‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 218 sur 279 · CHAPITRE Ln · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ln

ConUnaatton du précédent Qu'U Caat attacher la Imom d'autrefob h la mooarctile nouvelle. Éloge de cette Donv* ehie. Gooelmioii.

Depuis la restaoratioti, quelles hommes de bonne foi , dupes des intérêts révolutionDalR», se sont efforcés de convertir les hommes d'n^ d'hul à l'ancienne royauté : c'est le eontre-fM du vrai système. Ce sont les hommes d'autreM qu'il fout réecmdfier avec les nouvelles lastitBtions.

Je conviens que nos malheurs ont pu foire Battre contre le gouvernement représentatif des pré- Jugés fort légitimes. Mais si Fancien régime M peut se rétablh*, comme Je crois l'avoir rigoorW" sèment démontré dans les Réflexions pt^ignesj que voudfoft-on mettre à sa place t Etd*aineQfS cet ancien régime , tout admirable qu'il ponroK être , n'avoit-il pas eu , comme Pordre des dwses actuel , ses temps de crise et de détresse? Nos vieillards , se rappehmt les Jours sereins qui (nt précédé nos tempêtes , peuvent croire qu'un catac aussi parfait étoit uniquement dû à la bonneooDftltutîon de l'ancien gouvernement; mais si rM

Jf ÉLANGES POLITIQUES.

nr

inlvmger m» pères cpii vivoient da mpi de la Ligne , nous les entendrions peut-être SKOvr ee geavernèoient aojourd'hui Tobjet de ■os r^rets. Tout peut devenir cause de crimes, hifffDeipes les meilievrs, les plus saints établisjBBMiti ; les hommes conserverotent peu de chose fpk R^letoient ttrales les institutions qui ont été kiitexte ou le résultat de leurs malheurs.

U monarchie représentatlTe peut n'être pas |iiMe I mais elle a des avantages incontesta- IhL Y a4-a gotrre au dehors , agitation au deèM^dlesechangeen une espèce dedictature par k HipensîOB de certaines lois. Une Chambre estlUfefactiense, elle est arrêtée par l'autre, ou dis- Mle par le toi. Le temps dit-il monter sur le iôM un prince ennemi de la liberté publique, iMChambiea préviennent Tinvaslon de la tyranaie. Qael gouvernement peut imposer des taxes |lis penntes, lever un plus grand nombre de IridUs? Les lettres et les arts fleurissent parti- •liirement soos cette monarchie : qu*un roi jnre dans un empire despotique, les travaux fil a eommènoés sont Interrompus. Avec des Qnmbfcs toiyoars vivantes, sans cesse renou- Mié», rien n'est jamais abandonné. Elles resmnMeat, sous ce rapport, à ces grands corps Jdigieuz et littérafres qui ne mouroient point, itipi amenolent à terme les immenses ouvrages fw des particuliers n'auroient jamais pu entreirekhe, encore moins perfectionner et finir.

Chaque homme trouve sa place naturelle dans une sorte de gouvernement, qui empkie néiiwimumrt tes talents et les lumières, qui sait • ssnrir de tous les rangs com'iAe de tous les

Es France, autrefois, que.deveDoient la plu- JMrt des hommes lorsqu'ils avoientatteint l'âge ^fttîMé à netmlHr Us fruit* que la jeunesse a i^rosià'TQue leur rest(M-il à foire dans la plésîtade de leurs ans, alors qu'ils Jouissoient de traies les &cultés de leur esprit? A charge aux tttnset àeux-mémes , dépouillés de ces passions fsl animent la jeunesse , ou de ces avantages qui la tetrrcherelier, ils vieillissoient dans une gariim , dans un tribunal , dans les antichambres ^ la eenr, dans les sociétés de Paris , dans te coin f«i vieux diâtean , oisifr par état , soufferts plu- ^ que désirés , n*ayant pour toute occupation f^ rUstorlette de la vilte , la séance académi- 1ie,tesQooèsdela^èoeBooveUe,et pour les

grands jours la chvte d'un ministre. Tout cela étoit bien peu digne d'un homme! N'étoit-il pas asses dur de ne servir à rien dans i'êge ou Ton est propre à tout? Ai^ourd'hui les mAles occupations qui remplissoient l'existence d'un Romain, et qui rendent la carrière d*ttn Anglois si belle , s*o^ friront à nous de toutes parts. Nous ne perdrons plus le milieu et la fin de notre vte ; nous serons des hommes quand nous aurons cessé d'être jeur nés gens. Nous nous consolerons de n'avoir plus les illusions du promis Age, en cherchant à devmir des citoyens illustres : on n'a rien à craîn* dre du teipps, quand on peut être rajeuni par te gloire.

Telles sont les considérations qu'il est à propos de présenter aux hommes de probité et de vertu , qui , déjà repoussés por votre taigratitude et vos faux systèmes, n'auroient encore pour nos institutions nouvelles que de l'élolgnement et du dégoût. Hâtons-nous de les appeler à notre sch cours. On a fait tant d'avances pour gagner des gens suspects ! Faisons quelques efforts pour environner te trAne de serviteurs fidèles. Cest à ceux-ci qu'il appartient de diriger les affaires : ils rendront meilleur tout ce qui leur sera confié ; les autres gêtent tout ce qu'ils touchent. Qu'on ne mette plus les honnêfes gens dans te dépendance des hommes qui les ont opprimés, mais qu'on donne tes bons pour guides aux méchants : c'est l'ordre de la morale et de Injustice. Gonfles donc les premières places de FÉtat aux véritables amis de te monarchie légitime. Vous en faut-il un si grand nombre pour sauver la France? Je n'en demande que sept par département : un évèque, un commandant, un préfet, un procureur du roi , un président de la cour pré vMate , un commandant de gendarmerie , et un commandant de gardes nationales. Que ces sept hommes-là soient à Dieu et au roi , je réponds du reste.

Mais il ne fout pas qu'un ministère entrave , retienne, paralyse, tracasse, tourmente, persécute et destitue çi» sept hommes ; qu'il leur donne tort en toute occasion contre les malveiltenis et les conspirateurs. Aussi , point de ministres et de chefe de direction suspects, ou dans le système des intérêts moraux révofutioonaires. Que les premiers administrateurs ne persécntent personne ; qu'ils sotent doux , indulgents , tolérants , humains; qu'ite ne souffrent aucune réaction; qu'ite embrassent franchement te Charte, et respectent toutes nos libertés. Mate qn'en même

JIÉLANGES POLITIQUES.

temps ils aient rhorreur des méchants; qu'ils donnent la préférence à la vertu surle vice;qu'ils ne fassent pas consister l'impartialité à placer ici un honnête homme et là un homme pervers; qu'ils favorisent toutes les lois Justes; qu'ils appuient hautement et ouvertement la religion ; qu'ils soient dévoués au roi et à la famille foyale , Jusqu'à la mort , s'il le faut ^ et la France sortira de ses ruines.

Quant à ces hommes capables, mais dont l'esprit est faussé par la révolution ; à ces hommes qui ne peuvent comprendre que le trône de saint Louis 41 besoin d'être soutenu par l'autel et envhx>nné des vieilles moeurs , comme des vieilles traditions 4e la monarchie, qu'ils aillent cultiver leur champ. La France pourra les rappeler quand leurs talents, lassés d'être inutiles, seront sincèrement convertis à la religion et à la légitimité.

Pour ce qui est du troupeau des administra- •teurs subalternes, il serait insensé de les Juger avec rigueur : donnez-leur des chefs fidèles, des gardiens sûrs et vigilants, et vous n'aurez rien à craindre ; d'ailleurs le temps des épurations est

passé.

Dans le mouvement à donner aux affaires, iconsultez le génie des François ; que l'admibistration soit économe sans être mesquine ; qu'elle soit surtout ferme, surveillante et animée.

« Sire, di3ois-je au roi dans mon Rapport fait « à Gand^ éviter les excès de Buonaparte, ne « pas trop multiplier, à son exemple , les actes « administratifs, étoit une pensée sage et utile. « Cependant, depuis vingt-cinq ans les François « s'étoient accoutumés au gouvernement le plus « actif que l'on ait Jamais vu chez un peuple : les « ministres écrivoient sans cesse ; des ordres par- A toient de toutes parts; chacun. attendoit tou- •« Jours quelque chose; le spectacle, l'acteur, le « spectateur, changeoient à tous les moments. « Quelques personnes semblent donc croire qu'a- « près un pareil mouvement, détendre trop subi- « tement les ressorts seroit dangereux. C'est, di- « sent-elles, laisser des loisirs à la malveillance, « nourrir les dégoûts, exciter des comparaisons « inutiles. L'administrateur secondaire, accou- « tumé à être conduit dans les choses même les « plus communes , ne sait plus ce qu'il doit faire , M quel parti prendre. Peut-être seroit-il bon, dans « un pays comme la France, si longtemps en- « chanté par les triomphes militaires, d'admi- « nistrer vivement dans le sens des institutions

« civiles et politiques, de s'occuper ortottOik» « ment des manufactures, do oomnieree,de hi « griculture, des lettres et des arts. De grandi « travaux commandés, de grandes réeompeiMi « promises, dei prix, des distincttoos éclatante « accordées aux talents, des concours publies, « donneroient une autre tendance aux mœiin, « une autre direction aux esprits. Le génie du « prince, particulièrement formé pour le règu « des arts , répandroit sur eux un édat immoctal» « Certains de trouver dans leur roi le meillear « Juge, le potitique le plus habile, l'honmiedi « tat le plus instruit, les François ne craiadiMl « plus d'embrasser une nouvelle carrière. U « triomphes de la paix leur ferolent oublier la « succès de la guerre; ils croiraient n'avoir ries " perdu en changeant laurier pour laurier, gMii « pour gloire. »

Les sessions des Chambres doivent être oov^ tes, mais rapprochées. Que les projets de H soient préparés d'avance avec sdn. On apprêt dra un Jour à les resserrer comme en Angleterm C'est un vice capital de notre législation que tai articles innombrables de nos projets de M : ili amènent de force des discussions intermlDsIiifli et des amendements sans fin. Quand les Qa» bres ne seront plus contrariées , loin d'entrinr, elles accroîtront la force et l'action du gooTenN» ment

Je ne poursuivrai pas plus loin les déreloppe» ments de mon système. J'ai déjà signalé les pria* cipes les plus utiles dans les premiers chapiM de cet écrit. Il me resterait encore beaucoopà choses à indiquer touchant l'éducation, ieiiii> très et les arts; mais il faut finir, et me bon» aux grandes lignes politiques.

Je me résume en quelques mots.

La religion , base du nouvel édifice, la Charli et les honnêtes gens, les choses politiques delà révolution , et non les hommes politiques de la révolution : voilà tout mon système.

Le contraire de ce système est précisément ce que l'on a adopté. On atoujours voulu leshonmi!! beaucoup plus que les choses. On a gouvemépeor les intérêts, nullement pour les principes. Oui cru que l'œuvre et le chef-d'eeuvre de la restasntion coysistoît à conserver chacun à la place qa1i occupoit. Cettestérile et timide idée a tout perda : car les principaux auteurs de nos troubles a]Mt des intérêts opposés aux intérêts de la mooBrefaii légitime, ne pouvant d*ailleur8 que détruifÇ; ^

toi inhabiles i fonder, la restauration n*a point 0ircbé, et la France a été replongée dans Tablme.

On K rassure vainement sur l'excellent esprit de la gisrde et de l'armée , sur la bonne composl- Ikm de la gendarmerie : ce sont deux grandes chom sans doute, mais elles ne suffisent pas. Le iptème des Intérêts révolutionnaires auroit bîen- Vt jétrait ce bel onvrage. Partout où il s*insinue , loDpoisonne, gâte et corrompt tout. Il détériore bkeo, arrête les choses le plus heureusement IDBmcncées, persécute les hommes fidèle, les ftrceàse retirer, décourage le zèle, favorise les nlîrillants; et il triompheroit tôt ou tard de la aoDarchie légitime.

Sans mon plan , le succès de cette monarchie at assuré; mais je sais qu'il faut du courage pour i suivre. Il est plus facile d'attaquer les choses foi se taisent que les hommes qui crient. Il est Ihsaisé de renverser une Charte qui ne se défend IBS que dte intérêts personnels qui font une vive riKStasce. Je n'en suis pas moins persuadé qu'il 1^ a de salut que dans la vérité politique que /expose ici. Si les uns croyoient que l'on peut remir à toutes les anciennes institutions; si les «liwpensoient qu*onnedoitgouverner la France fo avec les mains qui l'ont déchirée , ce serolt de pirt et d'autre la méprise la plus Ameste. La

ftanceveutieslntérêtspolitique&etmatérielscréés

par le temps et consacrés désormais par la Charte ;

Mis elle ne veut plus ni les principes ni les hora-

naqnl ont causé dos malheurs. Hors de là tout

ttillosion, et l'administration qui ne sentira paa

«le vérité tombera dans des fautes irréparables.

Ma tâche est remplie. Je n'ai jamais écrit un

^^ qui m'ait tant coûté. Souvent la plume

n'est tombée des mains ; et dans des moments de

*»orageraent et de foiblesse, j'ai quelquefois

** tenté de jeter le manuscrit au feu. Quel que

"it le SDccès de cet ouvrage, je le compterai au

noios au nombre des bonnes actions de ma vie.

'«« ce que tu dois y arrive ce que pourra. Pour

«rertlr la France, qui me paroft en péril , pour la

i^eiiler au bord de l'abîme , il m'a fallu ne rien

ttleoler. J'ai été obligé de tout dire, de heurter

fc front bien des hommes , de froisser une mul-

filoded'intérêts. J'ai cm voir le salut de la patrie ,

Wnmc je le disois à la Chambre des pairs, dans

fTOion des anciennes mœurs et des formes politi-

Çies actuelles, du bon sens de nos pères et des

hmières du siècle, de la vieille gloire de du

*v^in et de la nouvelle gloire de Moreau ; enfin

MÉLANGES POLITIQUES. 26

' dans Talliance de la religion et de la liberté fondée sur les lois : si c'est là une chimère, les cœurs ne-* blés ne me la reprocheront pas.

POST SCRIPTVM.

La Chambre des députés est dissoute. Cela ne m'étonne point ; c'est le système des intérêts révolutionnaires qui marche : je n'ai donc rien à changer à cet écrit J'avois prévu le dénoûment , et je l'ai plusieurs fois annoncé. Cette mesure ministérielle sauvera, dit-on , la monarchie légi* time. Dissoudre la seule assemblée qui , depuis 1789, ait manifesté des sentiments purement royalistes, c'est, à mon avis, une étrange manière de sauver la monarchie I

On a vu aux chap. iv, v et vi de la i^^ partie , la doctrine constitutionnelle sur les ordonnances dans la monarchie représentative. Sous l'ancien régime une ordonnance du roi étoit une loi, et personne n'avoit le droit de la discuter. Dans notre nouvelle constitution , une ordonnance n'est forcément qu'une mesure des ministres : tout citoyen a donc le droit de Texaminer ; et ce qui est un droit pour chaque citoyen est un devoir pour les pairs et pour les députés. Si une ordonnance mettoit la France en péril, les Chambres pourroient en accuser les ministres. Ceux-ci sont donc les véritables auteurs de ces ordonnances , puisqu'ils peuvent être poursuivis pour ces ordonnances.

Je vais donc, conformément à la raison et aux principes constitutionnels, examiner sans scrupule l'ordonnance du 5 septembre.

D'abord il eût été mieux de ne faire précéder cette ordonnance par aucun considérant Le roi dissout la Chambre , parce qu'il en a le droite parce qu'il le veut. Souverain maître et seigneur, il ne doit compte de ses raisons à personne : quand il parle seul^ tout doit obéir avec jote dans un profond et respectueux silence. On court aux élections parce qu'il l'ordonne; et quand il dit à ses sujets : Je veux, la loi même a parlé. Mais les ministres ayant donné des motifs dans le considérant, la chose change de nature. Il faut toujours respecter, adorer la volonté royale ; hésiter un moment à s'y soumettre seroit un crime. Le roi ne peut vouloir que notre bien , ne peut ordonner que notre bien; mais les motifs ministériels sont livrés à nos disputes.

Les ministres rappellent ces sages paroles de l'admirable discours du roi à Fouverture de la

fia

MÉLANGES

dernière sesion : « Aucun de nous ne doit oa< « blier qu'auprès de i'avautage d*améliorer est le « danger d'innover. » *

II peut paroftre d'abord un peu singulier que les ministres aient cité eette phrase , car sur qui le reproche d'innovation tombe-t-il? Ce n'est pas sur la Chambre , qui n*a rien Innové; c'est donc sur Tordonnance du 13 Juillet 1815, qui avoit changé quelques articles de la Charte. C'est donc une querelle d'ordonnance à ordonnance, de ministère à ministère.

Les ministres, quiontlu lediscoursdu roi (puisqu'ils en citent une phrase dans i*ordonnance du 5 septembre) , n'ont-ils point lu , dans ce même discours , ce passage si remarquable : « Messieurs , « c'est pour donner plus de poids à vos délibéra- « tions , c*est pour en recueillir moi-même plus de « lumières que J*ai créé de nouveaux pairs , et que « le nombre des députés des départements a été « augmenté? »

Puisqu'ils ont également oublié le considérant de l'ordonnance du 13 juillet 1815, je vais le leur remettre sous les yeux :

« Nous avions annoncé que notre intention étoît « de proposer aux Chambres une loi qui réglât « les élections des députés des départements. No- « tre projet étoit de modifier, conformément à la « leçon de l'expérience, et au vœu bien connu « de la nation , plusieurs articles de la Charte « touchant les conditions d'éligibilité, le nombre « des députés,. et quelques autres dispositions «relatives à la formation de la Chambre, à Ti- « nltiative des lois et au mode de ses délibéra- « tions.

« Le malheur des temps ayant interrompu la session des deux Chambres , nous avons pensé que maintenant le nombre des députés des départements se trouvoit, par diverses causes, beaucoup trop réduit pour que la nation fût suffisamment représentée ; qu'il importoit surtout , dans de telles circonstances, que la représentation nationale fût nombreuse, que ses pouvoirs fussent renouvelés, qu'ils émanassent plus dlrectement des collèges électoraux ; qu'enfin les élections servissent comme d'expression à l'opinion actuelle de nos peuples.

« Nous nous sommes donc déterminé à dissoudre la Chambre des députés, et à en convoquer sans délai une nouvelle ; mais le mode des élec- U<ms n'ayant pu être réglé par une loi, non plus que les modifications à faire à la Charte, nous

POLITIQUES

« avons pensé c^'il élûtt de notre JoitiM d« Un « Jouirdèsà présentlanationdesavantagesqn'elli « doit recueillir d'une représentation plus qoh- « breuse et moins restreinte dans les conditm « d'éligibilité; mais voulant oependant que, âm « aucun caS) aucune roodiflcatRin à la Charte m « puisse devenir définitive que d'après lo foniMi « constitutionnelles, les dispositions de laprteoti « ordonnance seront le premier objet des délilM* « rations des Chambres. Le pouvoir l^latif^« « dans ^n ensemble, statuera sur la loi des ék^ n tions, sur les changements à faire à la Chart» « dans cette partie, changements dont mqs m. « prenons ici Tinitiative que dans les points ki « plus indispensables et les plus urgents, ea doo « imposant même l'obligation de nous rapprocberi^ « autant que possible, de la Charte, et desfDr«i « mes précédemment en usage. »

Que de choses dans les motifs de cette ordoih nance ! Les ministres qui l'ont faite disent : Qui faut modifier plusieurs articles de la Charte fbrmément à la ieçon de Pexpérienee et ov bien connu de la nation ; ils asaqrent que nombre des députés des départements se par diverses causes , beaucoup trop rédydt que la nation soit suffisamment reprisentki% prétendent qu'il est Important que la npréstntalion nationale soit nombreuse ; que les éie^ tions servent comme d'expression à ropiam de la France. Enfin , insistant sur le même pris* dpe, ils déclarent que, bien que le mode des ë». tions n'eût pu encore être réglé par ane loi, 1 étoit de la justice de feire jouir d^ à praseotï nation des avantages qu'elle doit recueillir tm reçrésentatlonplus nombreuse etmoïnsresir^ dans les conditions de l'éligibilité.

Tout cela étoit vrai il y a à peine un an : cen'ol donc plus vrai aujourd'hui? Le vau bien C9M de la nation a donc dumgé? La leçon de tes* périence et le vctu bien connu de la natioMét mandoient alors la révision de quelques artidci de la Charte ; et à présent les ministres noes dh sent que les vœux et les besoins des François sort pourconservert»/ac/€ la Charte coDStitiitioiiieltel 11 falloitau moins dianger les mots, Qoepeasif lorsqu'on voit des hommes qui avoient appiasA avec transport à la première ordonnance, applio* diravec fureurà 1^ seconde? On s'est donetrompé} lorsqu'on a cru que le nombre des dégaié dis départements étoit beaucotgi> trop réduit.

La nation, composée de vingt-quatre adlM

MÉUNGES POLITIQUES,

AiUtaBts, sera donc suffisamment représentée •r deux cent soixantedéputés? Les départements le la Lozère, des Hautes et Basses-Alpes ^ par lemple, qui n'auront qu'un seul député à la kambre, seront-ils pleinementsaUsfaits?Si nous liiBgDODS de mintetres tous les ans, aurons-nous riBoéeen année un nouveau mode d'élections? p m'assure que les ministres de l'année pro- Ane ne trouveront pas enoorela représentation keelte année trop nomhi*euse? Une centaine de km commis ( toijyoors légalement assemblés ) H leur paroltront-ils pas former une Chambre jh convenable et plus dans les intérêts de la baDee?On s'en tiendra désormais à la Charte, pdira-t-on : 6ieu le veuille I c'est tout ce que Je Inuode. Mais je ne suis pas du tout tranquille. Il Terto de l'article 1 4 de la Charte , qui donne iroi \t pouvoir de faire les règlements et or- ^MMonces nécessaires pour Texécution des lois \k sûreté de PÉiat, les ministres ne pourrontvoir la sûreté de l'État partout où ils verront îomphe de leurs systèmes? Il y a tant de cons- CioDoels qui veulent gouveraer aujourd'hui des ordonnances, qu!il est possible qu'un matin toute la Charte soit confisquée au intt de l'article 14.

U est dur de voir toujours remettre en question le sort de notre malheureuse patrie : on Joue en- BPfe notre destinée sur une carte; on frappe le tridit poblic, que toute secousse alarme et res- ^Rt : on donne à nos institutions une instabilité 4vante; et, par la contradiction des ordonnance) on oompromettroit la miyesté du trône, si le *4^ n'étoit aux mains d'un de ces rois qui, '^leol regard, rétablissent l'ordre autour ^'(tn, et dont le caractère est la sagesse, le calme ctbdigni:éméme.

Qttiortira-t-il de ces élections où les passions Kttve&t être émues, où les parti» vont se trou- ^ co présence? Fatale prévoyance 1 Je disois à h Chambre dea pairs, au s^jet de la loi des élecliûQi, dans la séance du 3 avril : « Une ordon- *ttQce, messieurs, a pu suffire au commence- ' meQt de la présente session, parce qu'il y avoit 'M< majeuTêy paiee que les événements eom- •awsdoie»/ ces mesures extraordinaires que

* 1 uticle 1 4 de la Charte autorise dans les temps '^dangers. Mais aujourd'hui, quelle nécessité

* si violente Justiflefoit un pareil coup d'État?... «\oiisse&te^vous assez de courage, messieurs, 'P« prendre sur votre respoosabilité tout ce

« qui peut arriver dans l'intervalle d'une session « à Tautre, dans le cas où vous repousseriez la loi «« d'élection? Ah! si, par une fatalité inexplicable, « les collèges, de nouveau convoqués, alloient « nommer des députés dangereux pour la France, « quels reproches ne vous feriez- vous point? Pour- « riez-vous entendre le cri de douleur de votre « patrie? Pourriez- vous ne pas craindre le juge- « ment de la postérité? »

Ce discours , que Je tenois aux pairs de France , Je l'adresse aujourd'hui aux ministres ; qu'ils voient la consternation des honnêtes gens, le triomphe des révolutionnaires, et Je les fais Juges eux-mêmes de ce qu'ils ont fait. Si une fille sanglante de la Convention alloit sortir des collèges électoraux, ne regretteroient-ils point cette Chambre, qui a pu contrarier leurs systèmes , mais où se rencontroit l'élite des vrais François , où se trouvoient des hommes qui, en partageant Jadis l'exil du roi , avoient retenu quelque chose des vertus de leur mattre? Les ministres apprendroient alors à leurs dépens , et malheureusement à ceux de la France , que leurs prétendus amis sont moins faciles à conduire que leurs prétendus ennemis : ils verroîent s'il est plus oonunode d'avoir affaire à une assemblée d'ambitieux révolutionnaires , qu'à une Chambre dont le roi regardoit les députés comme introuvables , comme un bienfait de la Providrace.

Et, si les révolutionnaires ne dominent pas tout à fait dans la nouvelle Chambre, les ministres n'ont-ils point à craindre qu'une assemblée divisée en deux partis violents ne présente à l'Europe le spectacle , et ne promette leis résultats d'une diète de Pologne?

Vous la dissoudrez encore : quoi I tous les mois de nouvelles élections !

Enfin , si la nouvelle Chambre n'est composée que d'hommes nuls et passifs , incapables , si l'on veut, de faire le mal, mais incapables aussi de l'arrêter; si cette Chambre devcnoit rinstrument aveugle de la faction qui pousse à l'illégitimité , Je demande encore ce que deviendroit notre malheureuse patrie.

Quels motifs impérieux ont donc pu porter les ministres à avoir recours à la prérogative royale? Quel avantage peut balancer les inconvénients de toutes les- sortes, que présente dans ce moment la convocation des collèges électoraux? Voici la grande raison pour laquelle on met encore la France en loterie : le parti qui entraîne

MELANGES

la France à sa perte veut, par-ilessus tout, ta vente des bois du clergé : il la veut , non comme un bon système de finance , mais comme une bonne mesure révolutionnaire; non pour payer les alliés , mais pour consacrer la révolution : et comme il savoit bien que la Chambre des députés n*eôt jamais consenti à cette vente , il a profité de rhumeur et des fausses terreurs du ministère pour lui persuader, très-mal à propos , que son existence étoit incompatible avec celle de la Chambre. On a craint encore que cette Chambre n*éclairât le roi sur la véritable opinion de la France. Enfin , je Fai d^à dit , le parti n*a jamais pu pardonner aux députés d*avoir démêlé ses projets , et frappé dans les régicides les princes de la révolution.

Cependant, que les bons François ne perdent point courage; qu'ils ne se retirent point; qu'ils se présentent en foule aux élections. Ils auront sans doute à vaincre bien des obstacles; il leur faudra lutter contre la puissance d'un parti qui, ne daignant même pas prendre la peine de dissimuler ses intentions , les manifeste par des choix d'hommes, des actes publics et des coups d'autorité. Mais, encore une fois, que les bons François se soutiennent les uns* les autres , qu'ils ne soient point abattus, si Ton crée autour d'eux une défaveur momentanée , une opinion factice. S'ils lisent dans les journaux de grands articles k la louange de la dissolution de la Chambre , qu'ils se rappellent que la presse n'est pas libre, qu'elle est entre les mains des ministres , que ce sont les ministres qui ont fait dissoudre la Chambre , et qui font les journaux. S'ils remarquent la hausse des fonds, qu'ils sachent que le jour où l'ordonnance du 5 fut publiée, on fit faire un mouvement à la Bourse. Un agioteur osa s'écrier : « Les brigands ne reviendront plus ! « Il parloit des députés.

Ce n'est pas à des François que je prêcherai le désintéressement. Je ne leur dirai rien des places que l'on pourra leur promettre. Mais, qu'ils se mettent en garde contre une séduction à laquelle il nous est si difficile d'échapper! On leur parlera du roij de sa volonté, comme on en parloit aux Chambres. Les entrailles françoises seront émues, les larmes viendront aux yeux; au nom du roi on ôtera son chapeau , on prendra le billet présenté par une main ennemie, et on le mettra dans l'urne. Défiez-vous du piège. N'écoutez point ces hommes qui , dans leur langage , seront plus

POLITIQUES

royalistes que vous : sauvez le roi , qvmâ même!

Et que veut d'ailleurs le roi? S'il étoit pemii de pénétrer dans les secrets de sa haute sagesse, ne pourroit-on pas présumer qu'en laissant coqstitutionnellement toute liberté d'action et d'opinion à ses ministres responsables , il a porté ses regards plus loin qu'eux? On a souvent admiré, dans les affaires les plus difficiles, lapenpicacité de sa vue et la profondeur de ses pensées, n a peut-être jugé que la France satisfaite loi raiverroit ces mêmes députés dont il étoit si satisfait ; que l'on auroit une chambre nouvelle anstf royaliste que la dernière , bien que convoqoée sur d'autres principes, et qu'alors fi n'yaarolt plus moyen de nier la véritable opinion de h France.

Voilà ce que j*avois à dire à mes eoncitoyos, à ceux qui pourroient ignorer ce qui se passe, 6( laisser surprendre leur fol. Je ne fais point p(^ ter cet écrit par des messagers secrets ; je le pa* blie à la face du soleil. Je n'ai aucune puisssnes pour favoriser mes intrigues, hors celle qoe jl tire de ma conscience et de mon amour pour M' roi. Grâces à Dieu, je n'ai encore manqué aucoai occasion , quand il s*est agi du sang ou des intérêts de mes maîtres.

François, si ma voix ne vous est point étna* gère , si je vous fis quelquefois entendre les a^ cents de la religion et de l'honneur, écoutez-moi: présentez-vous aux élections. Xe salut ônlapeitt de votre pays sont peut-être attachés aux dxtt que vous allez faire. Ne nommez que des homtf dont la vertu , la fidélité et les sentiments ittçois vous soient connus. Qu'ils viennent aloRt ces députés chers à la patrie ; qu'ils viennent nd* tre au pied du trône leur respect, leur dévoi» ment et leur amour, et que, donnant à la ftH tous les exemples , ils disent aux ministres, dans un esprit de paix , de modération et de concorde: « Nous n'avons point été , nous ne sommes point, < nous neserons point vos ennemis ; mais renonces ^ à des systèmes qui perdront le roi et la FranecN

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