‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 25 sur 279 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Licenciement de Tannée de Condé.

La paix de rAllemagne amena la dissolution du corps de Condé '. Quand on licencie une armée , elle retourne dans ses foyers : mais les sol* dats de l'armée de Coudé avoient-iis des foyers? Où les devoit guidée le bâton qu'on leur permet* toit à peine de couper dans les bois de TAIlemagne, après avoir déposé le mousquet qu'ils avoient pris pour la défense de leur roi 7 Les chasser de leur camp , c'étoit les condamner à un second exil. Ce camp étoit devenu pour eux une petite France ; ils y avoient transporté leurs pénates : répée héréditaire, le drapeau blanc, Tautel de rhonneur. Ils ne pouvoient s'arracher à leur dernière patrie : ceux-ci s'arrétoient tristement devant les faisceaux d'armes ; ceux-là pleuroient assis sur des canons; d'autres erroient dans les rues du camp , auxquelfes ils avoient donné des noms empruntés de leur cher pays. Quel prix tant de braves gentilshommes reoevoient-iis de leur loyauté? Leur sang versé pour une cause sacrée, tous les genres de sacrifices faits à leur devoir; rien a'étoit compté : le résultat de leur vertu étoit Tabandon et la misère. On leur disputoit jusqu'au chétif secours qu'une certaine pudeur ne permettoit pas de leur reftiser : on les obligeoit de montrer leurs blessures à des commissaires étrangers , afin de rabattre quelques deniers sur celles qui ne paroissoient pas trop graves , et de faire un petit profit sur le sang de la fidélité. Le cœur navré du coup qui frappoit ses compagnons d'infortune , M'' le duc de Berry surmontoit sa douleur pour les consoler : on le voyoit courir de tous côtés, encourageant

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SUR LE DUC DE BERRY

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kt mis, embraflsant les antres, partageant avec tons le peu d'argent qui lui restoit. Il ordonna de disMlmer anx soldats du régiment noble à che* lai le prodnit de la vente des chevaux : mais les escadrons le supplièrent de faire remettre cette somme aux cent vétérans gardes du corps placés près du roi à Hittau. Il Mut enfin se séparer. Les firères d'armes se dirent un dernier adieu , et prirent divers diemins sur là terre , sans savoir oàils rqposeroient leur tête. Tous allèrent , avant de partir, saluer leur père et leur capitaine , le vieux Condé en cheveux blancs : le patriarche de la gloire donna sa l>énédicti6h à ses enfants, pleura sur sa tribu dispersée, et vit tomber les tentes de son camp avec la douleur d*un homme qui voit s'écrouler les toits paternels.

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