‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 246 sur 279 · A L'OCCASION DES COMMUNICATIONS · texte numérisé non relu

A L'OCCASION DES COMMUNICATIONS

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PAR M. LE DtJC DE RICHEUEIT,

DAMS LA SÉANCE VO t3 r^TMEE I8ie.

Messieurs , un mois Juste s'est écoulé depuis le moment où vous fàtes appelés à Saint-Denis : vous y entendîtes la lecture du testament de Louis XYI. Voici un autre testament : lorsqu'elle le lit , Marie-Antoinette n'avoit plus que quatre heures à vivre. Avez-vous remarqué dans ces derniers sentiments d'une reine, d'une mère, d'une sœur, d'une veuve, d'une femme, quelques traces de foiblesse? La main est ici aussi ferme que le cœur ; l'écriture n'est point altérée : Marie-Antoinette, du fond des cachots, écrit à madame Elisabeth avec la même tranquillité qu'au milieu des pompes de Versailles. Le premier crime de la révolution est la mort du roi; mais le crime le plus affreux est la mort de la reine. Le roi du moins conserva quelque chose de la royauté jusque dans les fers , jusqu'à l'échafaud : le tribunal de ses prétendus juges étoit nombreux ; quelques égards étoient encore témoignés au monarque dans la tour du Temple; enfin , par un excès de générosité et de magnificence , le fils de saint Louis, l'héritier de tant de rois , «Qt un prêtre de sa religion pour aller à la

mort , çt il n'y fut pas traîné sur le char comnnni des victimes. Mais la fille des Césan, couverte de lambeaux, réduite à raccommoder ellc-mènie ses vêtements , obligée , dans sa prison humide, d'envelopper ses pieds glacés dans (me méchuti couverture , outragée devant un triboasl iottu par quelques assassins qui se disoient des jug» , conduite sur un tombereau au supplice, ^ ce* pendant toi^ours reine l....Ilfaudroit,me8BaBif avoit le courage même de cette grande yuSm pour pouvoir achever ce rédt.

Une chose ne vous frappe-t-elle pas dm k découverte de la lettre de la reine?

Vingt-trois années sont révolues depds ^ cette lettre a été écrite. Ceux qui eareutU ort^ dans les crimes de cette q^oque (du mm qui n'ont point été rendre ccmipte de leon qm^ À Dieu ) ont joui pendant vingt-trois ans de qu'on appelle prospérité. Us cultiToleDt champs en paix , comme si leurs mains innocentes; ils plantoient des ari)res pour enfants , comme si le ciel eût révoqué la qu'il a portée contre la race de l'iooipie. CM nous a conservé le testament de Marie-, nette avoit acheté la terre de Montboissier : de LouisXVl , il avoit élevé danscettetorre nument à la mémoire du défenseurdeLofols il avoit gravé lui-même sur ce monument épitaphe en vers françois à la louange de Malesherbes. N'admirons point ceci, pleuronsplutêt sur la France. Cette époQ ble impartialité qui ne produit ni remords, expiations , ni changements dans la vie; ce du crime qui juge équitablement la verto, noncent que tout est déplacé dans le monde rai, que le mal et le bien sont confondus, qu'en mot la société est dissoute. Mais admirons, m sieurs, cette Providence dont les regards wl détournent jamais du coupable. Il croit écb^ per à travers les révolutions ; il parvient au M heur et à la puissance : les générations pase^j les années s'accumulent, les souvenirs sw gnent, les impressions s'effocent; tout senii oublié. La vengeance divine arrive tout àco^ elle se présente face à face devant le crimii^ et lui dit en l'arrêtant : « Me voici I » En i^^ testament de Louis XVI assure la grâce ^ coupables : un esprit de vertige les saisit; ils» chirent eux-mêmes ce testament; ils ne tcoW plus être sauvés ! La voix du peuple se fait gA^ dre par la voix de 1^ Chambre des députés : Il

OPINIONS ET DISCOURS

sentance est prononcée ; et , par un enchaînement de miracles, le premier résultat de cette sentence est la découverte du testament de notre reine I Messieurs , c'est à notre tour à prendre l'initiative. La Chambre des députés a voté une adresse lia roi, pour protester contre le crime du 21 janvier; témoignons toute l'horreur que nous inspire le crime du 16 octobre. Ne pourrions-nous pas en même temps renfermer dans cet acte de notre douleur la proposition de M. le duc de Doudeauville? Dans ce cas, la résolution de la Chambre pourroit être ainsi rédigée :

« La Chambre des pairs , profondément touchée I fk la communication que Sa Majesté a daigné : lui faire par l'organe de ses ministres , arrête : 1 < Qae son président, à la tête de la grande déffotatîon, portera aux pieds de Sa Majesté les flrès-respeetueux remerclments des pairs de tfhmee. Il lui exprimera toute la douleur qu'ils Ipnt ressentie à la lecture de la lettre de la reine llhrie- Antoinette , et toute l'horreur qu'ils éproujpent de l'épouvantable attentat dont cette lettre ,m^Ile le souvenir; il dira en même temps à Sa té que la Chambre des pairs se joint de r et d'âme à celle des députés, dans les sents exprimés par cette dernière Chambre , tivement au crime du 21 janvier; suppliant roi de permettre que le nom de la Chambre des ne soit point oublié sur les monuments qui ot à éterniser les regrets et le deuil de la tance.

OPINION

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