MIL HUIT CENT QUINZE
Le 31 janvier approche. On se demaade depuis longtemps : Que ferons-nous? Que fera la France? Laissera-t*on passer encore ce jour *
MÉLANGES
Mnr lani aàeQne maïque de regret? Où sont kl cendres de Louis XVI7 Quelle main les a recoeiliies7SaDS la pitiéd'an obscur citoyen, àpeine mnilH» aojoard'hui où repose lasaintedépouille à ce roi qui devoit dormir à Saint-Denis auprès àLooisXIIetdeCharles le Sage. Pendant quelques mnées on a voulu que le Jour de la mort k ce juste fût on Jour de réjouissance ; mais corn- Ha les factions s'aveugloient ! Tandis qu'elles pRindoient soulever le crêpe fbnèbre qui coumft notre patrie , tandis qu'elles ordonnoient il pompes dérisoires, les citoyens multiplioient fe marques de leur douleur; chacun pleuroit te la solitude, ou faisoit célébrer en secret le iMrifice expiatoire. En vain quelques hommes appeloient la foule à d'abominables spectacles ; tt tristesse publique sembloît leur dire : Non, kFnmee n^est point coupable avec vous; elie •e prend aucune part à vos crimes et à vos
fku.
LoQis XVI , dès le commencement de son règne, boit aboli les corvées, amélioré les branches de bdministration, relevé sur la mer la gloire de IM annes, et fait retentir nos victoires sur les UtcsdellndeetderAmérique. Aumilieudes orapsde la révolution , malgré ia chaleur des partis, flo (lit si persuadé de ses vertus , qu'on le nomma fnne commune voix ie plus honnête homme iio» nyaume. Abreuvé d'amertume , accablé foQtrages, on l'amena à Paris, précédé de la Me de quelques-uns de ses gardes; on l'y réduira ?ivre dans les fers , à languir dans la douleur. Ibbce n'est point devant la famille royale qu'il Mvieiit d'achever le récit de telles adversités. L*«phdiDe est là, et sa seule présence nous en dit »B. Témoins et Juges, vous vivez : vos yeux OBlmeeqn*!! y eut de public , et votre conscience *M racontera ce qull y a de secret dans l'his- ^ de DOS malheurs.
A Dieu ne plaise qu'aucun de nous cherche à rocver des coupables et à alimenter des haines! bis si nous prétendons aux vertus , il faut avoir icoorage d^étre hommes : il faut, à l'exemple es peuples de l'antiquité, que notre caractère lit assez mâle jgour soutenir la vue de nos pro- Ks butes. Quiconque craint de se repentir ne re aucun fruit de ses erreurs. Oublions donc le râniœl, mais souvenons-nous toujours du crime. Kbieu! si, tandis que nous pleurerons, quel- I^obommesse croient obligésde fuir nos larmes , fUe innocente vengeance île nous seroi^elle pas
ORATEàCmUM». — TO«K II. .
POLtnQUEl *27S
permise? Faut-il que tout un peuple étouffe dans son cœur ia morale et la religion, qu'il renonce à toutejustice, qu'il ait r&ird'approuVerdanssa raison ce ({ue sa foiblesse lui fit supporter, parce qu'il est des consciences ombrageuses , qui ne croient la patrie tranquille qu'autant qu'eVes ne sont point troublées par leurs remords , et qui prennent la voix de ces remords pour le cri de nos factions?
Chez presque tous les peuples on a vu de grands crimes, et partout on a établi des sacrifices pour les expier. Lorsque igis périt à Lacédémone en voulant, comme Louis, donner à son peuple de meilleures lois, « les citoyens de Sparte estime- « rent, dit Plutarque, qu'il n'avoit oncques esté « commis un si cruel , si malheureux , ni si dam«
• nable forfait depuis que les Dorions estoient ve- « nus habiter le'Peloponese. »
Après la restauration de Charles II en Angle* terre, on éleva une statue sur le lieu même où Charles T*" avoit été décapité, et le Jour anniversaire de la mort de ce roi devint un Jour de Jeûne et de prière. •
Mais il ne s^agit ici d'imiter aucune nation étrangère : tous les bons exemples peuvent être trouvés parmi nous. Après la bataille de Poitiers, les estats de la langue d'oc ordonnèrent « qu'homme ni femme pendant l'année , si le roy « (Jean) n'estoit délivré , ne porteroient sur leurs « habits or, argent ni perles, et qu'aucuns me-
• nestriers ni Jongleurs ne Joueroient de leurs <i instruments. »
Nos pères furent plus heureux que nous : ils purent se livrer à leur naïve douleur aussitôt qu'ils l'éprouvèrent. Cette douleur même cessa bientôt : le roi Jean revint de sa captivité. Mais les marques de nos regrets seront étemelles : Louis XVI ne reparottra plus parmi nous.
Du moins nous allons voir s'accomplir ce que nous avons tant désiré, ce que toute l'Europe attendoit : notre douleur, si longtemps comprimée, va enfin sortir du fond de notre âme ; le roi vient encore pour ainsi dire au-devant du besoin de nos cœurs; il va satisfaire à la piété de son peuple, nous rendre aux idées morales et religieuses; comme de sa paisible main il nous a soustraits au despotisme , et rangés sous l'empire de nos antiques lois.
Le 21 Janvier, Monsiecb, M'' le duc d'Angoulême, Ms' le duc de Berry, se rendront au cimetière de la Madeleine, appartenant aujour-
lA
MÉUNOIS POLITIQUC».
d'hvl h M. ItettloiBeaax* le terrain a été légalement reconnu; on s*e«t assuré d'avance du lieu où repose le corps du roi; on cvoit pouvoir aussi retrouver les cendres de la reine. Par un hasard toocliant , les Suisses tués h la journée du 1 0 août sont enterrés aux pieds de Louis XVL Ja fosse où notre monarque fut jeté avoit dif pieds de profondeur. On n'a pas voulu remuer la terre avant le moment de Tex^iumation. Rien ne doit Atre secret dans cet acte saint : toute la France a vu mourir son roi , toute la France doit voir ireparoltre au même moment sa dépouille mortelle. Ah! que ne sentiront point les spectateurs quand la terre enlevée laissera voir les os blanchis de Louis XVI, son tronc mutilé, sa tète déplacée et déposée à l'autre extrémité de son corps , pigne auquel on doit reconnoitre le descendant de tant de rois I Se représente-t-on biea les trois princes tombant à genoux avec le clprgé dans ce uooment redoutable, la religion entonnant çpn hymne dé paix et de gloire , les reliques du martyr sortant triomphantes du sein de la terre pour protéger désormais notre patrie, et attirer par leur Intercession la bénédiction du ciel sur tous les François !
Les restes sacrés du roi étant retrouvés , ainsi que les cendres de la reine, le cortège se mettra fiussitôt en route pour Saint-Denis. Les malheurs de Louis XVI feront toute la magnificence de cette pompe funèbre. La modestie convient au triomphe 4e tant de vertus, et la simplicité à la grandeur de tant d'infortunes. Les passious humaines ne doivent point troubler le calme et la m^'esté de cette cérémonie. Tout ce qui accuse en sera banni ; on n*y verra que ce qui console : )e père de famille, en retrouvant son tombeau, veut que tous ses enfants ensevelissent dans ce tombeau leurs dissensions et leurs inimitiés.
Le convoi suivra la route que prit, il y a six siècles, celui de saint Louis, premier aïeul des Bourbons. « Et leva, dit Joinville, le saint corps n l'archevêque de Rheims , et après qu'il fut levé , « frère Jehan de Seymours le prescha, £t entre « autres de ses faits rameuta souvent une chose
• que je lui avois dicte du bon roy : c'estoit de sa «grande loyauté.... Quand le sermon'fut fini, «fU'outent les chroniques, le roy (Philippe le « Hardi ) prit son père sur son col , et se mit à la
• voie tout à pied à aller droict à Sainct-Benys en « France. »
Quel abîme de réflexions, quelle comparaison
À fidre entre les événcmeiits, le tempi^kinitt et les pompes funè^i^es de saint Louis et de Looii martyr !
Le cortège se rendra doue k l'égliie d« l'api» Ire de la France , mais les successeurs de ces »> llgieux qui vinrent avec Torlflamme au-deful de la qhÀsse de saint Louis ne reœvrefit pût le descendant du saint roi. Dans ces ievmru souterraines, où dormoientcea rpts^IccipnV ces anéantis f dans ces sombres lieux, (mle$ rangs étaient si pressés ^'on poumf i pm . y placer madame BenrieUe, Louis XVIsetro^ vera seul ! ... Gomment tant de morts se sontpiii levés? Pourquoi Saiqt-Denis est-il désert? Di> i mandons plutôt pourquoi ^n toit est létaVii pourquoi soq autel eat debout. Quellf? laaia i iijr construit la voûte de ses eaveaui^, et piéparioi tombeaux vides? La main de ce même boi^ql qui étoit assis sur le trône des BourbpQS. 0 P(% videncel II croyoit préparer des sépulcres ||^ race, et il ne ffusoit que bâtir le tombeimAj Louis XVI 1 L'ii\justLce ne règne qu'un momeot] il n'y a que la sagesse qui compte de^ a^ et laisse une postérité» Voyez en même teiq| le maître de la terre tomber X|u miliea dç || violences, Louis XVIII ressaisir le scqitieA Louis XVI retrouver la sépulture de ses pèrdj La royauté des légitimes monarques avoit donri pendant vingt années; mais leurs droits, Al* dés sur leurs vertus, étolent {ndestnictilili comme leur noblesse. Dieu finit d'un seul oof cette révolution épouvantable , et les rois il France reprennent a la fpia possession ^ W trône et de leur tombeau.
Tandis que les restes mortels de Louis XTI<k de Marie-Antoinette seront port^ àSaiDt-Detilii on posera la première pierre du monument ^1 doit être élevé sur la place Louis XV.
Ce monument représentera Louis XVI ' «pi déjà, quittant la terre, s'élance vers son <<»• nelle demeure. Un ange le soutient et le guide, e| semble lui répéter ces paroles inspirées : fi&* saint Louis, montez au del! Sur un desc^és du piédestal paroftra le buste de la reine dansQS médaillon ayant pour exergue ces paroles si dignes de l'épouse de Louis XVI : Tai tout «i tout vu, et tout oublié. Sur une autre face de» piédestal , on verra un portrait en bas-relief fc madame Elisabeth. Ces mots seront écrits antoor: Ne les détrompez pas; mots sublimes quiW
* Oiiac>mnéhnwpqiet<la<yMl<BOttMdeeci
MÉLANGES POLITIQUE»
tn
éetafpèreikt dans la Journée do 30 Juin , lorsque èsÈ attusiDS meoaçoient ses jours en la prenant pour la reine. Sur le troisième côté sera gravé le Tcftinent de Louis XVI , où on lira en plus gros auractères cette ligne évangélique :
n PABDO?IJ!fB DB TOUT MON COEUB À CEUX QDf SB SOaT FAITS M£S ENNEMIS.
il quatrième foce portera Técnsson de France
iweette inscription : Louis XVIII à Louis X VL
les François solliciteront sans doute Tlionneûr
Anir an nom de Louis XVIU le nom de la France,
, fsi ne peut jamais être séparée de son roL
Ce monument sera aussi touchant qu'admira*
^ Ik. Ud autel funèbre au milieu de la place Louis
IV B'eAt été convenable sous aucun rapport
-ftite plaee est une espèce de grand chemin où la
Mepaise pour courir à ses plaisirs, ou pour
^Mer les vanités. Dans les distractions naturelles
.éh faiblesse de nos cœurs, les accents de la joie
jinoicDt trop souvent profané un monument de
^inleur. Non, aucun François ne sera obligé de
:0mw[ ses pas on ses regards du monument
^ pjeté : les uns y trouveront dans le Testament
^ lilaBis XVI rorigine et la confirmation de l*ar-
\ We de notre Chtfrte qui les met à Tabrl de toutes
Merdies; les autres y reeueiileront ces souve-
Ai ipii, dépouillés par le temps de leur amer-
, Ittie, ne laissent au fond de Tâme qu'un atten-
^ àineiBent religieux. Le roi, qui, jusqu'à présent,
tfi mi fouler le chatnp du sang , pourra peut-
, IIk; passer un jour, sinon sans tristesse, du
Msisaos horreur; tandis que le juge de Louis
IVI, àrabri du monument de miséricorde,
' IMilui-méme traverser cette place , sinon sans
iwiiis, dq moins sans crainte. Enfin ce monu-
Mt expiatoire deviendra pour tous les François
iM aouice de ooasoiations : nos enfants y puise-
M i Tavenir ces graves leçons , ces utiles peu-
^ (pA forment dans tous les temps et dans
^ ks pays les grands peuples et les grands
Immoes.
Ce mpnument ne sera pas le seul consacré au Mheur et au repentir. On élèvera une chapelle ffr le terrain du cimetière de la Madeleine. Du ^4e la rue d'Anjou , elle représentera un tomin« aatiqoe; rentrée en sera placée dans une Mïi'elle rue que l'on percera lors de i'établisse- •njt de cette ebapelle. Pour mieux envelopper ta différentes sépultures , l'édince entier se déll*!» en forme d'une erolx latine , éclairée par
un dôme qui n'y laissera^ pénétrer qu'une clarté religieuse. Dans toutes les parties du monument on placera des autels où chacun ira pleurer une mère, un frère, une sœur, une épouse, enfin toutes ces victimes, compagnes fidèles , qui pendant vingt ans ont dormi auprès de leur maître dans ce cimetière abandonné : c'est là qu'on viendra particulièrement honorer la mémoire de M. de Malesherhes. On nous pardonnera peut->étre d'associer ici le nom du sujet au souvenir du roi ; il y a dans la mort , le malheur et la vertu , quelque chose qui rapproche les rangs.
Le roi fondera à perpétuité une messe dans cette chapelle : deux prêtres seront chargés d'y entretenir les lampes et les autels. A Saint-Denis , une autre fondation plus considérable sera feite, au nom de Louis XVI , en fkvear des évéques et des prêtres infirmes qui, après un long apostolat, auront besoin de se reposer de leurs saintes fatigues. Ils remplaceront l'ordre religieux qui veilloit aux cendres de nos rois. Ces vieillards , par leur âge, leur gravité et leurs travaux, deviendront les gardiens naturels de cet asile des morts, où eux-mêmes seront près de descendre. Levprojet est encore de rendre à cette vieille abbaye les tombeaux qui la déeoroient, et auprès desquels Suger faisoit écrire notre histoire, comme * en présence de la mort et de la vérité.
Quand on songe que le prince qui vient de consacrer nos liiiertés; que le prince qui, sans ver ser une seule goutte de sang , a fait cesser nos divisions , et rendu le repos à la France ; que le prince qui, par la politique la plus généreuse, défend au dehors les droits des souverains mallieureux ; quand on songe que ce prince est le même monarque par qui de si grands exemples de religion vont être donnés , peut-on trouver assez de bénédictions pour les répandre sur sa tête? Et qui ne voit déjà que les siècles le placeront au rang des meilleurs et des plus grands rois de sa race?
Pendant la cérémonie funèbre , Madame se retirera à Saint-Cloud. Nous avons dit que les princes accompagneroient les cendres de Louis XVI à Saint-Denis; le roi seul restera à Paris, pour confier sa douleur à son peuple , pour mêler des consolations à nos pleurs, et pour adoucir l'amer* tume de nos regrets par sa présence vénérable.
is.
MÉLANGES POUTIQUES.
DE