue aujourd'hui notredermèn constitution, c'est que ce qui n'arrivoit que jsê intervalles sous la vieille monarchie est devos permanent dans hi nouvelle.
La noblesse , représentée dans la Cliainbnàt pairs, a transmis pour toiyours à oette Chankqi son prhicipe de liberté , ses droits répobiieaiiisl^ aristocratiques, tandis qu'elle reste au ddiors< servatrice du principe d'honneur, fondemeot \ de la monarchie.
On voit par là que cett«noblesse n'est poist^ tout incompatible avec nos nouvelles iostit qu'elle n'est point en contradiction avec lai du gouvernement; que ce gouvernement n'a ni dû la détruire ; qu'il a seulement divisé lesi mentsquilacomposoient, séparé son doabte] cipe; et que la noblesse subsiste à la fols im\ Chambre des pairs comme pouvoir aristoci et hors de la Chambre des pairs comme force] narchique.
Elle n'exerce plus ses droits politiques, qu'elle en a remis l'usage à la Chambre des qui la représente sous les rapports répubiicai mais elle exerce tous ses droits d'honoear; appuie de cette force , si grande en France, U toritémonarchique, qui pourroit étreenvahiei ce rempart.
Telle est l'action de ce corps qui yoos inutile, et qui n*est autre, par le fond, quei de la Chambre des pairs. Il n'y a point deux af^i blesses dans l'État : il n'y en a qu'une, qui sei" vise en deux branches, et chacune de ces braockli a des fonctions distinctes et séparées.
Loindonc de nuire à l'État, cette noblesse, Wl> d'honneur, réduite à son principe le plospV)^ un contre-poids placé hors du centre du tM^ ment pour régulariser ce mouvement et maiste* nir l'équilibre de l'État. C'est ensuite m reftp pour tous les souvenh^ , pour toutes les idées qwi ne trouvant pas leur place dans les nouvelles "•* titutions, ne manqueroient pasde les traobler. M gentilshommes, en maintenant le priocipein^ de la monarchie , seront encore les conservatew* des traditions de l'honneur, les témoins de iTi^ toire, les hérauts d'armes des temps passes, W gardiens des vieUles chartes et lesmoaumeots<»
MÉLANGES POLITIQUES
ISS
lidiefakrie. Gomidéiéi senlemeiit «Nniiie propiéuîres, ces hommes distingués par leur éduotkmdeTieodroD^ eomme nous le dirons bientôt, oneeioeUenle p^inière d*officien, d'ori^eurs et Aonmes d'État.
Tout eeci n'est point une théorie plus ou moins hfisKiise) imaginée pour expliquer une oonsti- Mnqoi n'a pmnt eu d'exemple chez les autres fcipla. Il y a aussi , en Angleterre , une ancienne «li«e,plii8 flère de descendre des Bretons , des .IwM, des Danois, des Normands « des AquikiÉs,qQed'occuper un siège dans la Chambre des .'jfàa. Cette noblesse étoit autrefois si hautaine, panl ne pouvoit s'asseoir à la table d'un baron fil n'étoit chevalier. Aujourd'hui elle est aussi de son lilason , de ses quartiers, que les , à Rome , ^ient orgueilleux de leur et de leur droit d'images , jus imagU . Le M appartient entièrement à Talné , se« hooutume de Normandie. Il y a des hérauts et des rois d'armes qui tiennent registre Uns les nobles des provinces '. Cette noblesse t-elle la noblesse politique fondée dans cette Chambre des pairs? Non , mais elle sert à agmenter le poids et la dignité de la couronne. Athènes même , ne oonsidéroit*on pas ces fade nobles qui remontoient au temps des î
Voefcb prouvé qu'un corps de noblesse interpeut et doit exister dans une monarmixte, qu'il n'y dérange aucun des ressorts , on n'a pas besoin de défendre les anots. Le roi d'Angleterre fait aussi des liierset des liaronnets. Il y a une autre sorte iMiBssement qui s'acquiert par la profession faartilibéraux , ou en vivant d'qn revenu libre ; Imi ee cas, TaDobli reçoit les armoiries qu'il (ta des mains du héraut d'armes. Ces récom- IMido souverain ne détruisent point l'égalité Aw la loi, et sont un moyen d'encourager le ate et la vertu.