‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 26 sur 279 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

de monseigneur le dnc de Serry en AUcmaffoe. Ses leUres.

Monseigneur le duc de Berry se trouva luiaémedans un extrême embarras après le licendemeat de Tannée. Le Jeune prince passa une amiée tantôt à Wildenwarth, tantôt à Vienne, k plos souvent à Clagenfurth , auprès de sa mère. Il chcrchoît à renouer à Naples un mariage que tnienoît le mintotre Acton, homme qui n'étoit propreanx affaires humaines que par le côté commui.

Bîes n'est plus intéressant que les lettres écrites par If le duc de Berry à cette époque : ses oialheurs répandent sur son style et dans ses KBtiaieBts quelque chose de touchant et de triste. Fartant de la descente que Tàrmée de Condé avdt dû faire sur les cMes de la Provence : « Je «soisdésespéréfdit-il^qnecette expédition n'ait «pas eu lieu, nonqueje crusse au succès, mais • psree que j*y aurois acquis de la gloire , ou que «j'y anrols été tué, ce qui est notre seule res- « source si Buonaparte règne sur la France >. » Dans une autre lettre il refuse d'aller en Italie sons un nom supposé, et il ajoute : « Je veux

' UUre à M. le comte tTSaut^ori.

CIUTSACllSI4tai. --> TOME II.

« être ce que Je suis, et marcher toujours la tôle « haute partout où Je serai '. » Il manquoit de tout, et on le voyoit sans cesse venir au secours de ses malheureux amis. Tandis que son mariage ne pouvoit être renoué, que l'adversité Tisoloit de plus en plus sur la terre , il songeoit à donner aux autres un bonheur qu'il u'avoit pas, à unir des familles qu'il aimolt.

« Ma bien véritable amitié pour vous ,v dit-il au comte de Chastellux, «m'engage à vous parler « d'une idée qui m'est venue en tète. Vous avez « vu à Venise madame de Montsoreau et ses filles : « l'aînée est un ange; c'est la personne la plus « accomplie que Je connoisse '. Elle a toutes les « vertus et tous les charmes : la douceur, l'esprit « et la figure. Ses parents, qui sont bien décidés « à ne Jamais quitter notre déplorable bannière, « voudroient l'unir à quelqu'un qui réunit à la « naissance une conduite et des mœurs fort rares « à rencontrer. Ils m'ont souvent entendu fiiire « l'éloge de votre fils, et j'ai lieu de croire qu'ils « seroient charmés de lui donner leur fille. Ils

« désirent la marier {NTomptement, voulant même « marier la cadette au comte de la Ferronnays , « qui Joint à un caractère propre à faire le bon- « heur de sa femme, un peu de bien hors de France, « et une très-grande fortune à Saint-Domingue. « Montsoreau a l'espérance de retirer quelque « chose des débris de sa fortune. Mandez-moi « franchement si cette idée vous plaît, ou si vous « avez d'autres vues sur son compte. »

Et c'est le même prince, occupé du bonheur des autres d'une manière si aJTectoeuse, quiécrivoît au même comte de Chastellux :

« Qu'irois-Je &ire à Naples? Je ne veux pas vite vrepourriendansunpaysd'unechertéaffreuse.

« Pourquoi M. Acton ne me parle-t-il pas fran* « chement ? qu'a-t-il besoin d'user de réserve en- R vers moi? Je ne suis point une puissance pollti- « que : Je suis un homme malheureux qui ne peut « porter ombrage à personne. »

Son admirable lettre à M. Acton mérite surtout d'être conservée : « Je vous écris, monsieur, « avec la franchise d'un Bourbon, qui parle au « ministre d*un roi Bourbon, d'un roi qui n'a « cessé de montrer un attachement généreux à la « partie de sa famille si cruellement traitée par « la fortune.

« J'ai appris avec une vive douleur que le roi

* Lettre à M. le comte de Chastellux, ' 1 * Av^oardliai madame la duchesse de Blacas.

HÉHOOl^

« avoit désapprouvé la démarche que J'avois fidte « de quitter Rome pour aller joindi'e Tannée de Condé. La noblesse fidèle avec laquelle J*ai fait huit campagnes n'a volt jamais vu tirer un coup de fusil sans que je fqsse à sa tète. Au moment où mou frère venoit de la joindre, il me maudoit : Nau$ attaquons le 1^ septembre^ Si jV vois attendu les ordres du roi , je perdois le temps : je suis donc parti sur-le-champ ; je suis arrivé le 1 5 , et le 1 6 nou9 étions au bivouac , devant attaquer le lendemain. Jen'aurois jamais quitté Tarmée napolitaine , si elle avoit été devant Tennemi; mais tout paroissoit indiquer de ce côté la plus grande tranquillité. D'ailleurs, volontaire sous M. de Nazelli , ou sous M. de Damas , que j'ai vu si longtemps colonel à Tarmée de CSondé| ce n*étoit pas une position bien agréable pour mol , et je n'y pouvois être d'aucune utilité au service du roi. Depuis que la paix a été faite Je vous ai écrit trois fois sans recevoir jamais de réponse de vons. Cette incer* titttdC'là est cruelle : pourquoi ne pas me dire franchement les volontés du roi à mon égard? J'aurois été aussi heureux qu'il est possible , lorsqu'on n'est pas dans son pays, d'être uni à la famille de Naples et de tout devoir à des parents aussi bons ; mais les etrconstanees empéchent*elles c^tteunion? Ma présence seroit-elle incommode? Le traitement qu'on a bien voulu m'aecorder est:il une gêne dans un moment où les finances du roi sont si cruellement obérées? Je met9 |e tout à ses pieds, avec la même reconnoissance : je vous supplie seulement de vouloir bien faire continuer de payer les 5,000 ducats que le roi a eu l'extrême bopté d'accorder auxofjficiers dema maison. Ces gentilshommes, invariables dans leur devoir et leurs principes , ne fléchiront jamais la tête sous le joug d'un usurpateur, et tous ont abandonné leurs fortuites pour me cuivre. Je ne réclame donc ripn pour moi que le passé. Je n'ai eu jusqu'ici d'autres ressources que la géuérosité du roi ; mais vous savez sûrement les retards que j'ai éprouvés. Cela me met dans le plus grand embarras. N'ayant rien 4 moi, je r^arderois comme une in&mie de faire une dette.

n Je suis bien sur que vous sentirez les raisons de mon empressement à connoftre mon sort , quand vous ^urezque, dans un mois, je n*aurai, en vendant mes équipages, que de quoi rejoindre mon père. »

La réponse de If. Acton liWiva point ', el M»' le duc de Berry partit pour l'Angleterre.

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