‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 138 sur 279 · DE L'ÉDITION DE · texte numérisé non relu

DE L'ÉDITION DE

La Monarchie selon la Charte est divisée en deux parties , ainsi que je l'ai déjà dit dans ma préface générale : la partie théorique est maintenant indépendante de celle qui n'avoit rapport qu'aux circonstances du moment.

La publication de la Monarchie selon la Charte a été une des grandes époques de ma vie : elle m'a fait prendre rang parmi les publidstes , et elle a servi à fixer l'opinion sur la nature de notre gouvernement. Je ne cesserai de le répéter : hors la Charte point de salut. C'est le seul abri qui nous reste contre la république et contre le despotisme mililaire : qui ne voit pas cela est aveugle-né.

Comme ce qui;m'arrive ne ressemble Jamais k rien, la Monarchie selon la Charte me fit 6ter une place obtenue à Gand, et réputée jusqu'alors inamovible. Ce que je re-.

» On verra dans le cours de cet ouvrage ce que j'entends par les Intérêts moraux révolutionnaires.

HÉLANGES

gretlai , ce ne fut pas celle place : ce fut la Tente de mes livres, forcée par ma nouvelle situation, et surtout de la petite retraite que j'a vois plantée de mes mains , et acquise du fruit des succès du Génie du Christianisme, L'Iiomme de vertu qui a depuis habité cette retraite m'en a rendu la perte moins pénible. Mais il n'est pas bon de se mêler, même accidentellement, à ma fortune : cet homme de vertu n'est plus.

J*ai eu l'honneur d*étre dépouillé trois fois pour la légitimité : la première , pour avoir suivi les fils de saint Louis dans leur exil; la seconde, pour avoir écrit en laveur des principes de la monarcliie que le roi nous avoit octroyée; la troisième, pour m'étre tu sur une loi funeste, et pour avoir contribué à maintenir l'Europe en paix pendant cette campagne si glorieuse pour un fils de France, et qui a rendu une armée au drapeau blanc

Les bourreaux qui avoient tué mon frère ne m'ont pas laissé mon patrimoine : c*est dans l'ordre; mais je ne puis m'empècher d'engager les ministres futurs à se défendre de ces mesures précipitées , sujettes à de graves inconvéniente. En me frappant , on n'a frappé qu'un dévoué serviteur du roi , et l'ingratitude est à Taise avec la fidélité ; toutefois il peut y avoir tels hommes moins soumis et telles circonstances dont il ne seroit pas bon d'abuser : l'Histoire le prouve. Je ne suis ni le prince Eugène , ni Voltaire, ni Mirabeau ; et quand je possèderois leur puissance, j'aurois horreur de les imiter dans leur ressentiment Mais comme j'ai eu lieu de connoltre mieux qu'un autre le mal que font à mon pays les divisions et les ii^ustioes, j'exhorte les hommes en pouvoir à les éviter. Il y a quelques mois que je me serois bien gardé de faire ces réflexions, dans la crainte qu'on ne les prit, ou pour la menace de la forfiinterie, ou pour le regret de l'ambition, ou pour la plamte de la foiblesse : on ne les sauroit considérer aujourd'hui que comme un conseil aussi important que déâinléressé.

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