‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 233 sur 279 · ÉPIGRAPHES · texte numérisé non relu

ÉPIGRAPHES

On réclama hautement la libéré d'écrire et de pubUer ses pensées par 1» voie de l'impression; et la liberté illimitée de penser et d'écrire devint un axiome du droit public de l'Europe y un article fondamental de toutes les constitutions , un principe enfin de l'ordre social.

(Vicomte DE Donald, séance des députés, US janvier. \%\7,)

Aujourd'hui que Je gouvernement peut tout contre le citoyen ,. de doit-il pas laisser au- citoyen quelque abri contre un pouvoir si illimité? (/cf., ibid.)

Les gens habiles ne sont pas tous dans les, conseils; et ceux-ci, placés à une juste distance des objets, ni trop haut, ni trop bas, peuvent savoùr bien des choses qui échappent à l'attention ou à la préoccupation des hommes en autorité, et leur dirCjjMir hi voix des journaux d'utiles vérités qu'ils ne voumTiient pas enfouir dans les cartons d'un bureau, ni soumettre à la censure d'un commis.

Peut-élre, au premier histant d'une explosion, les déclamations des journaux ne seraient pas sans quelque danger; mais à la longue, et lorsqu'on a à lutter contre des causes secrètes de désordre , leur silence ne scroitril pas plus dangereux encore.^ l'État, si Ton veut, peut être troublé par ce que peuvent dire les journaux , mais il peut périr par ce qu'ils ne disent pas. Il existe un remède

très-efflcace contre teonexagératknt oalétrsimfQrtm; il n'y en a point contre leur silence.

L'Angleterre a vu le danger, et a voulu s'en préfiover •n posant en loi la libre circulation des joumaox oomi&e la sauvegarde de l'État; elle n'a pas cru que ce Ittt trop du public tout entier dont les jouniaux sont les loitindia, pour servir de contre-poids au poav<Nr inunense d*na mi* nistère responsable.

(Vicomte de Borald, séance des députés, TSjanvier 1817.)

L'mtérét de la nation étant que les ministres Umi éclairés , ils ne doivent pas fermer eux-mêmes la seule voie par laquelle Topinion véritablement générale peut arriver jusqu'à eux. Y a-t-il beaucoup à craindre des jomaii, aujourd'hui qu'ils sont devenus presque la seule kdM des lionnêtes gens , et que les écrivains les plus estimabb ne dédaignent pas d'y travailler? Sans doute ils écrivent les uns et les autres dans des principes dilTércots : c'est un malheur inévitable, et qui a sa source dans ropi* nion des deux principes , mooardiique et républicaio, du gouvernement représentatif, que chacun , suivant Tode opinion, cherche à entraîner de son cdté. Heureose il nation , dans de telles circonstances , oCt ce combat b'i pour champ de bataille que les journaux! L'oppoàtîQi armée n'a cessé en Angleterre que depuis qu'elle est drf^ nue littéraùre. L'opposition des journaux amuse les pvtb et trompe les haines. {Id., ibid.)

« Que les représentants d'une nation , chargés de stia puler les droits et les garanties de la liberté dvile etpo- N liiique, confèrent, par une loi, à des hommes d^ l^ Cl mes du terrible droit d'emprisonner à volonté tout d* a loyen qui leur sera suspect, le droit plus étendu et ptai n dangereux d'étouffer toute pensée qui leur sera odieaie, « et qu'ainsi les ministres , an droit qu'ils ont d'agir ttflk « ajoutent le droit de parler tout seuls, c'est en vérité ee A que tout législateur tremblerait d'accorder, même Jon* N qu'il croiroit, comme citoyen, la mesure utile. Ve » a roit-ce pas compromettre, par ce dangereux exemple, li t sûreté générale et future de l'État, en voulant lui né» « nager une tranquillité locale et temporaire? Et œ ra, a que la Fable représente tenant tous les vents à ses er « dres , pouvoit exciter moms de tempêtes qu'un mioislèff « investi de tout pouvoir sur les corps et sur les esprits. »

{Id,,ibid.)

n est digne de remarque que tous les journaux empM à grands frais par tous les gouvernements qui se Mit succédé, n'ont pu, malgré leur influence, en soutenir aucun; et que les journaux opposés, que la tyrannie i contrariés, tantôt à force ouverte, tantôt plus aérieme* ment , ont vu , ont fait à la fois triompher la caose qn^îli ont coostanunent défendue....

Les gens les plus distingués dans les lettres n'ont pu dédaigné d'écrire dans les journaux , et y ont défenda avec courage les principes conservateurs des sodélés..-* Dès lors, une succession non interrompue dejooraan amis de l'ordre a entretenu le feu sacré; ils l'ont entreteon par ce qu'ils disoient, et même par ce qu'ils ne disoitot pas , lorsque , forcés de se taire, ou même de parler, ib îaissoient apercevoir leurs opinions particulières sons 11 transparence des opinions commandées. C'est cette oppo* sition constante qui a conservé toutes les bonnes doetrinfs

MÉLANGES POUTIQUëS.

.fri OBt à kfotf prévalu : car il dut ranarquery à IImmi-

peiir de Tesprit Dational , que ces journaux sont les seuls qt aient joui d'une vogue constante , tandis que les autres i*oot pa se soutenir méine aTCc les secours du gouverne- Bcst; eo sorte que l'on peut dire que le public a fait ces joanani , plus encore c|ue les journaux n'ont formé le pu- Uk, parce que les Journaux expriment l'opinion et M la font pas: Réflexion juste et profonde de M. de Bri- |Dde, et qui suffiroit à décider la question.

(Yiconite oe Bokald, séance des députés, U janvier 1817.) Avant que la presse fût Ubre, les chances eo étoient BBÎM assurées , parce que le pouvoir qui laissoit une libre carrière aux mauvaises doctrines avoit soin d*enclialner kl bonnes. Vainement les royalistes avoîent-ils réclamé , èas riotéfêt public, cette liberté dont ils sentoient le prix : il leur a fallu dn temps, beaucoup de temps , pour la ftiiéder, parce que leurs adversaires en redoutoient TeffeL Enfin, la faculté d'écrire , arrachée plutôt qu'obtenue , aaimi les amis de la royauté d'armes égales à celles des aDemis qui veulent la détruire, et bientôt le nombre des kcteurs de chaque opinion a montré l'étendue de leurs -frtes relatives.

(M. le marquis b*Hekbovviu£, Conservateur, tom. VI , pag. 62 , 03.) ITa-l-on pas vu naguère que les journaux tombés sous le joag du despotisme étoient devenus des instruments f oppression et de servitude? C'est la meilleure preuve du àÊps de subjuguer les jouinaux.

J(M. CoaaiàRB, séance des députés, 79 Janvier 1817.) Sopprimer un journal, c'est ruiner le propriétaire; et ccfendanl on se joue avec une cruelle indilTércnce de cette iropriété. Le propriétaire est ruiné, sans même qu'on fiiue lui imputer le plus souvent une faute réelle.

(Id., ibid,) « Si le ministre obtient le droit de donner ou de refu- ■ ttr arbitrairement l'autorisation aux journaux depa- » traître , il pourra la rendre onéreuse aux uns, la donner •gratoitement aux autres, en favoriser quelques-uns, •paar les mettre en mesure de se soutenir contre l'opi- •aioB; il pourra user des moyens les plus contraires «m droits garantis à tous les François par les articles M et 2 de U Charte. »

(M. DE ViLLÈLE , séance des députés, 27 janvier i8f7.)

Paris, 30 juin 1827.

Moo pays n'aura rien à me reprocher : resté k dernier sur la brèche, j*ai fait à la Chambre héréditaire le devoir d*un loyal pair de France; je remplis maintcDant celui d*un simple citoyen. H m'en coAte : déjà rentré dans mes paisibles travaux, Je revoyois mes vieux manuscrits, Je ^ageois en Amérique : Désertas çuœrere ier^ m. Rappelé subitement de la terre de la liberté , Je reviens défendre cette liberté dans ma patrie, eomme jadis, J'accourus de cette même terre pov me ranger sons le drapeau blanc.

En quittant la tribune de la Chambre des pair», le 1 8 de ce mois , je prononçai ces mots :

«r Je vous dirai , messieurs , que ceux dont le^- « prit d'imprudence inspira le projet de loi contre « la liberté de la presse n*ont pas perdu courage. « Repousses sur un point, Ils dirigent leur atta- « que sur un autre ; ils ne craignent pas de déda- « rer à qui veut tes entendre que la censure sera « établie après la clôture de la présente session. « Mais comme une censure , qui cesserait de « droit un mois après Touverture de la session « de 1828, seroit moins utile que funeste aux « fauteurs du système, ils songeraient déjà au « moyen de parer à cet inconvénient : ils s'occu- « peroient , pour Tan prochain , d'une loi qui pra- « longeroit la censure, on d'une loi à peu près « semblable à celle dont la couranne nous a déli- «* vrés,

« La difûculté , messieurs , seroit de vous faire « voter un travail de cette nature , si d'ailleurs il « étoit possible de déterminer les ministres eux- « mêmes à l'accepter. Vous n'avez pas de com- « plaisances contre les libertés publiques : quel « moyen auroit-on alors de changer votre majo- « rite? Un bien simple , selon les hommes que je « désigne : obtenir une nombreuse création de <« pairs,

« Avant de toucher ce pohit essentiel , jetons « un regard sur la censure^

« Les auteurs des projets que J'examine en ont- « Ils bien calculé les résultats? Quand on établl- « rait la censure entre les deux sessions, si cette « censure, décriée parles ministres eux-mêmes, « ne produisoit rien de ce que l'on veut qu'elle « produise; si elle n'a voit fait que multiplier les « brochures; si le ministère avoit brisé le grand « ressort du gouvernement représentatif, sans « avoir amélioré les finances, sans avoir calmé « l'effervescence des esprits; si, au contraire, «des haines, les divisions, les déflances s étoient «augmentées; si le malaise étoit devenu plus « général ; si l'on avoit donné une force de plus à ^ l'opposition , en lui fournissant l'occasion de « revendiquer une liberté publique, comment « viendrait-on demander aux Chambres la con- « tinuation de cette censure? On conçoit que, du « sein de la Uberté de la presse, on réclame la « censure sous prétexte de mettre un frein à la « licence ; mais on ne conçoit pas que, tout chargé « des chaînes de la censure , on sollicite la cen* « sure lorsqu'on n'a plus à présenter pour argu-

MÉLANGES POUTIQUES.

« ment que les flétrissures de cette oppression. « L'abolition de la censure, le retrait de la loi « contre la liberté de la presse , sont des bienfoits « de Charles X ; rien ne seroit plus téméraire qae « d'effacer par une mesure contradictoire le sou- « venir si populaiiredeces bienfaits. Etquelle pitié « d'établir au profit de quelques intérêts particu- « iiers une censure qu'on n'a pas cru devoir im- « poser pendant la guerre d'Espagne, lorsque le « sort de la France dépendoit peut-être d'une « victoire I Noos nous sommes confiés à la gloire « de Mr le Dauphin ; il n'est pas. aussi sûr, j'en «< conviens, de s'abandonner à toute autre gloire; n mais,«nfin , que MM. les ministres aient foi n en eux-mêmes; qu'ils nous épargnent la répé* 1 tition des ignobles scènes dont nous avons trop « souffert. Reverrons-nous ces censeurs proscri- « vant Jusqu'aux noms de tels ou tels hommes, « rayant du même trait de plume et les éloges « donnés aux vertus de l'héritier du trône, et la « critique adressée à l'agent du pouvoir?

« Après avoir été témoins des transports popu- « laires du 1 7 avril , on ne peut plus nier Tamour « de la France pour la liberté de la presse. Dans « quels rangs pourriez- vous donc trouver âujour- « d'hui des oppresseurs de la pen$ée? Parmi des « fanatiques qui courroient à la honte comme au « martyre, et parmi des hommes vils qui met- « troient du zèle à gagner en conscience le mépris 1 public. »

Me trompoiS'Je dans les 'projets que j'annonçois? Mes frayeurs étoient-elles vaines? La haine ou la vérité dictoient-elles mes paroles?

Du moins un avantage me reste sur mes adversaires : point n'ai renié mes opinions; je suis ce que j'ai été ; je vais à la procession de la Fête- Dieu avec le Génie du Christianisme, et à la tribune avec la Monarchie selon la Charte, Comme pair, j'ai prononcé plusieurs discours en défense de la liberté de la presse : j'ai écrit cent fois pour cette liberté dans te Conservateur et dans d'autres ouvrages. Pourquoi cette énumération ? Pour me vanter, pour me citer avec complaisance? Non : pour répondre à des hommes qui , ayant trahi leur premier sentiment , veulent mettre leurs variations sur le compte des autres; à ces hommes qui s'écrient : « Vous marchez! » quand vous êtes immobile , ne s'apercevant pas que ce . sont eux qui passent , et qui se figurent en changeant de place que l'objet offert à leurs re* gards s'est déplace. -

La liberté de la presse est devenue un dis frsmiers intérêts de ma vie politique : j'en ai fslt l'objet de mes travaux parlementaires. J'ose dire que ma position sociale , les opinions royalistes et religieuses que je professe^ donoent à mes paroks quelque crédit , lorsque je réclame cette liberté : on ne peut pas dire que je suis un révolutioiinaire , un impie : on le dit , il est vrai , aujoard'hui ; mais ce qu'il y a de plus curieux , cestqm ces obligeants propos sont tenus par les jacolnos à la solde de ce prétendu parti religieux et rayaliste , lequel j'ai poussé au pouvoir, en lui apprenant à bégayer contre nature la Charte et la liberté.

Il ne peut plus être question de poser les priacipes de la liberté de la presse, leur sufastaoce se trouve dans les épigraphes que j'ai mises à la tète de éet écrit. La monarchie représentative sans la liberté de la presse est un corps privé ^ , vie. une machine sans ressort. Au commence ment de l'empire,' des pièces d'argent avoient d'un côté ces mots : Napoléon empereur, et de l'autre c6té : République françoise. Buopapaite frappoit ses monnoies au coin de la gloire, ^elto avoient cours. Sous un gouvernement eonstitotionnel régi par la censure, on pourroit graver des médailles portant dans l'exergue : Liberté^ et au revers : Police. Qui voudroit preudre ce faux billon à l'effigie du ministère?

Laissons donc des principes avoués mèm par ceux qui les violent , et examinons les ordonnan- £es du 24 de ce mois.

Elles sont sans préambule : l'ordonnance de i> première censure étoit précédée d'un eopsidé' raut accusateur des tribunaux. Les sycopbaDta du ministère firent entendre ensuite que oeitt insulte à la magistrature n'étoit que pour rir^t et que l'approche de la mort du vénérable autnir de la Charte avoit été la vraie cause de Yétà^ sèment de la censure. On plaça la perte de iapremtère des libertés publiques entre une oflBDseet une douleur.

De quel considérant auroilron pu aooomptgaer les nouvelles ordonnances?

Des illuminations avoient brillé dans tonk h France pour le retrait du projet de loi sur h liberté de la presse : auroit-on pu dire que eettp circonstance grave obligeoit de les éteindre avee la censure?

La giirde nationale crie : Vive le nn^ Q»* ques voix isolées élèvent un cri inconvenaot ç0D*

MËLANOBS POLITIQUES.

Ut

tre toi igsDts en pouvoir : la garde nationale est Ijeepeiée; on reçoit à Meaux la moanoie de ce Ikxociement. Auroit-il été convenable de faire de ces fiûti la raison du rétablissement de la cen-

nie?

Da défldt se renoontroit dans les recettes des premiers mois de Tannée : étoit-ee là un bon prftute pour suspendre la liberté de la presse? Enfin, anroit-on pu déclarer qu'il falloit une MdooBsnee de censure, parce que les ministres M psmrent mareber avec la liberté de la presse? fies ofdomiances sans considérant étoient donc ceqD'ilyavoltdemieux.

La première remet en vigueur les lois du 31 nan 1830 et du 36 juillet 1821.

Le ministère est investi de ce droit par Tart. Idela loi du 17 mars 1832, ainsi conçu : « Si iins rintervaile des sessions des Chambres, des clrecmstattces grtives rendoient momenta* séDKBt insufOsantes les mesures de garantie et de répression établies, les lois des 31 mars 1S30 et 36 juillet 1831 pourront être remises iflimédiiitement en vigueur, en vertu d'une ordoonance du roi délibérée en conseil et contresjgoéepar trois ministres* < Cette disposition cessera de plein droit un BMHS après l'ouverture de la session des Chambres, si pendant ce délai elle n'a pas été convertie en loi.

« Elle cessera pareillement de plein droit le jour où seroit publiée une ordonnance qui pro- «Miceroit la dissolution de la Chambre des déprlés. »

Ainsi, pour imposer la censure il faut des cirmilancM graves qui rendent momentanément im^antes lee mesures de garantie et de ré" /lUim établies*

Et où sont -elles , les circonstances graves ? On troubles ont-ils éclaté ? l'impôt ne se perçoitil plus? des provinces se sont-elles soulevées? at«i découvert quelque conspiration contre le tftee? sommes-nous menacés d'une guerre étrangère, bien qu'il soit prouvé que M>^ le Dauphin s'a pas besoin de censure pour obtenir des tnomphet? Si ces circonstances graves sont adveaoes, elles ne se sont pas déclarées tout à coup le lendemain de la clôture de la session; elles existoieut sans doute lorsque les pairs et les défotés étoient encore assemblés : pourquoi n'en at-en pas parlé aux Chambres? les ministres n'ontils pas été interpellés sur leurs projets? pourquoi

n'ont-ils pas répondu? Si leurs desseins ne poui* voient supporter répreuve d'une discussion par** lementaire, les circonstances n'étoient donc pas assez graves pour justifier la censure? Nous parlera-t-ondu trône, delà religion, des insultes pessonnelles? les tribunaux sont là.

Le trône est trop élevé pour craindre les Ui* suites : il s agit bien moins de le mettre à l'abri que de rendre la royauté aussi douce, aussi po« pulaire qu'elle Test en effet : je ne connois.rien qui s'entende mieux dans ce monde qu'un ro| de France et son peuple , quand des ministres busensés ne viennent pas troubler cette union.

Il ne s'agit pas d'empêcher qu'on parle légèrement du clergé : il faut nourrir les prêtres, les secourir quand ils sont vieux et malades , les mettre à même de déployer leurs vertus , de faire aimer une religion de miséricorde et de charité.

II ne s'agit pas dç prévenir les attaques personnelles : on ne diffame que ce qui peut être diffamé. Un honnête homme se défend par son propre nom , et accepte la responsabilité de sa vie. Si le vice impudent émousse l'action de la presse, il seroit étrange que la vertu patiente n'eût pas le même pouvoir.

Vous avez détruit la liberté de la presse : multipliez les espions. La. censure est aujourd'hui^ dans tous les sens, une véritable conspiration contre le trône.

Pour quiconque a la moindre bonne foi , il est évident que la censure a été rétablie dans le seul intérêt d'une incapacité colérique; c'est pour une si noble nécessité que l'on attaque la Charte dans ses fondements, que l'on retire à la France des droits déjà confirmés par une possession paisible : il est dur d'en être là, après treize années de restauration.

Je n'insiste pas davantage : il est trop aisé d'ergoter sur la gravité des circonstances : chacun la voit dans la chose qui le touche. Un censeur soutient que les circonstances sont graves , parce qu'il veut que l'on mette les libertés publiques en régie; l'espion trouve que les circonstances sont graves, lorsque tout se dit publiquement et qu'il n'a plus rien à dénoncer; les circotisiances sont graves aux yeux du sot dont on rit, de l'hypocrite qu'on démasque, de l'homme déshonoré qui redoute la lumière. Faut-il pour les assouvir leur livrer l'indépendance nationale? De quoi vivent les nations? de liberté et d'honneur :

MÉLAJNGES POLITIQUES.

ne jetons pas aux chiens le pain des peuples et des rois.

Disons pourtant que tout le monde est frappé d*uue certaine crainte de Tavenir, dans laquelle on pourroit voir une gravité des circonstances. Mais qui cause cette crainte? Tadministration : Finquiétude tient uniquement à ses actes. Toujours menaçant nos libertés, on se flgure qu'elle les veut faire disparoltre ; on se demande ce que rondeviendroitsi nos institutions étoient renversées; on tremble également de Tidée des attaques et des résistances. Pour guérir un mal qui est en elle, que fait l'administration? elle impose la censure : c'est diriger le vent sur un incendie. ~

Passons à la seconde ordonnance.

Je ne m'arrête pas aux deux noms propres placés dans une ordonnance réglementaire. Des erreurs de cette nature sont si fréquentes au ministère de rintérieur, que cela ne vaut pas la peine d'en parler.

La censi^e facultative est dans l'article 4 de la loi du 17 mars 1822 ; le ministère a donc eu le droit , si les circonstances sont graves , de mettre la censure par la première ordonnance, et conséquemment de nommer des censeurs. Mais la seconde ordonnance rétablit le conseil de surveillance autorisé par une loi abolie : cela se peutil? Je ne le nie ni ne Taffirme : il y a matière à contestation.

Veut-on que ce conseil , né d*une ordonnance , et non d'une loi , ne soit qu'une commission chargée de surveiller les censeurs eux-mêmes? Gomment alors cette commission connoit-elle avec autorité compétente de la suppression provisoire d un journal?

Voici quelque chose de plus étrange : l'article i) de l'ordonnance dit : « Quand il y aura lieu , « en exécution de l'article 6 de la loi du 31 mars « 1820 , à la suppression provisoire d'un journal « ou écrit périodique , elle sera prononcée par « nou^ sur le rapport de notre garde des sceaux. »

Quoi ! c'est le roi qui ordonnera la suppression provisoire d'un journal ! c'est la royauté que Ton fera descendre à un pareil rôle ! c'est la couronne qui s'abaissera à des fonctions de cette nature ! c'est le pouvoir suprême qui luttera corps à corps avec la première de nos libertés! Ministres, y avez- vous bien pensé?

Que dit l'article 6 de la loi du 3t mars 1820? Il dit : « Lorsqu'un propriétaire ou éditeur resa ponsable sera poursuivi, en vertu de l'article

« précédent, le gtmtfêrnement^pinanfnaMKt « lasnspension dujoatnal ou écritpériodiqQeJiis- « qu'au jugenoent.»

Que îàntrû entendre par ce mot gouvenement? Il faut entendre la couronne, les deoi Chambres , les juges inamovibles : pourroit-oQ jamais soutenir que te go/uvemement est ia per* sonne royale toute seule ? En Turquie , peat-ètie. Cette personne sacrée est-elle un juge qui pro* nonce dans des cas iuQmes , en police correctionnelle? La couronne exécutant les propoeitionsde sentence élaborées dans un tripot de censeurs l . la couronne, qui seule a le droit de faire grdce, ^joutant par la suspension d'un journal aux rigueurs d'une loi d'exception! Et si les tribuiun» venoient ensuite à absoudre la feuille iDcrimiDée^ le roi seroit donc condamné? Ministres, encore une fois, y avez-vous bien pensé? On se senl^ comme oppressé par un mauvais songe.

Une troisième ordonnance nomme les memlmi du conseil de surveillance.

Ce n'est pas sans le plus profond étonnemcat et la plus profonde douleur qu'on y lit les noml de trois pairs et de trois députés. Je soatieDS J sans hésiter, que des pairs et des députés ne pe»| vent pas être investis de pareilles fonctions saml y être formellement contraints en vertu d'un ade ' législatif. Ceux qui discutent et votent les lois, ceux qui sont les défenseurs naturels des liixrtéi publiques , les gardiens de la constitotion , nesoit ^ pas aptes et idoines à composer une commissioi administrative de censure, uniquement établio par ordonnance. En prêtant leur serment vaM\ pairs et comme députés , ils ont juré de Tsm\t ntr la Charte; il leur est donc moralement inter* dit de foire partie d'un conseil créé pour la mise en vigueur d'une mesure qui suspend le plus saeié des droits accordés par cette Charte.

Les opinions particulières ne font rien à il question. Des pairs et des députés peuvent iDanifester à la tribune et dans leurs écrits ce qa% pensent contre la liberté de la presse ; mais preodre une part active contre cette liberté, voilà ce qui ne leur est pas permis. Ce seroit bien pis dans le cas où leurs fonctions ne seroient pas gratoi* tes, et où ils recevrolent le prix d'une liberté: on assure que la France n'aura pas à rougir déco dernier scandale. Si la presse pouvoit être encWnée en Angleterre, je ne doute point que des lords et des membres des Communes, volontairement ravalés jusqu'à des fonctions de censeurs, ^

taent admonestés par leurs Chambres respectives à roaverture de la session : il y a des bieninoces qui ont force de devoir.

Dans la position des pairs et' des dépotés roemàrs do ODDseil de surveillance , tout est inconvé- DîeDtet péril. Qa*un journal imprime, par exemfk, les passages de discours servant d'épigraphes i cette brochure : les censeurs subalternes, ne moQDoissant pas l'ouvrage de leurs supérieurs, crûroieiit ne pas avoir assez d'encre pour effaevces effroyables lignes. Leur travail seroit porté 8B fODseil de surveillance : que diroît le coniseil ?

Il y a toutefois des consolations à des choses jlflligeaiites : MM. Gaix et Rio ont donné leur dé-

Le premier est nn Jeune professeur d'histoire , beaucoup de savoir, d'un esprit très-distingué,

i a plus de mérite que de fortune. Il a Joué place contre l'estime publique : c'est risquer pour gagner beaucoup.

Le second est pareillement un jeune profes-

plein de talent. Une illustration toute parlière le distingue. Pendant les Cent- Jours,

la terre du royalisme , apparut tout à coup

armée d'enfants : les vieux avoient vingt , les Jeunes en avoient quinze.

ToQtce qui se trou voit entre ces deux âges,

i les élèves du collège de Vannes , échangea

qn on peut posséder au collège de quelque va-

, contre des armes, et courut au combat.

ou vingt élèves furent tués : les mères ap-

it le danger en apprenant la mort et la le.

Ijoe ordonnance royale constate ces faits : gloire de l'enfance est rappelée chaque an* AjSelon le dispositif de cette ordonnance , dans ^ ^ enceinte où l'on ne célèbre ordinairement ^ des triomphes paisibles : ce n'est pas loin du ^nniment de Quiberon. Les trois officiers de Wle singulière armée ont reçu la croix de la Léfion-dHonneur. M. Rio est un de ces trois offl- ^- C'est à un pareil homme que le ministère * proposé la honte : il l'a refusée.

Lft conduite de ce Jeune professeur est une l^côvede plus qu'on peut être Adèle à son prince , t^S^liste Jusqu'au plus grand dévouement, relifroi jasqu'au martyre, sans cesser d'aimer les libertés publiques.

On assure encore que M. Cu vîer n'a pas accepté ■place dans le conseil de surveillance. M. Cu- ^ « respecté sa renommée ; il a voulu la garder

tout entière. Gloire aux lettres et aux sciences qui n'ont point trahi leur propre cause, qui se sont senties trop nobles pour porter la livrée d'un ministère, pour exécuter ses hautes-œuvres ' I

Je ne parle point des autres censeurs, ils ne sont plus que quatre. Quatre opérateurs sufOsentils pour expédier tant de patients? Il y auroit donc des garçons censeurs , des adjoints secrets , des amateurs de police dont la récompense est dans le secret promis à leur nom. Ce syndicat anonyme auroit bien de la peine à soutenir le crédit de la censure, et à escompter le mépris public.

Maintenant examinons l'esprit et la marche de la nouvelle censure.

Cette censure se montre sous un Jour nouveau , son caractère est doucereux, mielleux, patelin; elle a l'air d'être la fille du bon M. Tartufe. « Eh I «( mon Dieu ! vous direz tout ce que vous vou* « drez ; on ne s'opposera qu'à ce qui pourroitbies* < ser la religion, le trône et les mœurs. Nous ai- « mons tant la religion et le trône , que nous « n'avons Jamais trahis I Nos mœurs sont si pu- « res ! faites de L'opposition tant qu'il vous plaira, « vous êtes entièrement libres sur la politique ; « attaquez les ministres a\'ec leur permission; « nous savons qu'il n'y a point de^uvernement « représentatif sans la liberté de la presse , et c'est « pourquoi nousétablissons la censure. La censure « est l'âge d'or de la liberté de la presse. »

Tel est l'esprit de cette nouvelle censure : la naïve insolence de l'article du Moniieur du 26 Juin prouve que nous restons même en deçà de la vérité.

Je remarque d'abord une date singulière. Le manifeste ministériel, ou le vrai considérant des ordonnances du 24 Juin de cette année, fait remonter ce qu'il appelle la licence de la presse au mois de Juin 1824. 11 revient plusieurs fois^sur cette date ; il parle de la presse opposante depuis 1 824 ; il dit que depuis trois ans la presse a Jeté des nuages f atUasmagoriques ; il redit en finissant le mal causé depuis troi^ ans par la licence de la presse.

< rapprends à rinstant, en oorrlj^ant mps épreaves, que MM. Foaquet et de Broé, et M. le marquis d*Herbou ville, ont imité les nobles exemples qai leur avoient été donnés. L'esprit dé la pairie et de la magistrature françoise devoit se retrouver tout entier. \\ n'y a donc plus que trois censeurs et sept membres du conseil de surveillance. Espérons dans la contagion du bien : elle se propage facilement en France. Lt Précurseur, Journal de Lyon , annonce qu'on n'avoit pu trouver encore de citoyens réunissant les qualités nécessaires pbur exercer les foncUons de censeur. A Troyes , les ordonnances du 24 Juin élolent sans exécuUon le 27.

Frappé de cette date prédse , de cette extrême insistance, Je me suis demandé ce qui étoit arrivé de si extraordinaire au mois de juin 1 824 , ce qui pouvoit cfniser la préoccupation évidente de l'interprète des ministres. En me creusant la tète, et ne trouvant rien du tout dans ce mois de Juin 1824, j'ai été obligé de me sdiivenir d*un événement fort ordinaire , fort peu digne d'occuper le public , ma sortie du ministère.

Si par basard le jour de la Pentecôte, 6 juin 1824 , avoit obsédé la mémoire de l*écrivaui se~ mi«offlciei, e'est donc moi qui depuis trois ans serais la cause de ia licence de la presse?

En rassemblant mes idées, je me souviens en effet qu'au moment de l'imposition de ia censure , en 1824, on déclara qu'on ne pouvoit allerni avec moi ni sans moL Que faudroit-il conclure de ces dires? que Je faisois la paix de la presse quand j'étois auprès du gouveril^ment ; que je railiois à la couronne les diverses opinions par mon c6té religieux et royaliste , et par mon côté constitutionnel?

Hors du conseil du roi j'aurois donc été suivi par tout ce qui s'attacbe aux doctrines de légitimité , de religion et de liberté que je professe invariablraient. J'aurois donc tout brouillé, tout détaché de l'autorité) j'aurois donc excité les tempêtes, et ne pouvant m'attacher l'opinion que je soulève, force est de la bâillonner encoreime fois.

Si tout cela étoit véritable, on eût été bien malavisé de méconnottre et de reconnottre à la fols mon pouvoir; ou on aurolt commis une grande faute , en me précipitant du ministère aussi grossièrement qu'on eût cbassé le dernier des bumains. Telles sont les conséquences que mon amour-propre pourroit tirer des aveux de mes adversaires f grâce à Dieu, je ne suis par assez fat pour me supposer une telle puissance. Si j'ai quelque force, je ne la tire que de la fixité de mes opinions , et surtout des fautes de ces hommes qui compromettent tous les jours le trône, Tautel et la patrie.

Après avoir fixé la date de la licence , le Moniteur déclare que les écrivains de l'opposition prévoyoient depuis un mois la censure, parce que le mot de censure étoil écrit dans leurconcience.

Tout le monde, non pas depuis un moiSy mais depuis plus de deux années^ annonçoit là perte de la plus vitale de nos libertés y parce qu'on n'ignoroit pas que M. le président du conseil avoit

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* écrit un ouvrage en ftiveur du rétabHflimntte l'ancien régime , parceliue l'on savoit que le mit

proj

nistère étoit trop foible pour marcher avec ^i libertés publiques , et parce qu'en multipliontles fautes et les projets , il avoit besoin de tUcBoe d de voile.

Le Moniteur nous dit que pendàtU cinq m« nées de liberté de la presse l'autorité i'mI »» fusée constamment à désespérer eu fou «si fiatUmaL

Et c'est parce que le bon sens naUomÀi ip^ prouvé pendant cinq années la liberté de la prat que l'autorité a désespéré de ce bon sens, qu'elle a fini par mettre ce fou dans ia ehem de force de la censuré ! Et c'est ainsi que le sens des ministres traite le ban sens C'est la misère même en délire : Buonaparte toute sa puissance n'auroit pas osé insulter la nation.

Pendant cinq années , des travaux oM M borieusement suivis à travers les dijfieuitéi la licence des écrits suscitoit sans cesse des projets les plus éclairés! (Iljtonitettr)

Les projets les plus éclairés! Quels le 3 pour cent, le syndicat, la cession de Domingue par ordonnance et sans gara&tie payement , les avortons des lois? Mais oe ne pas les journaux qui ont rejeté ou refait lei jets des lois, se sont les Chambres à qui le ^fftirdonne des éloges , offrant en exemple T admirable qui règne dans les discussùm lementaires.

Les gazettes prétendroient-elles au d'être moins constitutionnelles, moins ii\ que les Chambres? (Moniteur.)

Qu'est-ce qu'il y a de commun, dans les cipes de ia matière, entre les gasetteset Chambres? Rien , si ce n'est la liberté de ti|^ rôle, garantie à tous par la Charte. Or, meWttK censure sur la parole des orateurs? Il me aeaHI cependant qu'on a dit aux ministres dans li Chambres, tout aussi énergiquement que dios 1>* ^ journaux, qu'ils perdoient la France, qu'ils «k' ritoient d'être mis en accusation. Les feaiileipi* riodiques ont-^lles témoigné plus de mépris «A agents du pouvoir que n'en a répandu nr est cette phrase d'un éloquent député? « Gooieillsil a de la couronne , auteurs de la loi , coomis (• ^ « inconnus , qu'il nous soit permis de vous le de* a mander : Qu'avez-vous fait jusqu'ici (pn vo«i (c élève à ce point au-dessus de vos eoncitof co^i

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I qv VOUS idyei en état de leur imposer la ty- «nimie?

« iXtes nom qael Jour vous êtes entrés en pos- ■ Mttfon de la gloire, quelles sont vos batailles •l^goées, qpels sont les immortels services que • wu avec rendus au roi et à la patrie. Obscurs tct BMdioeres comme nous, il nous semble que riiMSiienous surpassez qu'en témérité. La tyfsofiie ne saurait résider dans vos foibles mains ; votre eonsdenee vous le dit encore plus haut fMnoos'. «

Ub peu plus loin le Moniteur appelle Tadmi-

tion un pouvoir constitutionnel. Le mot

eorieax : il prouve comment les publicistes du

entendent la Charte.

Usrésultats de la censure telle que la voilà.,. \$smt si peu incertains aux vrais amis de ëberté de la presse , que pour eux le triomdeeelfe-ci né date que de ce jour..,. La censé laissera subsister que des réalités. ( Moir.) Ainsi, c*est fa censure qui est la liberté de la . A merveille I N'est-ce pas là le pieux npens de Pascal ?

ÏAeensure ne laissera subsister que les réa- ; ajoutez ministérielles , et le sens de la sera complet.

U Moniteur porte ensuite un défi à l'opposi- : il rappelle en champ clos, bien entendu combattra cuirassé de la censure, et que ion toute DU^ sera menacée des ciseaux eenseurs.

Lamialstres, par l'organe de leur champion,

le promène bravement dans la solitude du

leur en attendant les passants , s'étendent

Il garantie qu'offre la composition du conseil

nrvdilance. Tout en respectant le caractère

liomines, en rendant hommage à leurs vertus

, ce De sont pas de^ partisans avoués du

oir absolu qui pensent rassurer les citoyens

les liberfés publiques.

S le conseil de surveillance n'est pas rempli 'fcertatnres des ministres, il l'est et le doit être ie hors amis ; il est na^rel que l'autorité choite des hommes dans ses opinions.

b deniier résultat , le ministère est tout dans «Heaffaire, puisqu'il peut nommer et changer à >^ gré les membres d'un conseil dont les places *«ant pas inamovibles. N'est-ce pas un minis-

^IKeooQn de ||. Rover-CoUard sur le projet do Joi d« la

tre?' n'est-ce pas M. le prde des sceaux qui instrumente dans les cas graves , après avoir pris seulement Vavis du conseil de surveillance? Ce conseil n'est au fond qu'une imitation de la commission de la liberté de la presse, placée par Buonaparte auprès du Sénat : il produira le même bien; on écrira tout aussi librement que dans le bon temps de M. Fouché.

Le Montesquieu du ^omY^trr termine son apologie par cette phrase digne du reste : « Les amis « véritables de la liberté de la presse se croient « q(ftnnchiSy parles ordonnances du 24 juin, • d'une insupportable tyrannie qui pesoit sur « le pays y et ils ne voient que Vémandpation ^ delà liberté dans la censure de la licence, v

Rien de si commun dans Thistoire de la politique que les consolations dérisoires offerte à la victime : c*est toujours pour leur plus grand bien que Ton a opprimé les hommes.

Un député mini stériel , argumentant contre une proposition foite par un membre de l'opposition, disoit que cette proposition étoit renouvelée de Robespierre. Puisque les hommes qui nous combattent se permettent ces comparaisons odieuse^, qu*il soit permis de dire, avec plus de justesse, que l'article du Moniteur ressemble à ces fameuX récits d\m rhétoricien tout aimable, tout sensible , tout doux, qui prenoit les malheurs du beau côté, récits que ses contemporains appeloient , à ce que je crois , d'un nom propre assez ridicule.

Il falloit répondre au manifeste du ministère : à présent je conseille à chacun de laisser en paix le Moniteur; le citer, c'est le tirer de son obscurité. Le chevalier de la censure seroit charmé qu'on voulût Jouter avec lui ; ne nous chargeons pas de mettre au jour les pauvretés officielles.

Au surplus , à travers le langage de Técrlyain confit en politique, le but où il veut aller est visible.

Uo citoyen da Mans , chapon de son métier,

£toït sommé de comparoflre

Par-devanl les lares du maUrd^ Au pied d^un tribunal que nous nommons foyer. • Tous les gens lui crtolent, poi^ déguiser la chose, Petit, petit, petU....

Mais, avant de montrer comment, si l'ondoîone dans le piège, la censure passagère et accommodante de Tartufe pourroit engendrer la censure perpétuelle et fanatique de la ftiction , il est bon de s'an'êter un moment : apprenons d'abord au public ce qu'il doit croire de la bénigne censure.

Je suis fâché de descendre à des détails peu

dignes ; mais qui les racontera si Je ne les réTèle? Ce n'est pas, sansdoute, lesjoumaux. Au moment où les institutions de la Gliarte sont en péril , il ne s'agit ni de moi ni de personne ; il s*agit de la France : il faut qu elle sache ce que c'est que cette Aonom^/^ censure, cette t;72par/ta/e inquisition établie pour la plus grandes gloire de la liberté.

Premièrement , il est convenu , autant que possible, entre Jes recors de la pensée, que les blancs n'auront pas lieu. En effet, les blancs, qui annoncent les suppressions f mettent le lecteur sur ses gardes; c'est comme s'il lisoit le nom de la censure écrit au haut du journal. On craint l'effet de ce nom honteux. Esclaves, soyez mutilés, mais cachez la marque du fer ; subissez la torture, mais donnez-vous garde de paroitre disloqués; portez des chaînes avec l'air de la liberté. Dans ces injonctions machiavéliques la censure a au moins la conscience de son ignominie ; c'est quelque chose.

• Comment peut-on forcer les feuilles périodiques à remplir les blancs que laissent les retranchements de nos seigneurs? elles ne peuvent y être contraintes au nom de la loi. — D'accord ; mais voici ce qui arrive :

. On dit à un Journal : « Si vous laissez des « blancs y on vous mettra des entraves qui ren- « dront impossible la publication du journal pour « le lendemain. »

On dit à un second journal : a Si vous laissez « des blancs f nous accorderons aune autre feuille « la permission de donner une nouvelle que nous « retrancherons dans la vôtre. »

On dit à un troisième journal : « Si vous laissez « des blancs , nous exercerons sur vous la cen- « sure dans toute sa rigueur; nous ne vous pas- <« serons pas un mot; nous vous réduirons au « néant. »

Les journaux menacés couvrent leurs plaies. Aux Débats, à la Quotidienne, des passages ont été supprimés : comme ils les ont im,médiatement remplacés , le public ne s'est aperçu de rien. La France chrétienne, la Pandore, et quelques autres feuilles, ont paru avecia robe d'innocence de la censure*.

On a rayé dans le Journal des Débats un article de la Gazette d'Àugsbourg qu'on a laissé

> La petite pièce vient après le drame : on a rayé sur le Figaro la vignetle n-présenlant Figaro et Basile. Un petit joamal avolt annoncé le mélodrame des Natchez, tiré, dliK>it>il , d'un admirable potoie; on a rayé le mot admirable, et on a bleu fait Le censeur a eu raison comme critique , mais tortcommeccDsear, etc.

dans le ConstituHonneL Demain ce lent le tov de celui-ci ; on lui défendra ce qu'on aiira pe^ mis aux Débats, si les Débats sont dodles.

Dans un article du Journal des Débats^ é l'on proposoit M. Delalot comme candidat m électeurs d'Angouléme, la censure a barré lignes : « Si la carrière législative de M. *« fut courte, on n'a point oublié ce qu'il Mut « manœuvres pour l'abréger. nW espérons « cèrement revoir bientôt à la tribune M. « vouer à la défense du trône et des libertés « bliques tout ce qu'elles ont droit d'atteodie « son éloquence et de son inébranlable fe « Son nom est l'effroi des ministres emiemls « la Charte , et qui trahissent les doctrines qui « portèrent au pouvoir. »

On a rayé l'annonce de la démission de Gaîx et Rio. On se venge du courage de ces mes d'honneur, en les laissant sous la û de la faveur ministérielle '.

Enfin , il s'agissoit d'annoncer la présente chure de cette manière modeste : On assm M. de Chateaubriand va faire paroUret»

SUR le rétablissement de la censure.

Je savois que l'avertissement seroit l'a été. Ainsi des professeurs honorables ne pas libres de faire connoître qu'ils n'a pas une place; un pair de France ne peot faire dire qu'il va publier quelques pensées une question qui touche aux lois politiques Texistence même de la Charte : voilà Yimpa censure I

Pourra-t-on croire que c'est sous unooosd surveillance composé de pairs, de députés et magistrats que les droits les plus Intimes ainsi méconnus? M. le vicomte de Bonald, j'appelois encore , il y a quelques jours, à II bune, mon illustre ami, peut-il consentir i vrir de son noble nom de pareilles lâchetés telles turpitudes, lui dont les ouvrages ont été proscrits , et qui a subi , comme moi, les trages de la censure?

Nous ve)*rons s'il en sera de ma broehorenfli velle comme de la Monarchie selon la Char^

} A mesure que j'écris, le« renseignements m'arriitsli* toutes |Mrts. Le rédacteur eu cliéiT du Journal du Comm^ me donné connolssauoe de ses colonnes condamnées» ^^ des suppressions étranges « et un manque complet de )»><' foif puisqu'on a retranché Jusqu^à des répons». Mlei**| assertions qui se trouvoient dans les joantaux B^i^it^nif remarquez qu'aux termes de;Ia loi on auroll le droit de W«J les feuilles attaquantes à imprimer la rqwnse Ce ^ J? souvent se présenter : les censeurs auroirnt-ils le droit dofacer ce que la lof ordonne posiUvemmt?

MÉLANGES

li défense sera faite aux Jouroaux d'eD parler ; si h poste refusera de la porter ; si les commis qui k liront seront destitués ; si les préfets la pourpvTODt dans les provinces et menaceront les jtrairesqui s'aviseroientde la vendre ; si, enfin, )ite président du conseil, qui a tant à se louer bi Monarchie selon la Charte y et qui m'en a des remerciments si obligeants , agira aigourcomme le ministre dont il étoit alors le vioadversaire, précautions ministérielles devroient me beaucoup d'oi^eil, n'eussé-je à déplorer de misères. La religion est bien malade, si peat craindre Fauteur du Génie du Chrisisme; la légitimité est en péril , si elle redoute quia donné la brochure de Buonaparte Bourbons j rédigé le Rapport fait au roi son conseil à Gand^ et publié le petit : Le Roi est mort : vive le Roi!

is ce que Je viens dire par rapport à mon opuscule n*est déjà plus d'une vérité ri-' ; le sol est mouvant sousnos pas. Ce que a refusé au Journal des Débats y à la Quose, au Courrier, on Ta permis encore au tutionnel. On lit ces deux lignes dans sa do 28 : On annonce Vapparitionprochaine nouvel écrit de M, de Chateaubriand.

écrit? la censure n'aura pas sans doute

ajouter : sur la censure. Libre aux lecteurs

iser qu'il s'agit d'une nouvelle livraison de

OEwres Complètes. Le lendemain 29 , il a

loisible à la Quotidienne et au Courrier de

la petite escobarderie.

quelques jours , et vous serez témoin de-

adviendra. On ne commande point aux

; ceux qui Jouissent du pouvoir absolu

se promettre de s'en servir avec solniété,

e les emporte ; ils s'irritent des résis-

: bientôt ils trouvent que c*estune duperie

en main l'arbitraire , et de ne pas en user

eut.

I^'nn autre c6té, le parti qui domine le minis-

(vctend dire ce qui lui plaira. Si la censure

l'endminer, il menacera; il faudra lui obéir,

feitrène licence des feuilles périodiques se

auprès de l'extrême esclavage.

Toolez-vous juger Jusqu'à quel point la presse Hwe sous la censure , que la Quotidienne esknippeler la violence exercée sur M. Hyde JfcuYille; qu'elle parle des services méconnus , ■fïngratitude dont on use envers les royalistes ;

politiques: 340

qu'elle déclare qu^on n'auroit jamais dû reconnottre une république de nègres révoltés; qu*ell6 demande si Boyer payera ce qu'il doit; qu'elle invite les électeurs à ne nommer que des royalistes opposés aux volontés du ministère, et vous verrez si la gracieuse censure laissera passer deux mots de tout cela.

Que les Débats^ le Constitutionnel , le Cour^^ rier, la France chrétienne, le Journal du Com* merce, fassent à leur tour, chacun dans la nuance de son opinion , des articles comme ils en faisoient il y a seulement quatre ou cinq Jours ; qu'ils pas** sent en revue les fautes du ministère, qu'ils signaient ses erreurs, qu'ils rappellent et le trois pour cent, et le syndicat, et le droit d'afnesse, et la loi sur la presse, et les funérailles du duc de Liancourt , et le licenciement de la garde nationale; qu'ils répètent ce qu'ils ont dit mille fois sur rincapacité du ministère, sur le mal qu'il fait à la France; enfin, que, réclamant toutes nos libertés , ils s'élèvent avec chaleur contre la censure, et vous verrez si la censure leur laissera cette indépendance.

La prétendue douceur de la censure est donc pure Jonglerie. Il ne s'agit d'ailleurs ni de douceur, ni de rigueur; la liberté de la presse est un principe , principe vivant du gouvernement représentatif. Ce gouvernement ne peut exister avec la censure , modérément ou violemment exercée. La libeiié de la presse n'est point la propriété d'un ministère ; il ne doit point en user à son gré et selon son tempérament. Aujourd'hui le ministère sera bénévole; demain il aura de l'humeur, et la liberté de la presse suivra l'inconstance de ses caprices. Un ministère peut changer; un autre ministère peut survenir, avec un système tout contraire aux intérêts que l'on prétend protéger aujourd'hui , et il emploiera la censure à ses fins. Que chacun fasse ce raisonnement dans son opinion particulière, et l'on demeurera convaincu que la censure blesse les intérêts divers, pour n'en favoriser qu'un , variable selon la variation du pouvoir.

Si la censure facultative et momentanée est déjà une si grande peste, quel fléau ne deviendroit-elle pas, changée en censure perpétuelle ou centenaire I Tous les ménagements disparoltroient : on se moqueroit des dupes et du cri des opprimés, lorsqu'on auroit rivé leurs chaînes. Dans le silence de l'opinion , la faction essayeroit de renverser l'ouvrage de Louis XVIII , d'annur

aso

MÉLANGES POLITIQUES

1er le contrat entre la Tielile et la nouvelle génération, de déchirer le traité réconciiiateur du passé et de Taveuir.

C'est ici qu*il faut montrer le but caché de ceux qui ont si imprudemment poussé les ministres à rétablir la censure. Mon opinion (puissé-je me tromper ! ) est que cette censure provisoire pourroit devenir le type d*un projet de loi que Ton espéreroit obtenir pour la session prochaine. On seflatteroit quede nouveaux pairs, introduits dans ia Chambre héréditaire, aplaniroient les difficultés. Tout changeroit alors , si l'on obtenoit la victoire. La pensée seroit enchaînée jusqu*au Jour 4es révolutions. Le silence ne sauve point les empires : Buonaparte, avec la censure, a péri au milieu de ses armées.

J'ai la conviction qu'on échappera au malheur que je redoute, en évitant ce qui peut nous pei^dre.

Si les feuilles périodiques acceptoient la liberté dérisoire qu on leur offre ; si , sous la verge des commandeurs, elles consentoient à faire une demiopposition, elles s^exposeroient au plus grand péril. On viendrait à la session prochaine entonner dans les Chambres les louanges d*une censure destructive de la licence et conservatrice de la liberté; on apporteroit en preuve les articles mêmes des journaux ; on liroit d'une voix retentissante ce qu'on leur auroit laissé dire dans le sens de leurs opinions diveraes. Si, par malheur, on avoit réellement présenté une loi de censure^ Targunient tiré de la liberté censurée des journaux parottroit irrésistible. Avec des larmes d'attendrissement et d'admiration pour de si magnanimes ministres , seroit-ce trop que de leur faire , à eux et à leurs successeurs , présent à toujours de la liberté de la presse ? Des entraves méritées enchaineroient des mains trop obéissantes.

Quant à moi , je ne consentirai jamais à faire de la liberté avec licence des supérieurs^ \ on n'entre aux bagnes à aucune condition. Rompre des lances pour des libertés publiques , sous les yeux des hérauts de la censure; danser la pyrrhique en présence des gardes-chiourmes, qui applaudissent à la dextérité des coups, à ia grâce des acteurs, seroit imiter ces esclaves qui faisoient des tours d^^scrime et des sauts périlleux pour le divertissement de leurs maîtres. Passoient-ils hi borne prescrite , le fouet les avertissoit qu'ils

' Une gazette ministérieUe a avaucé qu^excepté le Courrier frauçoii, les journaux de Topposilion se sont prononcés poar laceostire. Cette feuille ment, mais on volt sa pensée.

n'étoient que des baladins ou des i^adlatetin.

Les principes les plus utiles perdent leiir efficacité quand ils sont timbrés da borean dHm inspecteur aux pensées. On ne ennt point à «n journal censuré : le bon sens enseigne que à l'on permet à tel Journal de dire telle choNf c'est que le ministère y a un intérêt secret: lavé* rite devient mensonge en passant par laoensorb;

Les mêmes hommes que Ton traitoit si ment il y a quelques Jours sont-ils devenus saints parce qu'ils ont mis la censure? ontHls vertu de plus parce qu'ils ont fait un mai de leurs fautes sont-elles effacées parce qnlb ordonné te silence? si hier ils perdoient la Fi la sauvent-ils ai^ourd'hui ? On leur fiûsoit grands reproches : ou ils ne mériteroient plu reproches , s'ils consentoient à se les laisser ser ; ou ils mépriseroient assez leurs advi pour leur permettre des arguments de rodi visés à la police; ou l'on auroit l'aire un rôle de compère avec eux.

Ce qu'ils veulent surtout, les ministres, produire une illusion de gouvernement tatif. Marionnettes dont les fils seroient tirés censure, nous ferions unemascaraded'op] la France devîendroit une espèce de Poli de liberté , parlant fièrement d*indé| puis quand la farce seroit jouée , un espion de lice laisserait retomber le sale rideau.

Lâcherons-nous la réalité pour Fombre?

mes-nous des vieillards tombées en enfiince , amuse avec des hochets politiques? et poer qu'appuyés sur notre béquille, nous donnioiis sor à nos vaines paroles , aurons-nous dfc la tout ce que nous en désirons? ^ne nation renonçant à la seule surveillance digne d< surveillance des lois , oontreferoit une natioB sous la tutelle d'un gardien payé , seroit-elle dégradée?

Je n'ai point la prétention de traeer une aux amis des libertés publiques, et Ton ne tésteroit à bon droit mon autorité. Je peme si l'opposition suit diverses routes, elle a moi rhorreur de la censuro, qu'ellecherciieeoi moitié moyen le plus sûr de briser est joug. J'expose seulement mes idées , mes craiDttf . on peut voir mieux que mol , mais je dois eoffifll aux gens de bien de ma manière de comprenfit la question du moment

Si le ConservaUur existoit encore; si je fi* geois encore cette feuille avec MM, de Vill*f

MÉLANGES POUTIQUES.

AMOy, deBonald , d^HerboayilIe et mes autres ggbles et honorables amis, voici ce que je leur yroposerois : Continuer d'écrire comme si la tenare n'existoit pas.

Oo soppriroerolt les articles : nous laisserions faMrnci pour protester contre la violence. I Lejournal'seroit exposé à toutes sortes de vexa- Ibss, il ne paroftroit pas à jour fixe ; il seroit rede vingt-quatre heures : tant mieux ! ces tions rendroient la censure plus odieuse, pige blanche est un article que les abonnés i à merveille , et dont ils sentent tout le prix. Ob nous feroit peut-être des procès pour crime bknes, comme on condamnoit jadis les aristadtumes : tant mieux ! Nous ferions des à notre tour; nous appellerions le conseil nrveillance et les censeurs devant les tribu- . U faudroit plaider; nous traînerions au JoQr les ennemis ténébreux de nos libertés , ne vendrions pas nos procès aux marde conscience.

, nous réimprimerions à part tous les huit

) en forme de brochure , les articles suppri-

;car, chose remarquable ! et qui explique toute

re ! les articles incriminés par elle seroient

its devant les tribunaux : le censeur con-

ce que le magistrat acquitteroit.

tn, jamais nous n'engagerions le combat

les écrivains ministériels dans la lice de la

re ; et quand nous ne pourrions pas parler de

en pleine et entière liberté , nous porle-

Kttérature ' .

ma qualité de pair de France , je ne puis me re d'une réflexion pénible. Une censure fa- Te, accordée pour le besoin de la couronne fa circonstances graves, n'a paru au légisqo'ane prévoyance utile. Hé bien! que rét-il aujourd'hui de cette malheureuse facilité au pouvoir les libertés publiques? Avec circonspection, avec quelle prudence ne -D donc pas discuter et voter des lois? Jl n'est plus temps de se le dissimuler : la marrie «ait le ministère peut conduire à une cata- Se suspendre un moment aux parois des est chose possible , mais il faut Unir par y .••*^. On sent que l'embarras est grand pour phommes qui se préfèrent à leur patrie. Hors •pouvoir que seroient-ils? Écrasé du fardeau

.là Ulténbire n'est pas plus épargnée que la poliUqae. m^k!^^ *'" '^*"'* * P"™ *v*c deux colonnes blanches , Jjy» fc redoubler l'humeur oensoriate : c'esl uo article «Kiire qid a été supprimé.

des responsabilités qui pèsent sur sa tètë , tantôt en voulant corrompre les journaux , tantôt en essayant de faire passer un projet de loi détestable, tantôt en recourant à la censure , tantôt en menaçant les rentiers dHme conversion , tantôt en licenciant la garde nationale de Paris , le ministère a créé une immense impopularité. H a mis de toutes parts des haines en réserve; il a cherché la force dans la police et dans les médiocrités : autant demander la vie au néant.

Les choses humaines ne sont pas stationnaircs : les années^ les jours , les heures , amènent les événements j le temps moissonne plus d'hommes dans une minute que le faucheur n*abat d'herbes dans la même minute. Le terme de la septennalité approche : que fera-t-on? des élections? Qui sera élu?

Les royalistes dispersés , persécutés , reniés , ne sontplusréuniscommeautempsdn Conservateur, Geuxd'entre eux qui ont porté le poids des ruines de rancienne monarchie sont au bord de leur tombe : ils feroient bien un effort pour aller mourir aux pieds du roi , mais c'est tout ce qu'ils pourroient faire.

Les partisans de l'usurpation ou de la république , s'il en est encore , se réjouissent de ce qu'ild voient,

La France nouvelle, la France constitutionnelle et monarchique est blessée ; elle croit que le ministère veut lui ôter ce que le roi lui a donné : au moment où l'on a parlé de tant de projets funestes, la censure lui semble être le moyen que la coterie s'est réservé pour les accomplir. ' La France raisonnable et éclairée ne peut concevoir une administration qui choque tous les intérêts , qui traite les amis de la royauté comme les ennemis de la couronne ; une administration qui , dans l'espace de trois années, met, ôte et remet la censure , qui fait des lois et les retira , qui s'en prend aux tribunaux , qui ne daigne pas même répondre lorsqu'on lui dit qu'elle sera entratnée à violer le principe de la pairie ; une administration qui traite une capitale de sept cent mille habitants où le roi réside , comme elle traiteroit une province de l'Auvergne et du Berry ; une administration qui frappe brutalement avec un bras débile, et qui , n'étant capable de rien , se laisse soupçonner de tout

Dans ce siècle , on ne tient point devant l'opinion : les idées sont aujourd'hui des intérêts, des puissances; mettez-les de votre côté. Prenez-y

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garde ; si les Journaux ont fait tout le mal , il faut maintenant que tout aille bien sous la censure : si le mal continue , Il est de vous.

On se demande en vain ce que feront les ministres. Essayeront-ils de clianger la loi des élections avant une époque fatale? il n'y a point de loid*èlections, à moins qu'elle ne nomme des députés d'office qui donnent aux ministres une majorité. Loin de calmer l'opinion, le silence imposé par la censure ne fera que l'irriter.

Se porteroit-on à des mesures sortant des limites de la Charte, l'impôt ne rentreroit plus.

L'affectation que les parasites du pouvoir mettent à parler de soldats et d'armée fait sourire un peuple militaire qui a vu la garde impériale au retour d'Austerlitz et de Marengo, qui a vu les rois de l'Europe expier à la porte des Tuileries rinhospitalité dont ils s'étoient rendus coupables envers le véritable maître de ce palais : c'est avec les arts et les libertés constitutionnelles qu'on pouvoit faire oublier la gloire. Que nous donnent les antichartistes en place de celle-ci? La censure et le ministère : c'est bien peu.

Hé quoi I le plus pur sang de la France aurait coulé pendant trente années; le trône auroit été brisé ; nous aurions vu nos biens , nos amis , nos parents , et Jusqu'aux tombeaux de nos familles s'abfmer dans le gouffre révolutionnaire ; nous aurions combattu l'Europe conjurée, et tout cela pour conquérir la censure que nous avions en 1 789 ? A force de malheurs et de victoires, quand, sur la poussière des générations immolées , nous sommes parvenus à relever le trône légitime, le résultat de tant d'efforts serait de confier à des êtres obscurs , dont le nom n'a pas dépassé le seuil de leur porte, la dictature de l'intelligence humaine?

Non! il y a des choses impossibles. Vous établissez, dites-vous, la censure, aux termes de la loi , pour des circonstances graves. C'est la censure qui fera naître ces circonstances ; elles renverseront le pouvoir ministériel : puissent-elles n'ébranler que lui !

Je réclame la liberté de la presse avec la conscience d'un sujet fidèle, fermement convaincu qu'il combat pour la sûreté du trône. Ne nous y trompons pas : la liberté de la presse est aujourd'hui toute la constitution. Nous ne sommes pas assez nourris au gouvernement représentatif; ce gouvernement n'a pas encore Jeté parmi nous des racines assez profondes pour qu'il existe de lui-

même : c'est la liberté de la presse qui le fait Ce n'est pas la Charte qui nous donne cette liberté, c'est cette liberté qui nous donne la Charte. Elle seule , cette liberté , est le contre-poids d*un impôt énorme, d'un recrutement que Ton peut aocrottre à volonté , d*tine administration despotique laissée par la puissance impériale ; elle seule fait prendre patience contre des abus de l'ancies ré* gime, qui renaissent avec les hommesd'aatrefois;: elle seule fait oublier les scandaleuses fortinci gagnées dans la domesticité , et qui surpassai celles que les maréchaux ont trauvées sur k^ champs de bataille. Elle console des di elle retient par la crainte les oppresseurs ; elle le contrôle des mœurs, la surveillante des i tices. Rien n'est perdu tant qu'elle existe; conserve tout pour l'avenir ; elle est le Tinestimable bienfait de la restauration, voient nos rois à nous offrir en arrivant defi Leur droit, les souvenirs de l'histoire , l'advi et la vertu : ilsy ontajouté la lit)ertéde la et cette France pleine de génie est tombée à pieds.

La patrie invoque aujourd'hui la déclaratioQ Saint-Ouen, la Charte, les serments deBi Charles X n'a pas juré en vain sur le sceptre saint Louis : la liberté sera plus belle quand nous sera rendue par la religion et rhonoear.

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