‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 203 sur 279 · CHAPITRE XXXVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIL

Bat et marche de la oootplratlon. Elle dirige set premiefi efforis cootre la famille royale.

Ce que J'appelle la conspiration des intérêts moraux révolutionnaires a pour but principal de changer la dynastie ; pour but secondaire , d'Im* poser au nouveau souverain les conditions que l'on vouloit faire subir au roi à Saint-Denis : prendre la cocarde tricolore, se reconnottre roi par la grâce du peuple , rappeler l'armée de la Loire et les représentants de Buonaparte, si ceux*d existent encore au moment de Tévénement. Ce projet, qui n'a Jamais été abandonné, va sortir tout entier de l'observation des faits placés sous nos yeux.

Il est convenu qu'on parlera do roi comme les royalistes mêmes ; qu'on reconnoltra en lui ces hautes vertus, ces lumières supérieures que per** sonne ne peut méconnottre. Le roi , qu'on a tant outragé pendant les Cent- Jours , est devenu le très-Juste objet des louanges de ceux qui l'ont faidignement trahi, qui sont prêts à le trahir en« core.

MÉLANGES FOLITlQUlà.

Mab (Ses démonitratknis d*adminitlon et dV moar ne loat que les excuses de Tattaqne dirigée coDire la famille royale. On affeete de eraludre rambttioD des prinees , qui , dan Icm tas lospa , se sost ÂoDtiia les ph» fliètas et Its ptaa anuais des sojeta. On pvia de l'iiftposrtfattlté d'adaaiBia< XTetj dans vm gamfemgtomA coimààtMmsatA ^ airea divers cênini de pcrayoir. On a éloigné les princes du conseil; on a été Jusqu'à* prétendre qu*il y avoit des inconvénients à laisser au frère du roi le eommandement suprême des gardes nationales dn royaume, et on a clierehé à restreindre et à entraver son autorité. M*' le doc d'Angouléme a été proposé pouir protecteur de rUniversité, comme une espèce de prinœ de la Jeunesse : e'est vtn liioyen d'attacher les générations naissantes à une famille qu'elle oonnolt à peine; les enidnts sont susceptibles de dévouement et d'enthousiasme : rien ne seroit plus éminemment politique que de leur donner pour tuteur le prince qui doit devenir leur roi. Cela serat*il adopté ? Je ne l'espère pas.

La raison de cette conduite est fûdle à décoo* vrir : hi faction qui agit sur des ministres loyaux et fldèles, mais qui ne voient pas le précipice où on les pousse , cette faction veut changer la dynastie; elle s'oppose donc a tout ce qui pouiToit lier la France .à ses maîtres légitimas. Elle craint que la famille royale ne jette de trop profondes racines; elle cherche à l'isoler, à la séparer de la couronne; elle affecte de dire, elle ne cesse de répéter que les affaires pourront se soutenir en France pendant la vie du roi , mais qu'après lui nous aurons une révolution : elle habitue ainsi le

peuple à regarder l'ordre des choses actuel comme transitoire. On renverse plus aisément ce que l'on croit ne pas devoir durer.

Si l'on eherche à 6ter toute puissance aux héritiers de la couronne, on cherche, on essaye, mais bien vainement ^ de leur enlever le respect et la vénération des peuples : on calomnie leurs vertus; les Journaux étrangers sont chargés de cette partie de l'attaque par des correspondants officieux. £t dans nos propres Journaux , n'a-tK)n pas vu imprimées des choses aussi déplacées qu'étranges? A qui en veut-on , lorsqu'on publie les Intrigues de quelqnes subalternes? si elles ne compromettent que ces hommes, méritent-elles d'occuper l'Europe? Si elles touchent par quelque point à des noms illustres , quel singulier intérêt met-on à les faire connoftro? Ceux qui ne

veulent pas de la liberté de la presse eonvlendrant du mohis que, dans des questions aosri embarrassantes, cette liberté fournirait tme répone^ sinon satisfaisante , du moins sans réplique.

Apprenons à distinguer les vrais des faux royalistes : les premiers sont ceux qui ne séparent jamais ta M de ta tenlita rajrata ^ Va taseoDioDdi&t dans un même dévouement et dans ua Btème amour, qui obéissent avec Joie au sceptre de ïim^ et ne craignent point Tinfluenee de Taotre; les seconds sontceux qui , feignant d'idolâtrer le nn narque, déclament contre les princes de soa saiigi cherchent à planter le lis dans un désert, et toqdroient arracher tous les rejetons qui accompagnent sa noble tige.

On peut , dans les temps ordinaires , qu^id tout est tranquille, quand aucune révolution o'a ébranlé l'autorité de la couronne; on peut sa former des maximes sur la part que les princes doivent prendre au gouvernement ; mais quiconque, après nos malheurs, après tant d'années d'usorpation, ne sent pas la nécessité de multiplier les liens entre les François et la famille royale, d'attacher les peuples et les intérêts aux descendants de saint Louis ; quiconque a l'air de craindre pour le trône les héritiers du trône , plus qu'il ne craiot les ennemis de ce trône, est un homme qui marche à la folie , ou court à la trahison.

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