‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 13 sur 279 · CHAPITRE Xlt · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlt

Suite da précédent. Brayoure du prince. Sa réparation envers un offider.

Monseigneur le duc de Berry passa par tous les grades militaires ^, et prit , le 23 Juillet 1 796 , le commandement de la cavalerie , en remplacement de M^*^ le duc d*£nghlen , qui prit celui de l'avant-garde. Placé entre l'ancienne gloire et la "Douvelle gloire de la France, le duc d'Enghien étoit toujours le premier homme que rencontroit l'ennemi. Dans les campagnes de 1795,1796 et 1797, Me le duc de Berry se trouva présent à tous les combats. A l'affaire de Steinstadt , qui dura toute la Journée, l'avant-garde de l'armée de Condé fut chargée de l'attaque du village. M'*" le duc de Berry échappe aux officiers qui l'entouroient , entre dans le village avec les premiers hussards qu'il rencontre, le traverse au milieu d'un feu terrible, s'y maintient plusieurs heures, sous une pluie de bombes et de boulets, et revient tout couvert de sang et de la cervelle d'un brave officier du génie , nommé Dumoulin, tué auprès de lui par un obus.

Ala tète du pont d'Huningue, M^leducdeBerry

■ Lettre à M. le comte d*ffaut^ori, ' Kastadt, loaoût 1794.

visitoit les ouvrages. Il s'étoit arrêté sur le revers de la tranchée avec quelques officiers. Ce groupe attira le feu de deux pièces de canon placées de l'autre côté du Rhin. Les boulets portèrent et couvrirent de terre le Jeune prince, qui ne fut sauvé que par le gabion même renversé sur lui.

A Kamlaeh, à Munich, à Schussen-Reid, M*' le duc de Berry combattit encore. Il étudia les mouvements du général Moreau dans sa belle retraite, prenant des leçons de cet habile ennemi. Il sollicita de l'archiduc Charles la faveur de suivre le siège de Kehl : le chevalier de Franclieu, aide de camp de M*' le duc de Bourbon, fut tué dans les ouvrages à ses côtés. A Offembourg il alloit Journellement à la tranchée ; et comme il le dit lui-même dans une de ses lettres , il entendit siffler force boulets, obus et mitraille \

L'exactitude que M^ le duc de Berry mettoit dans ses devoirs militaires, il la vouloit trouver dans les autres. Sa vivacité lemportoit quelque* fois. Il avoit blessé, par des paroles sévères, à la parade, un officier général : celui-ci fit une réponse hardiequesescamaradesessayèrenten vain de couvrir de leurs voix; le prince l'entendit et cacha son émotion . Il laissa partir la colonne, fit ensuite appeler l'officier, l'emmena dans un bois avec des témoins , et lui dit : « Monsieur, Je crains de « vous avoir offensé ; ici Je ne suis point un prince, « Je suis un gentilhomme françois comme vous; « me voici prêt à vous donner toutes les satis- « factions que vous exigerez. » Et il met l'épée à la main. L'officier tombe à genoux, et baise cette noble main qui vouloit, non faire une blessure , mais panser celle de l'honneur : c'est Henri IV et Schomberg.

Page 1