‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 137 sur 279 · U MONARCHIE SELON LA CHARTE · texte numérisé non relu

U MONARCHIE SELON LA CHARTE

, fi, B'éUnt que' simple citoyen, je me suis cru obligé ^quelques circonstances grayes d*é1ever la voix el de

tr à ma patrie, que dois-Je donc faire aujourd'hui? et minist» d'État , n*aî-je pas des devoirs bien plus baieui à remplir, et mes eflbrts pour mon roi ne doi- IMJte pas être en raison des honneurs dont il m*a comblé ? [cnmme pair de France , je dojs dire la Térîlé à la France , Ub dirai, f Comme ministre d*État , je dois dire la vérité au roi , et

I U k ooDseil dont j*ai rhonnenr d'être membre éloit

Koebis assemblé, on ponrroit me dire : « Parlez dans iseâ. » Mais ce conseil ne s'assemble pas : il faut donc ^ je trouve le moyen de faire entendre mes humbles re- ^ntraotei, et de remplir mes fonctions de minisire. i fifiTois besoin de prouver par des exemples que les en place ont le droit d'écrire sur les matières M, ces exemples ne me manqueroient pas : j'en trouplosieurs en France , et l'Angleterre m'en fouiniroit bi^ suite. Depuis Bolingbroke jusqu'à Burke, je citer un grand nombre de lords , de membres de kCbMDbre des commiiiies , de membres du conseil privé , fi«t écrit sur la politique, en opposition directe avec le ministériel adopté dans leur pays.

K^! si la France me semble menacée de nouveaux iiinn;ii la légiliDfiité me parott en péril , il faudra que fe» taoe, paiee que je suis pair et ministre d'État ! Mon ânw, ao eonlraire, est de signaler recueil , de tirer le (MA de détresse, et d'appeler tout le monde au secours. Cdt par cette raison que, pour la première fois de ma tie, je ùgne mes titres, afin d'annoncer mes devoirs, et fijoBtcr, si je puis , à cet ouvrage, le poids de mon rang ftiiitiiiae.

Ctt defoirs eoot d'autant plus Impérieux , que la liberté Mlfidodleet la liberté de la presse sont suspendues. Qui •KToit parler? Puisque la qualité de pair de France me 'nme, en vertu de la Charte, une soite d'inviolabilité, kdoii ea profiter ponr rendre à l'opinion publique une l«liede la puissance. Cette opinion me dit : « Vous avez

• Itit des lois qui m'entravent ; prenez donc la parole pour

• BM^poiaque vous me l'avez ôtée. »

Eafia le public m'a prêté quelquefois une oreille bien ^itee : j'ai quelque chance d'être écouté. Si donc en

écrivant je peux faire nn peu de bien , ma consclenee m*or^ donne encore d'écrire.

Cette préface se bomeroit ici , si je n'avois quelques explications à donner.

Le mot de royaliste, dans cet ouvrage, est pris dans un sens très-étendu : il embrasse tous les royalistes , quelle que soit la nuance de leurs opinions, pourvu que ces opinions ne soient pas dictées par les intérêts moraux révolutionnaires '.

Par gouvernement représentatif, j'entends la monarchie telle qu'elle existe aujourd'hui en France, en Angleterre et dans les Pays-Bas , soit qu*on veuille ou qu'on ne veuille pas convenir de la justesse rigoureuse de l'expression.

Quand je parle des fautes, des systèmes, des ordonnances , des projets de loi d'un ministère , je ne fais la part ni du bien ni du mal à chacun des ministres qui composoient ou qui composent ce ministère. Ainsi je n'ai point ménagé des ministères dans lesquels même j'avois des amis. Je fais, par exemple, profession d'un respect particulier pour M. le chancelier de France : j'ai souvent eu l'occasion de reconnoltrc en lui celle candeur, celle droilure d'esprit et de cœur, cette rare probité de noire ancienne magistrature. Mes senliments pour M. le comte de Blacas sont bien connus : je les ai consignés dans mes écrits , dans mes discours à la Chambre des pairs. Le roi n'a pas de serviteur plus noble et plus dévoué que M. de Blacas. 11 prouve en ce moment même son habileté par la manière dont il conduit les négociations difficiles dont il est chargé. Plût à Dieu qu'il eût exercé une plus grande influence sur le ministère dont il falsoit partie! Mais enfin ce ministère est tombé dans des fautes énormes , el je l'ai jugé rigoureusement, sans parler ni de M. le chancelier ni de M, de Blacas, qui, loin de partager les systèmes de l'administration , n'avoient pas cessé un moment de les combattre. Toutefois, dans un écrit où je traite des principes de la Monarchie représentative , j'ai dû admettre le principe qu'une mesure ministérielle est l'ouvrage du ministère.

PRÉFACE

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