‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 211 sur 279 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Haine da parti ooolre la GiuHBbft ém déimtéa.

Quelque chose dans l'ordre politique , comme, dans l'ordre religieux , contrarle-t-il le système * des intérêts révolutionnaires , et conséqueroment s'oppose-MI au renversement de la famille légitime, le parti frémit , se soulève , tonne , éclate : de là sa fbreur contre la Chambre des députés. Quelle pitié d'entendre aujourd'hui les constitutionnels nier l'existence des gouvernements représentatifs, soutenir qu'une Chambre de députés doit se réduire à la passive obéissance , combattre la liberté de la presse, préconiser la police, enfln changer entièrement de rôle et de langage! ils traitolent d'esprits bornés , d'esclaves , d'ennemis des lumières , ceux qui professoient les principes quMis adi^tent aujourd'hui. Sont-ils convertis? Non , c'est toujours le même libéra^ lisme, liais les doctrines constitutionnelles ont enfin armé la Chambrelictuelle des députés ; mais cette Chambre veut à la fois la liberté et la reîigk» , la constitution et le roi légitime : furieux ' contre ce résultat de vingt-einq ans de rd^llion , ils ne veulent plus de la Chambre. Alors il faut déelamer contre le gouvernement représentatif^ parée qu'ils sont arrêtés par sa vigilance; contre la liberté de hi ivresse, qui ne sen^ plus à leur profit, quittes à re|«eodre les principes libéraux lorsque la dynastie sera changée et qu'on n'auni plus à craindre le rétabKAsement des autels.

11 faut convenir que la Chambre des députés n* fUt deux choses qui ont dû la faire prendre en horreur aux partisans du système des intérêts ré» vohitionnaires. En bannidsant les régicides, en arrêtant la vente des domaines nationaux , elle aarrêté la révolotion : comment Jamais lui par* donner?

Aussi que n'a-t-on point tenté pour la détruire après l'avoir tant calomniée t Élue par les collèges électoraux , choisie parmi les plu^ grands propriétaires de la France, dans tous les rangs de la société, n'a>t-onpas voulu persuader aux étrangers qu'il n'y avoit personne aux cotléges' électoraux qui l'ont élue , et qu'elle n est composée que d'émigrés sans propriétés ? Quel bonheur,

MÉLANGES POUTIQUES.^

si an lien dé ces déptttél fanatiques , qoi n'entendent <iu*ao nom de Dieu et du roi , on avoit pu avoir des révolutionnaires éclairés, souples , qui, rampant sous i*autorité, n*aoroient opposé aucune résistance aux volontés des ministres jusqu'au jour où , tout étant arrangé , ils auroient déclaré, au nom du peuple souverain, que le peuple vouloit changer son maître 1

Mille projets ont été formés pour se débarrasser de la Chambre : tantôt on vouloit la dissoudre; mais il n'y a pas de loi d*élections : tantôt on prétendoit en renvoyer un cinquième ; mais comment régler les séries? Et d'ailleurs gagneroit-on quelque chose à cette foible réélection? Enfin , la passion a été poussée si loin, qu'on a rêvé l'ajournement indéfini des Chambres , la suspension de la Charte, et la continuation de l'impôt par des ordonnances. Mous avons vu dans le Journal officiel de la police Téloged'un ministère étranger qui a remis à un autre temps la constitution promise, qui gouverne seul avec une modération parfaite , paye scrupuleusement les dettes de l'État, et se fuit adorer du peuple. Entendez- vous, peuple françois, peuple grossier?

. . • Quoi ! to^Joan In pl(>* grandes merteiUei Sans ébranler ton conir frapperont Ict oreilles?

. Une Chambre de bons jacobins , qu*on appel- Icroit des modérés , ou point de Chambres, voilà le système du parti. Dans l'une ou l'autre chance, il y a tout à gagner pour lui : avec des modérés de cette nature , on peut tout détruire ; avec un ministère à sol, on arrive également à tout. Bientôt ces libéraux, qui poussent à Tarbitraire , feraient un crime à la couronne de cet arbitraire qvlis conseillent.

Je frémis en déroulant un plan si bien ordonné, ' et dont le résultat est infaillible, à moins qu'on ne se hâte d'y apporter remède. Qui ne serait inquiet en voyant une armée qui manœuvre si bien , qui mine, attaque, envahit, fait usage de toutes les armes , enrôle les ambitieux et séduit les foibles ; qui se donne les honneurs d'une opinion indépendante , en préchant l'autorité absolue : faction pourtant sans talents réels, mais douée d'astuce; faction lâche , poltronne, facile à écraser, que Ton peut faire rentrer en terre d'un seul mot; mais qui, lorsqu'elle aura tout gangrené, tout corrompu ; lorsqu'il n'y aura plus de danger pour elle , lèvera subitement la tête , arrachera sa couronne de lis , et prenant le bonnet rouge pour dia* . ^ème , offrira cette pouipre à l'illégitimité ? I

Mais comment pou vet-vous cn^re , me d&i-t** on , que tels et tels hommes , si connus par lenn sentiments royalistes, par leurs actions mèmei,. par leur caractère moral et religieux, parce qn'Hi sont dans un système politique contraire an v^ tre, entrent dans une coi^uration contre ks Boiff» bons?

Cette objection est grande pour oeax qui rlj regardent pas de près, et qui jugent sur les de* hors; la réponse est facile.

Celui ci donc a servi le roi toute sa vie : mais il est ambitieux ; il n'a point de fortune, il ahsoln déplaces , 11 à vu la faveur aller à une e» taine opinion , et il s'est jeté de ce côté. Geloi-ll avoit été irréprochable jusqu'aux Cent-Jonn; mais pendant les Cent-Jours il a été foîble, et ëti lors il est devenu irréconciliable; on punit Icf autres de la fiiute qu'on a faite , surtout qoaai cette fhote décèle autant te manque de jogenerit que la foiblesse du caractère ; les grands intéiM sont moins ennemis des Bourbons que les peM' vanités. *;

Tel pendant les Gent-Jours a été héroîqae;; mais depuis les Cent-Jours son orgueil a étéblessff i une querelle particulière Ta fait passer son le» drapeaux quMl a combattus. Tel est religieux; mais on lui a persuadé qu*en parlant àprése4 des intérêts de l'Église on manquoit de prodeoce, et qu'on nuisoit à ces intérêts par trop de préc^itatton. Tel chérit la monarchie légitime, roalsab* horre la noblesse et n'aime pas les prêtres. V est attaché aux Bourbons , les a servis , les sen^ roit encore; mais 11 veut aussi la liberté, Itf résultats politiques de la révolution; et il M mis ridiculement en tête que les royalistes iei« lent détruire la liberté , et revenir sur tant a qui a été fait. Tel pourrolt croire à quelques dtfgers , s'il n'étoit convaincu que ceux qai les ^ gnalent ne crient que parce qu'ils sont nKCfflH tents , que parce qu'ils ont été déjoués dans lews intrigues et leurs ambitions particulières. Teb enfin , et c'est le plus grand nombre , sont frivoles ou pusillanimes , ne veulent que la traoqoii* llté et les plaisirs, craignent Jusqu'à la pensfc de ce qui pourrolt les troubler, et se nngcDl du côté de la puissance, croyant embrasser le parti du repos.

Toutes ces personnes ne trahissent pas h tn^ narchie légitime, maïs elles ser\'cnl d'instrome»|J à la faction qui la trahit : en les voyant soutenir des h(»nmes pervers et des opinions rérolotloo'

B1ÉLAN6ES POUTIQUES.

vires, la foole, qol ne ndscmiie pas, croit que h niflOQ est do c6té de ces opinions et de ces koames pervers. lis entraînent ainsi par l'autolilé de leer exemple , et afXbiblissent le imtatllon fa fidèles. Quand révénement viendra les révdUer; qoand^ surpris par la catastrophe , ils i*ipatevront qu'ils ont été les dupes des misera- HeifB'Jls protègent , qu'ils ont servi de marchelUàrasurpation y alors ils se feront loyalement tHrnx pieds du monarque, mais la monarchie mperdue.

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