REPONSE A UN AMENDEMENT
Je viens combattre , messieurs , Famendement de rhonorable préopinant, non par des raisons particulières , mais par des raisons générales , qui vous sembleront peut-être de quelque poids, et que j étendrai par un examen Rapide sur tout le chapitre X du budget du ministère de Tintérieur : à son tour mon honorable collègue répondra aux spécialités.
Loin de penser que des diminutions pourroient être faites à ce chapitre , il eût été heureux , suivant moi, qu'on eût pu augmenter les allocations. Si nous en avions les moyens, nous achèverions du moins quelques-uns de ces monuments commencés, qui affligent les yeux dans Paris. Les ennemis de la légitimité voient avec un malin plaifir ces demi-ruines; ils affectent de gémir sur Tabandon de ces monuments; ils ne disent pas qu'il a fallu payer les dettes des Cent-Joursi, et réparer d'autres ruines de l'usurpation !
U est fâcheux que les travaux urgents que demanderoit la Bibliothèque du Roi restent en suspens jusqu'en 1827. Je regrette moins pourtant ce délai; car, tôt ou tard, si l'on veut faire quelque chose digne de la France , il faut que la Bibliothèque soit établie au Louvre avec les statues et les tableaux. Notre économie pour le Jardin du Roi est vraiment déplorable : 22,000 francs affectés pour veiller seulement à la conservation de Tare de triomphe de l'Étoile, de Thôtel du quai d'Orsay, du piédestal de la
* M. de Cbateaobriand étoU alors ministre des affaires étrao- Bto. naDsoetameodemeotM. le Imtod de Paymaorin avoit piûpocé de sapprlmer, dans un des chapitres du budget : 1* l*arUcle iotttulé : ScoU d€s Beaux- Aris, 110,000 francs; S* rarUcle ReconsiructiottM au bâUment de VituiUution des SouTdê-MueU, 60,000 fr..; 8" celui de V École royale vétérinaire ^Alfini^ porté pour 70,000 fr. ; 4* la réduction à 10,000 francs de rarticle InUtulé : ConsirucUons no» terminées et édifice» provisoires, portées à 22,000 francs; 5» une réduction de lo,UQO francs demandés pour racbëvemcnt de Téléphaut de i^pIacedelaBastiUe.
statue de Louis XIII, nous rappellent combien il seroit utile d'achever ces beaux monuments. Que de raisons, je dirai presque de devoirs, nous commandent de flnir l'église de la Madeleine !
En général, messieurs, il faut améliorer le sort des gens de lettres , des savants et des artistes ; il faudrait leur donner cette indépendance sans laquelle l'esprit préoccupé ne peut arriver à la perfection qu'il entrevoit, et qu'il n'a pas le temps d'atteindre. Aujourd'hui on demande un retranchementsurlasommefixée pour rÉcoledes Beaux- Arts ; hier on a fait des observations sur le logement des artistes ; mais, messieurs, n'allons pas croire que ce soit une prodigalité, une suite de nos innovations. Il faut toujours remonter à nos rois quand il s'agit des arts et des lettres : c'est Charles Y qui a établi la Bibliothèque du Roi ; c'est François V qui a reçu dans ses palais le Primatice, Benvenuto, Léonard de Vinci; c'est Louis XIII qui a fondé l'Académie françoise ; c'est Louis XIY qui a établi à Rome l'École des Beaux- Arts ; et l'Opéra même d'aujourd'hui n'est qu'une tradition de ses fêtes.
Je sais qu'il y a des esprits peu touchés des arts ; ils voudroient nous reporter à des époques où la gravité des mœurs tenoit lieu de tout, et où les plaisirs de la famille remplaçoient les pompes publiques : mais, messieurs, il faut prendre les siècles tels qu'ils sont ; le temps ne s'arrôte ni ne recule. On peut regretter les anciennes mœurs, mais on ne peut pas faire que les mœurs nouvelles n'existent pas. Les arts ne sont pas la base de la société, mais ils en sont l'oi^nement; chez les vieux peuples, ils remplacent souvent les vertus , et du moins ils reproduisent Timagc au défaut de la réalité. Les arts et les lettres ne sont plus, conune autrefois, confinés dans un petit nombre d'hommes qui ne se méloient pas à la société : Us savants, les gens de lettres, les artistes forment aujourd'hui une classe immense que l'on retrouve partout , et qui exerce un grand empire sur l'opinion. Rien de plus facile que de vous attacher ces hommes qui font tant d'honneur à la patrie; car enfin , messieurs, c'est autant à la supériorité de nos arts, qu'à la renommée de nos armes , que nous devons notre prépondérance en Europe. 11 est juste, convenable et politique d'environner* d'estime, de bienveillance et de considération des hommes dont les noms connus des étrangers font une partie de la richesse de notre pays. Hono-
POLITIQUE
roBS-les,. recherchons- les I montrons -leur la doire; ils se laisseront prendre h cette amorce à laquelle ils n'ont jamais pu résister. Que nous en coûtera-t-il? pas grand'chose; un peu d*admiration , qu'il est si naturel d'accorder aux talents et au génie.
Vous pardonnerez, messieurs, ces observations; il m'étoit impossible d'oublier mes anciens amis , et de ne pas plaider leur cause à Votre tribunal.
DISCOURS
ntOIlOHCé LE 10 MARS 18S>,