CHAPITRE XIY
Le roi à Tanoée de Coodé.
Ce monarque étoit attendu à l'armée. Il y Tiaten effet, n'ayant pltis d'asile (comme il le dîthii-méme dans son ordre du Jour ) hors celui de f honneur. Son arrivée excita une grande Joie, A la sollicitation de M^ le duc de Rerry, tous les militaires retenus en prison ou aux arrêts pourijaelques fautes furent mis en liberté. On étala pour Feutrée du roi dans son nouveau Louvre lOQtes les pompes de l'armée : on fit tirer le canon, Ivttre les tamlMnirs et sonner les trompettes; on
n'avoit pas d'autre musique. On rangea en bataille des soldats à peine vêtus, le visage noirci par la fumée de la poudre, par le soleil et les frimas; on déploya des drapeaux blancs déchirés, percés de boulets , criblés de balles, et' semblables à cette oriflamme usée par la gloire que Ton voyoit dans le trésor de Saint-Denis.
Le monarque banni voulut se montrer à son autre armée , à l'armée républicaine qui bordoit la rive gauche du Rhin. Il alla aux gardes avancées : des paroles furent échangées entre lui et les postes françois. Cette périlleuse conversation, établie par le roi avec ses sujets égarés, remplit les républicains d'admiration et d'étonnement.
Malheureusement la Joie causée par la présence du roi fut de courte durée. La grande ombre de la vieille monarchie effrayoit les ministres des puissances : Charlemagne avec sa peau de loutre , et Louis XIY avec son manteau royal , leur apparoissoient. Un roi de France proscrit, à la tête de quelques exilés, leur sembloit menacer le monde. La politique crut revoir un maître , et le força de se retirer. Circonspection inutile; le génie et le temps ont placé le pouvoir dans cette famille do France : sans trêne, elle seroit encore souveraine, et n'a besoin que de son nom pour régner.
Toutefois Louis X YIII demeura assez de temps à l'armée de Condé pour montrer l'intrépidité naturelle à nos monarques. Un assassin (car les Rourbons n'ont plus à combattre que des assassins) tira au roi , par une fenêtre de Dillingen , un coup de carabine : la balle efQeura le haut de la tête. Le roi, portant la main au front, se contenta de dire : « Une demi-ligne plus bas, et le « roi de France s'appeloit Charles X. »
Pendant le séjour du roi à l'armée de Condé, il assista au service que cette armée fit célébrer à la mémoire de Charette. Placé entre W^ le duc de Rerry et M^*" le prince de Condé, il adressa lui même ce discours aux troupes réunies : « Mest sieurs, nous venons de rendre les derniers « devoirà à celui que vous avec admiré, peut- « être même envié Jusque sur le champ de bataille « de Rerstheim , à celui qui tant de fois a fait n entendre ce cri qui m'a causé dans vos rangs n une satisfaction si vive , mais que J'aurois beau- « coup mieux aimé répéter encore avec vous. »
C'étoit ainsi que la vieille monarchie s'entendoit partout où elle exlstoit : la fidélité avoit ses échos; le cri de vive le roi, retentissant sur les
MÉMOIRES
rivages de la Loire , étoit répété sur les bords du Rhin. M^'' le prince de Ck>ndé et ses fils , M^ le duc de Rerry, la noblesse de France honorant dans un camp d'exilés les yaillantes communes de France; un roi proscrit, à la tête de cette noblesse, faisant lui-même 1 oraison funèbre d'un sujet fidèle I Thistoire offre-t-elle quelque chose de plus beau? notre patrie obtenoit alors de grandes victoires; mais elles n effaceront point le souvenir de ces François persécutés, proclamant dans les bois, à la face du ciel , leur souverain légitime, et célébrant les funérailles de ceux qui étoient morts pour lui.