‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 143 sur 279 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Application du principe*

Ooand donc les ministres alarment des sujets

quand Ils emploient le nom du roi pour

** passer de fausses mesures , c'est qu'ils abu-

^ de notre ignorance , ou qu'ils ignorent eux-

*«es la nature du gouvernement représentatif.

P*w franc royaliste, dans les Chambres, peut,

^ ^mérité, écarter le bouclier sacré qu'on lui I

oppose, et aller droit au ministère; il ne 8*aglt que de ce dernier, jamais du roi.

Et tout cela est fondé en raison.

Car le roi étant environné de ministres respon* sables, tandis qu'il s'élève au-dessus de toute responsabilité, il est évident qu'il doit les laisser agir d'après eux-mêmes, puisqu'on s*en prendra à eux seuls de l'événement. S'ils n'étolent que les exécuteurs de la volonté royale , il y auroit injustice à les poursuivre pour des desseins qui ne seroient pas les leurs.

Que fait donc le roi dans son conseil? Il juge , mais il ne force point le ministre. Si le ministre obtempère à l'avis du roi, il est sûr de faire une chose excellente, et qui aura l'assentiment général ; s'il s'en écarte, et que, pour maintenir sa propre opinion , il argumente de sa responsabilité, le roi n'insiste plus : le ministre agit, fait une faute, tombe; et le roi change son ministre.

Et quand bien même le roi , dans le conseil, eût adopté ravis du ministère, si cet avis entraîne une fausse mesure, le roi n'est encore pour rien dans tout cela : ce sont les ministres qui ont surpris sa sagesse , en lui présentant les choses sous un faux jour, en le trompant par corruption, passion, incapacité. Encore un coup , rien n'est l'ouvrage du roi que la loi sanctionnée, le bonheur du peuple et la prospérité de la patrie.

J'ai appuyé sur cette doctrine, parce qu'elle a été méconnue : on a profité de la passion que la Chambre des députés a pour le roi , afin de donner des scrupules à cette Chambre admirable. Les députés ont été quelque temps à démêler les véritables intérêts du trône , quand on se servoit du nom même du roi pour l'opposer à ses intérêts. Passons du principe général à quelques détails.

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