‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 268 sur 279 · CONTRE LE BUDGEIT DE · texte numérisé non relu

CONTRE LE BUDGEIT DE

Messieurs, il m'a fallu faire un effort sur moimême pour paroftre à cette tribune. La chambre héréditaire considérablement réduite par le départ d'un grand nombre de ses membres; la

I On sait que le projet de loi a été adopté.

Chambre élective à peu près absente tout entière; une attention fafiguée d'une session de plus dé six mois, sont des circonstances qui ne laissent aucun espoir raisonnable dé succès à l'orateiir qui prend là parole.

De plus ,^Hes vérités qu*il se propose de faire entendre sont sévères et vives; elles tombât mal dans un moment où les esprits refroidis soi peu disposés à les écouter. Au mili^;d*uoe as» sion , iôrsque chacun est à son poste ^jj^J^^pE" lémique a toute son ardeur, un paic^ irStisià||| entouré de ses amis, voit s^ arguments reprisif développés; ce qu>l rili pas assez bien {Htnii, d*autres le prouvent mieux que lui ; mais à lais d*une session, que dls-Je! au dernier jour, à h dernière heure 4e cette setôlon , rorttear fi vient seul feire du bruit à une tributie resseolJI à un artilleur qui tire uni dernier coup dé cèm quand la bataille est finie.

Enfin, messieurs, quel est mon dessein? Di VQOS engager à r^eter le budget ; je prends bîes mon temps! Chaque année le budget nobsanM trùp tard pour être examiné avec soin : nous i en plaignons, et nous n'en donnons pas notre passavant au miiliarlcl anonel.

être pas aussi bien que poaâbie; màisb'ést cela.

Au reste, il y a des rencontres d*iiffoii«5 ai, parmi les hommes même qui n'approuveot fâ un système d'administration, le défaut de dtt> fiance produit le même effet que f'extréme eonfiance : ils sentent que' là queâftion e^' en delMin de la loi présente ; peu leur importe alofs qm cette loi soit ou non discutée : ou ils se retirai, ou ils renoncent à des votes n^tifo qui ne leitf semblent plus qu'une taqumerie , qu'une peflle querelle sur un grand siijet. Le mai poussé à tf certain point , comme le bien arrivé à son cou* ble, tue lopposition. Je ne eohnms pas de ^mpt^me plus formidable que ce consentement à taisser tout &ire lorsque Ton ne peut rien empêcher.

Telle n'est pas ma politique ; etc*e$t pour obéir à ma conscience que je parois à eette tribose, quelle que soit d'ailleurs une position dont je sM tous les désavantages.

Maintenant, nobles ptdrs, regardez-moi eonM un annotateur tldèle, qui' vient vous {TrésenfiSr rhistoire abrégée de là session , qui vieiit reîô>t* tre sous vosyéiix le tableau du pa^, en'^yaiit de soulever un coin dû rideau derrière léqiief « cache ràvenfrl Lès hommes ne sont pas tams ém

OPINIONS ET DISCOURS

fnphèles; mais, s'ils ne prédisent pas d'une maièrvrigoureusel'événement à nàitrtf, ils peuvent Mfeot conjecturer, par la chose qu'ils voient, leia chose qu'ils verront, et procéder du connu irincoDDà/

Cest en parcourant la série des actes de l'adninistration , c'est en recherchant dans l'avenir Ibfluence que dé nouveaux actes, dérivés de siu-<!i,tfDiirroient avoir sur nos destinées, que

mypjs efforcer de justifler mon vote négatif.

re|et^e> projet de loi du budget , non pour des lisons tirée^ UDiqùement de ce projet, mais pour ine /ouïe d'autres motifs :'rien de pIUs logique; Ir, avant de 'remettre la forftine d'une famille ntreles mains (l'un régi^sëtir^ on veut savoir d*ôù Nerit, ce qtfil est , (Te qu'il a fait , iet Ton se délie il'aprèsVenqùéte. •' * 'Itepois Pinvention du 3 pour 1 00 , de ce 3 pour 100 qu'oii arinonçôit fetfe A 80 et â ^2' sur drver- B places, 'et* qui tomba^à 60 presque aussitôt jîireàt para ; depuis' l'établissement de ce fonds BntradiCtoîremerlt créé à l'intérêt réel de l 'argent ; Icê fonds que soutiennent à peine à 70 un syn- Kat, des banquiers intéressés à la hausse , et une psse d^àmortissemeht détournée de son but; li^îs l'invention àe ce fonds d^agiôtage, ûii esirft funeste s'est emparé de Fad ministration. L'buinrqoe doniie'une première faute à celui qui la gnraét détérfore lé naturel , (et Ton né retrouvé Ib fes hommes que Ton croyoit avoir connus.

Cest ainsi qu^ lesa'geiits actuels de l'autorité, |Ms avoir été les plus zélés défenseurs de la limdè là presse, s^en sont montrés les plus cruels miemli; <?est ainsi que , 'sortis dès rangs de l'opwtion, qu'on âppeloit royaliste , ils ont frappé ■ meilleurs serviteurs du roi. Pour n'en citer pti exemple, une administration née de la Slanibre introi/vâbte devbit-ellc faire tomber un îol cheveu de la tète d'un déj[>uté que je m'hoi*e de compter au nombre de mes amis? Âltapfer à la fois nndépéndance de la tribune légiswiveet un dévouement pi*e^qiie fabuleux, h'est- ^ pas blesser lès choses les plus respectables?

Que les puissances du jour, avant leur élevami, n'aient donné aucun gage à la légitimité, ^ne leur en fais pas un irej^roche; mais il y au- * eu peut-être plus' dé convenance à ne pas ^rdaùs les ranjgs de ceux doiit on voulolt eniite se déclarer ennemi : il faltoit se souvenir que iMclité est sacrée. Nobles pairs, la couronne Nnmunique ses vertus sans en rien diminuer;

ainsi qu'elle a donné son hérédité à votre sang, elle a fait part de son inviolabilité aux malheurs

supportés pour elle. C'est donc commettre une sorte de sacrilège que de toucher a ces malheurs; c'est abandonner les intérêts moraux ; c*est réduire la vie aux intérêts matériefs. Et alors , hommes du pouvoir, tenez- vous bien ; car dans cette politique de l'ingratitude, on ne vous sert qu'autant que vous sourit la fortune. ^

* Repousser les anciens serviteurs de la monarchie Sans adopter les idées du siècle; punir les services des vieilles générations, et répudier les doctrines des générations noùvelleis , n'est-ce pas rejeter tout appui? 11 faut être bien riche pouif n'avoir besoin ni de dévouement ni de liberté.

Considérez', 'messieurs, ce qui S*est paisse depuis l'ouverture de la présente session ; voyez sll est possible de voter en sûreté le budget,' si la force dès choses ne commande pas , au contraire , d'user du moyen constitutionnel placé entre nos mains, d'en user pour obliger l'administration à modifier son système.'

D'abord on présente un projet de loi contre la' presse, lèquera pour but de rendre muette la presse bon périodique, et de livrer la presse périodique au pouvoir. L'opinion se soulève d'iin bout du royaume à l'autre. Le projet vient à votre Chambre ; vous n'avez pas le temps d'en faire justice; un pouvoir bienfaiteur entend nos vœdx : éclate alors une générale allégresse. Cette Vibiérté de la' presse qui Intéresserôit tout au plus, répétoit-on, une douzaine de journalistes, cette liberté

est si populaire, que la France entière se trouve spontanément illuminée; que, jusque sûr des vaisseaux prêts à mettre à la voile, des matelots saluent de leur dernier cri, au nom de cette liberté, les* rivages de la patrie.

L'administration est-elle éclairée? nbandonnet-etle ses voies impraticables après lé renversement d'une mesure dont elle avoit déclaré ne pouvoir se passer? Non, messieurs, elle est aussi satisfaite du retrait du projet de loi , qu'elle étoit contente de la présentation dé ce projet : défaite ou succès^ tout lui est victoire. ^

Arrive la déplorable affaire du Champ de Mars. Un ministre a pris d'abord sûr' lui la responsabillte'de la mesure; le lendemain il à fait entendre qu'une autre autorité avoit provoqué cette mesure^ puis il a cru devoir expliquer ce mot de provocation j et revendiquer la gloire cle sa déclaration première.

Mù

POLITIQUE

Uq autre ministre , qui ne Jugeoit pas les choses de la même foçon , s*est retiré. L'opinion publique a entouré de ses respects cet liomme de conscience et de vertu ; elle a su gré à ceux des autres ministres qui passent pour avoir été opposés à un licenciement qui frappoit en niasse une garde aussi dévouée que fidèle. Hier encore on s'affligeoit de cliercher vainement à la fête du Dieu de la patrie la protection paisible de ces citoyens dont les femmes et les enfants prioient pour- le salut du roi. Des méprises aussi graves ne me forccn^elles pas à rejeter les lois de finances, afin de couper court à des systèmes dont les auteurs seroient un Jour les premiers à déplorer les conséquences?

Le 11 mai devott être témoin d*un changement de scràe. Tout le monde a lu dans le MonUeur les paroles pirononcées le 10 février, lors de la présentation de trois projets de loi concernant le règlement déibiitif du budget de 1825 , les suppléments nécessaires pour 1836 , et la fixation du budget de 1838 : il est essentiel de reproduire ces paroles.

M. le ministre des finances, après avoir annoncé un excédant de 33,319,544 firancs qu*il propose d'appliquer a la dotation du service, i^foute :

« C*est par Fexposé de ces faits , dont la France «entière peut apprécier l'exactitude, que nous « avons dû repousser les efforts sans cesse renou- « velés pour altérer la confiance et la sécurité sur « lesquelles repose le maintien de cette heureuse « situation.

« Le sens exquis de la nation rend lui-même « ees efforts moins dangereux....

« Un fait , le dernier que Je puisse fournir à la « Chambre en ce moment, prouvera sans réplique « rindifférence du pays pour toutes ces déclama- « tions mensongères : nous n'en avons Jamais été « plus assourdis que durant le mois qui vient de « finir. Hé bien I messieurs , les produits des taxes « sur les consommations et les transactions se « sont élevés durant ce mois à 2,860,000 francs « de plus que ceux du mois correspondant en « 1836. •

Voilà, messieurs, des paroles remarquables.

Le 18 avril, à propos d*une pétition, on disoit encore : « Loin d'être en déficit , il me semble « que nous nous trouvons dans une position aussi « forte et aussi heureuse que Jamais. Le discussion « du budget le prouvera, w

Eh bien! messieurs, le 11 mai on adhéroit

au retranchement de 23,000,000 de francs, retranchement proposé par la oommissioa Ae ia Chambre des députés ; on déclaroit que, « Ion* « que la commission avoit fait son rapport, il j « avoit d^à une diminution sur les trois prenin « mois de cette année ( 1837 ) ; qu'un autre dïi- « cit s'étant présenté sur le mois d'avnl , la coa* « mission proposoit de retrancher la totalité des « augmentations demandées. •

Comment! le 10 février, Jour de la préseot^ tion du budget, une diminution étolt déjà oumcncée, le 18 avril elle avoit continué, et r« n'en persistoit pas moins à tenir le Isagage qv l'on est forcé de démentir le 1 1 mai !

Le sens exquis de ia nation, qui ne prcui aucune part aux déclamaiians meiMos^ dont les ministres étoient assourdis, ee loi exquis qui payoit si bien le 10 février, et fi empéchoit même une perception rétrograde le il a\ril, ce sens exquis ne payoit cependant plai, alors même qu'en annonçoit un excédant de z^ venu dont on se hâtoit de partager les deoieno» tre tous les ministres! on prétendoit régler eDfr vrier, et pour toujours, une dépense fixe sorte recettes éventuelles qui déjà ne rentnrient pisil

Ou radmhiistration ignoroit l'état réel des cte» ses le 10 février et le 1 8 avril , ou elle le oonnob» soit : dans l'un ou l'autre cas, lui étoit-il pemil de Figuorer ou de le connoltre, en sapriuHiri comme elle s'exprimoit à ces deux époques?

Je vous demande à présent, messieurs, pris* Je voter le budget en étant forôé de reeoDDoitii

des contradictions si

de si flotablef

erreurs? On vous a fait entendre , dans rexpofé des motifii de ce budget , que si Ton étoit embv* rassé pour les crédits, <m y suppléeroit par il fonds d'un dégrèvement alloue ; on avoit déjà di la même chose le 35 et le 38 mai. Cest m iDoitt qu'on s'est réservé : mais que devienneot et ks Justes louanges qu'on S*e8t données à propos di ce dégrèvement , et les choses qu'on a dites nr le fardeau dont est accablée la propriété f»r cièrc?

Nobles pairs, je ne ferai Jamais d'an eoba^ ras dans nos finances un objet de triom^; j* me réjouirai si le mois de mai a Famené la âl^ tune, s'il offre, comme on l'assure, un exeédaat qui s'élèveà la somme de près de 4 millioDs; mxs la plus-value du mois de mai ne fait rien ao déficit du mois d'avril , et le déficit du mob danil n*a rien à voir avec la plus-value du mois de dbL

OPINIONS ET PISCOURS.

La question, qaant an système administratif, D*esl pas des augmentations ou des diminutions alternatives des recettes; il peut y avoir à ces augmentations et à ces diminutions des causes tout à fait indépendantes da ministère; il s'agit de sav(Hr si des ministres doivent tenir à la trihine on langage contradictoire de quinze Jours n quinze Jours ; s'ils doivent apporter en preuve ie leur habileté des excédants de produits , alors )ue ces produits sont en baisse , et demander sur Dne prospérité présumée des crédits dont la base Banque, au moment même où on les demande. A ee compte, puisqu'il y a amélioration dans les lecoavrements du mois de mai, pourquoi ne dendroit-on pas réclamer les 23 raillions que l'on i cédés? Il est vrai qu'en cas de réduction dans bchiffre de Juin , ou de Juillet , ou d'août , il fau- Iroit les abandonner de nouveau , et les deux Chambres, déclarées permanentes, passeroient bote l'année à faire et à défaire le budget.

La commission de la Cbambre des députés a trouvé dans le budget de 1 825 un déficit de plus k 131 millions; la dette flottante est augmentée le 60 millions. Si les places fortes étoient repaie; si le matériel de la guerre s*étoit récupéré lèses pertes; si nos monuments s'élevoient; si Ms chemins n'étoient pas dégradés ; si notre ma- IIdc étoit pourvue de bois et de vaisseaux ; si les Mnérahles pasteurs de nos campagnes avoient le ^n suffisant, on auroit quelque consolation; nais peut-on se rassurer entièrement, lorsque n^ceroissement futur de l'impôt est au moins ma- 1ère de doute , et que les services publics sont n souffrance?

Il est trop prouvé qu'on s'est trompé quelquebis dans ces matières de finances auxquelles laneiennes études ne m'ont pas laissé tout à fait 'tranger : on s'est trompé sur les 3 pour 1 00 ; on 'est trompé sur l'application exclusive de Ta- Kiortissement à cette valeur, puisque, acquise au erme moyen de 68 , c'est comme sf on avoit icheté du 5 à 113, lorsqu'on pou voit prendre ^îui-ci an pair; on s'est trompé sur le prétendu milliard des émigrés ; on s'est trompé sur l'affaire le Saint-Domingue. Qui payera les colons de Mnt-Domingue , si le président Boyer ne remplit pas les conditions du traité? La France? Les 3Mirobres ont-elles voté des fonds pour cette Ictte?

J'entends d».re que le semestre des obligations l'Haïti sera soldé à bureau ouvert chez les ban-

CBATEAUBRUIID, ^ TOME II.

quiers chargés de cette opération ; mais de quel semestre s'agit-il? De celui qui représente l'intérêt du premier cinquième du capital , ou l'intérêt du premier et du second cinquième échu ? Qu'y a-t-il, en un mot, d'acquitté du prix d'une colonie si étrangement cédée par ordonnance, sans même avoir entre les mains une garantie de Texécution du traité? Que de choses inconnues vos seigneuries devraient pourtant connoftre I

Il y auroit beaucoup à dire sur les bons du tré-* sor, soiie de papier-monnoie à la disposition de M. le ministre des finances. Dans quel état se trouvent les caisses publiques? Possèdent-elles leurs fonds respectifs, ou les ont-elles prêtés sur dépôts de rentes, peut-être sur simples reçus à des maisons de banque qui peuvent, comme les Joueurs sur la rente, subir les chances de la Bourse?

On conçoit que dans une machine aussi vaste, aussi compliquée que les finances de la France, on soit tenté quelquefois de faire des revirements de parties, des déplacements de fonds spéciaux pour appliquer ces fonds à une nécessité urgente : . on vient au secours d'un service en péril; on soutient un capitaliste ; on arrête une baisse avec Tintention de remettre toutes choses à leur place par des rentrées qu'on attend : un milliard passe annuellement à travers les coffres de l'État; quelle ressource ! on s'y fie.

Mais il faut qu'aucune chance ne vienne déranger les calculs; il faut un repos absolu dans les hommes et dans les choses ; il faut du temps , et le temps échappe. Que le plus petit événement arrive , les fonds baissent , les banquiers à qui on a trop sacrifié se retirent, le désordre reste dans l'intérieur des affaires : tout est dérangé, tout est compromis; et, du plus haut point de prospérité financière en apparence , on tombe au fond d'un abfme.

Il est certain que , par suite des emprunts , des services de la guerre d'Espagne, et surtout de l'établissement du 3 pour 100, diverses phases ont dû avoir lieu dans les fortunes des capitalistes. Ceux qui peuvent se trouver encombrés de 8 pour 1 00 , et qui sont forcés de Jouer à la Bourse sur eux-mêmes, auront besoin de pomper longtemps l'amortissement, afin de remplir le vide de leurs coffres. Qu'on désire les soutenir pour empêcher les fonds de fléchir, rien de plus naturel ; mais II faudrait nous plaindre si nous en étions à ces sacrifices, à ces fictions de prospérités.

POUTIQUE.

Quel moyen avez- vous, mettieurs, de connoitre la vérité? Commeot éelairciriez-vous la moindre des graves questions que Je viens de faire? Ne tiftudroit-U pas nous contenter de réponses quelconques ou du silence de la partie intéressée?

Si je demandois avant de voter l'impôt quelles aont les sommes réelles engagées dans le syndicat par les receveurs généraux ; si Je voulois oonnoitre Taction de ces agents comptables à la Bourse, ^ gains qu'ils ont faits ou les pertes qu'ils ont éprouvées ;siJem'enquérois de l'état de leurscaisr ses publiques; si Je soutenols que cette association menaçante fait refluer à Paris les capitaux , en desséchant les provinces, onme répondroit ce que Ton voudroit ; onme dirolt que tout va à merveille, que toutes les précautions sont prises, qu'on peut s'en fier à la prévoyance de l'administration : l'administration avoi^elle prévu, le 10 février, la diminution de revenu sur les trois premiers mois de l'année?

La Banque de France est encombrée d'argent mort, le commerce est paralysé, les payements se font souvent en métalliques transportés par les diligences comme dans les temps delà plus grande stagnation des affaires.

Avons-nous sur le recouvrement des impôts les renseignements nécessaires? Il y a des lois de finances qui s'appliquent en raison ascendante du nombre des individus. Si des recensements inexacts faisoieut, involontairement sans doute, monter la population d'une commune au delà de son taux réel , on pourroit venir vous annoncer nn accroissement de recettes qui ne seroitau fond qu'une augmentation d'impôt illégal.

« J'appelle fortement l'attention de vos seigneuries sur le sujet que Je viens de toucher : un déficit plus ou moins contestable ou contesté ne seroit pas la seule plaie de nos finances. Je désire que le temps ne Justifie pas mes craintes. Pour quiconque étudie l'opinion, la position politique s*altère ; une révolution s'accomplit dans les esprits; nous marchons vers le terme de la septennalité; force sera d'arriver à un dénoûment. Je sais qu'un ou deux ans paroissent à bien des gens l'éternité; mais nous, gardiens héréditaires du trône ^ nous ne verrons pas d'un œil aussi tranquille un si court avenir.

^ C'est maintenant de cet avenir que Je vais tirer les autres raisons qui m'obligent à repousser les lois de finances.

Ici, messieurs, Je le sais. Je porte la main à une

plaie vive; tout autre que moi auroit besoin de dévouement pour aborder un pareil sujet. Mais que suis-je? un naufragé, sœvis prqjecius ai undiSf un homme qui ne dérange rien dansa vie, en i\joutant quelques vérités à toutes edia dont il s*est déjà rendu coupable.

Avant de m'expliquer, je dois avouer loyate* ment que Je ne crois pas tout à fait à Texécatka des projets que Je me propose de développer A de combattre : si j'ai trop de franchise pour caresn les foiblesses du pouvoir, je suis aussi trop âaoère pour l'accuser d*un mal auquel il ne me seah ble pas encore participant; mais il peat être catrainé à ce mal, et, dans l'appréhension où je soi d'une influence funeste, je dois rejeter le budget pour rejeter à la fois tous les périls.

Des idées malfaisantes sont certainemait esr trées dans les têtes mal organisées ; en se tégak dant au dehors elles ont effrayé le public : cci idées ont pris une telle consistance, que des députés ont cru devoir en occuper la Gtiambre ë» ttve.

Ce seul fait nous force à nous expliquer. Quasâ nous aurions voulu nous taire, cela ne nous seroi plus possible ; nous ne pouvons rester muets Un»' que l'autre Chambre apris l'initiative surdesd» seins dangereux à l'État; nous ne pouvons laissa clore la session sans dire nous-mêmes quelqaâ mots, nous, messieurs, qui sommes les priodpaa intéressés dans cette affaire. J*ose réclamer voul attention , c'est principalement de la pairie qoA s*agit. Il est bon que cette matière soit une Mp pour toutes éclaircie et traitée dans cette triboBe. Les ministres de Sa Mi^jesté y trouveront Tava»tage de se fortifier dans la résolution où je k$ suppose, de ne pas se laisser entraîner aux de^ nières mesures de perdition; mesures qui, t» incertaines qu'elles sont, m'emi>êchent d'accorder un milliard à des honmiesqui peuvent n'avoir pliv assez de force pour résister au parti qui les prefli et les déborde. Je viens au fait.

On entend répéter, relativement à l'armée, à la magistrature, aux collèges électoraux, des d»* ses si étranges , que je ne les mentionnerai polit Je me renfermerai dans le probable, parce qs'o peut toijfjours raisonner sur le probable, lotsqit est la suite d'une position donnée.

Je vous dirai donc, messieurs, que œnx doti l'esprit d'imprudence inspira le projet deloittm^ tre la liberté de la presse n'ont pas perdu ooarage. Bepoussés sur un point, ils dirigent iev

OPINIONS ET DISCOURS

ski

itaque sur un autre ; ils ne erafgnent pas de déterer a qui veut les entendre que la censure ara établie après la clôture de la présente session. Mais, comme unecensurequi cesseroit de droit nmoisaprèslouverturedelasessionde 1828 se- )it moins utile que funeste aux fauteurs du sysime , ils songeroient déjà au moyen de parer à fit inconvénient : ils s'occuperoient, pour Tan rochain, d'une loi qui prolongeroit la censure, H d*ane loi à peu près sembl£d)le à celle dont la 9Qronne nous a délivrés.

La difficulté, messieurs, seroit de vous faire «ter un travail de cette nature, si d'ailleurs il toit possible de déterminer les ministres euxlémes à Taccepter. Vous n'avez pas de complaiiDce contre les libertés publiques. Quel moyen oioit-on alors de changer votre majorité? Un ien simple selon4es hommes que je désigne : ob- ^ir une nombreuse création de pairs.

Avant de toucher à ce point essentiel , jetons B regard sur la censure.

Les auteurs des projets que j'examine en ontli bien calculé les résultats? Quand on établiroit k censure entre les deux sessions, si cette cenire décriée par les ministres eux-mêmes ne prohilsoit rien de ce que Ton veut qu'elle produise ; telle n'avoit fait que multiplier les brochures; f le ministère avoit brisé le grand ressort du gonlernement représentatif, sans avoir amélioré les banoes, sans avoir calmé Teffervescence des es- |rils; si au contraire les haines, les divisions, les Mances s'étoient augmentées ; si le malaise étoit kreon plus général ; si l'on avoit donné une force k plus à l'opposition , en lui fournissant l'occa- Im de revendiquer une liberté publique, comiKnt viendroit-on demander aux Chambres la toûtinnationde cettecensure? Ou conçoit que , du Kin de la liberté de la presse , on réclame la centre sous prétexte de mettre un frein à la licence ; pais onne conçoit pas que,toutchargédeschalnes k la censure, on sollicite la censure, lorsqu'on l'a plus à présenter pour argument que les fléiteires de cette oppression.

L'abolition de la censure, le retrait de la loi Mre la liberté de la presse, sont des bienfaits k Charles X; rien ne seroit plus téméraire que 1 effacer par une mesure contradictoire le souvetk si populaire de ces bienfaits. Et quelle pitié l'établir au profit de quelques intérêts particuliers u^ censure qu'on n'a pas cru devoir imposer P^ant la guerre d'Espagne , lorsque le sort de

la France dépendoit peut-être d'une victoire! Nous nous sommes confiés à la gloire de M. le Dauphin : il n'est pas aussi sûr, j'en conviens , de s'abandonner àtoute autre gloire; mais enfin, que messieurs les ministres aient foi en eux-mêmes; qu'ils nous épargnent la répétition des ignobles scènes dont nous avons trop souffert. Reverronsnous ces censeurs proscrivant jusqu'aux noms de tels ou tels hommes, rayant du même trait de plume et les éloges donnés aux vertus de l'héritier du trône , et la critique adressée à l'agent du pouvoir?

Après avoir été témoin des transports populaires du 17 avril, on ne peut plus nier l'amour de la France pour la liberté de la presse. Dans quels rangs pourriez- vous donc trouver aujourd'hui des oppresseurs de la pensée? Parmi des fanatiques qui courroient à la honte comme att martyre, et parmi des hommes vilsqni mettroient du zèle à gagner en conscience le mépris public. Je suis heureux , messieurs, de pouvoir m'appuyer dans cette matière des témoignages les plus décisife. J'invoque l'irrécusable autorité de quel* ques-uns de messieurs les commissaires du roi, présents à cette séance. J'en appelle à mon illustre ami M. de Bonald , à mon noble collègue le marquis d'Herbou ville : avec quelle force de raison tous n'ont-ils pas foudroyé la censure ! Écoti«> tez, messieurs, des paroles bien plus puissantes que les miennes ; ce sont celles de M. le prési» dent du conseil :

'ft Un seul exemple prouvera, disoit-il enl 8 1 7, « quel abus un ministre peut se permettre de ce « pouvoir exorbitant : J'ai tenu, dit un homme « d'État , j'ai tenu dang mes mains , en 1 8 f 5 , l'é- « preuve d'un journal dans lequel la réponse faite « au ministre par mon honorable ami M. de Cor- « bière , comme rapporteur de la commission da « budget, avoit été effacée par le censeur, dans « la partie qui tendoitàlaver la commission d'une « inculpation grave dirigée contre elle. »

M. le comte de Corbière, allant encore ploi loin que son collègue, s*écrie dans toute la puissance de sa conviction : « N'a-t-on pas vn naguère n que les journaux, tombés sous le joug du des- « potisme, étoient devenus des histruments d'op- « pression et de servitude? C'est la meilleure « preuve du danger de subjuguer les journaux. » Qu^ijouter, messieurs, à de telles paroles? Qu'on le dise : sont-ce là les doctrines que Vùa professe encore ? Je vote le budget.

Dans les provinces , où II n'y a presque aucun moyen de vérifier les fi\its , de réparer les omissions du journal censuré, la défiance et le mécontentement se prolongent; qu'une brochure paroisse alors, cette brochure, lue et oubliée dans vingt-quatre heures à Paris , occupe et agite un département pendant six mois. Plus elle est proscrite , plus elle est recherchée; elle remplace et vaut, dans un moment décisif, cent articles de journaux. On en fait des copies à la main; elle devient , pour ainsi dire , le manuel des élections. Je parle, messieurs, d'après mon expérience. Vous me pardonnerez , en faveur de la cause importante que je plaide devant vous, de me laisser aller à un mouvement d'amour-propre. Je garde précieusement une lettre dans laquelle on a l'extrême bonté de m'apprendre l'effet produit à Toulouse par la publication de ia Monarchie selon la Chatte ; lettre par laquelle on veut bien me féliciter d'avoir contribué au succès de quelques nominations dont la France a retiré de si grands avantages.

L'opinion publique étoit-elle plus hostile au ministère de cette époque qu'elle ne l'est au ministère actuel? Non, messieurs, elle l'étoit beaucoup moins. Cette opinion publique, saisie toute vive aujourd'hui par la censure , seroit conservée et transportée telle qu'elle est aux élections prochaines.

Ou je me trompe fort, ou les véritables ennemis des ministres se réjouissent au fond du cœur de rétablissement présumé de la censure. Il est de fait que la liberté de la presse périodique s'affoiblit chaque Jour, faute de pouvoir trouver de nouvelles formules de plaintes. Imposez la censure, et à l'instant l'opposition reprendra sa pi*emière vigueur; elle sera Justifiée de tout ce qu'elle n dit contre le pouvoir ministériel ; placée sur un excellent terrain , elle attendra une victoire certaine.

Pour moi , messieurs, je ne voterai jamais le budget tant que j'aurai à craindre qu'un^inistère, ou par calcul, ou par foiblesse, consente à supprimer la liberté de la presse périodique ; je voterai encore bien moins ce budget si l'établissement même de la censure doit, par une conséquence forcée , et pour prolonger légalement la censure, amener la tentative d'un dérangement dans la majorité de la Chambre héréditaire.

Nous voici revenus, nobles pairs, à la grande question , question telle à mes yeux qu'elle do-

POLITIQUE

mine toutes les autres. Il est bien temps de s*oecuper de loi de fmances, quand on sait que les hommes influents sur les décisions du pouvoir vont jusqu'à rêver des mesxures destradives de la pairie!

Vous vous en souvenez , messieurs , lorsqu'aoe nombreuse nomination de pairs eut lieu aatr^ foiSj un de vos collègues, courageux à cette tribune comme il l'avoit été à Quiberon, un noble vicomte dont vous avez entendu prononcer dernièrement l'éloquente oraison funèbre, vous proposa une humble adresse au roi, afin de le supplier de choisir d'autres ministres.

Que seroit-ce en effet qu'une assemblée où, pour faire passer les lois les plus désastreuses^ des ministères successifs pourroîent tour àtoor^ au gré de leurs passions, de leurs intérêts et de Içurs systèmes , introduire de nouveaux pairs?

On seroit le terme de ces créations, tantôt pour des lois déjà en partie discutées, tantôt pour de simples amendements? Ne ressembleroient-eiks pas à des commissions contre les choses, comioe on nomraoit autrefois des commissions contre la hommes?

Mais dans le cas môme où Ton prétendnft étouffer au sein de cette noble Chambre la première de nos libertés ; ne seroit-on pas déçu? Les nouveaux pairs auroient-ils cet esprit dedociSli dont on les gratifie d'avance? Se chai^eroieot4b de la responsabilité qu'on eût désiré leur 'mfy ser? Se voudroient-ils laisser soupçonner d'avoir acheté , aux dépens des libertés de la France, Il première dignité de la monarchie? Eofin fo» croire que, si^de pareils projets pou voient janisi! s'accomplir, mes nobles collègues actuels, cem dont j'ai le malheur de ne pas partager aujourdlnl l'opinion, déserteroient les drapeaux desmiaii* très : l'honneur nousrendroitlamajoritéqu'anmt

voulu nous enlever la violence.

Si je traite du principe, il me sera ticile di prouver qu'augmenter la Chambre des pairs, ^ manière à changer la majorité des suffrages, c'erf violer la Charte.

La Charte n'admet point la dissolution de II Chambre des pairs : or, desaccroisseroenfsdé' mesurés de cette Chambre , ayant pour but dW briser la majorité , ne serolent autre chose qa''* dissolution sous une autre forme; ainsi fci violeroît réellement la Charte en donnant à h Chambre héréditaire la constitution de la Chambre des députés; et on lut donneroit cette consfr

0PlJS10.>iS ET DISCOURS.

tution, poisquelle deviendroit , par le fait, dissoiobie et élective.

Hais cette espèce danéaDlissement de laCham- >re héréditaire auroit les résultats les plus funesr )es, résultats que n*a pas la cassation de la Cbam- Me élective. Celle-ci, rappelée, revient avec le lombre fixe de ses membres, dans ses porportions égales. La Chambre haute, renouvelée par une tecession de pairies, reparoltroit considérable- Dent augmentée.

Poussez les choses à leur dernière conséquence, il vous arriverez par différentes dissolutions, f est-à-dire par différentes augmentations de la Siambre des pairs , à former dans TÉtat un corps iristocratique si puissant, ou si impuissant, qvll Borperoit les autres pouvoirs, ou qu*il tombeoit dans le plus profond avilissement. La pairie erott tout, ou ne seroit rien; la Charte seroit néantie.

D'un autre c6té, les deux Chambres pouvant Ire dissoutes, Téquilibre des trois pouvoirs se nmveroit rompu : on seroit menacé ou de la die* itore ministérielle, ou du retour de la monarhie absolue.

Et pourquoi Joueroiton ce terrible jeu? Pour bteniruD succès dans une loi! succès bien court, ir enfin il n*est pas dit que tous les pairs nouleUement nommés voteroient éternellement avec m ministère qui ne seroit pas lui-même éternel, rest donc pour le triomphe d*un moment que on vicieroit à Jamais un des premiers éléments è la Charte; c'est à la nécessité d'une heure, à iffibitioD d'un jour, que l'on sacrifieroit laveir.

Il y a des ressources contre la censure ; faussez lastitiition de la pairie , où est le remède?

Supposez qu'on nous envoyât soixante pairs à k session prochaine pour faire passer un projet kitre la liberté de la presse : voilà ce projet demu loi. Un an, deux ans après, peu importe, lent un autre ministère; celui-ci trouve que la li dite salutaire à la France la met au contraire I péril : vite soixante autres pairs pour défaire Mivragedes soixante premiers. Ce second minisre tombe ; un troii^ème arrive dans des opinions ^posées : vite soixante autres pairs pour i*emete les choses en bon état. Un quatrième.... Je farrète , messieurs ; l'absurdité et l'abomination t ces procédés ont-elles besoin d une plus longue httonstration?

Qu*on ne dise pas que ces lois contradictoires

sur la presse, ou sur tout autre objet, n*auroient pas lieu : depuis la restauration vous avez eu quinze lois et fragments de lois concernant la presse, et sept ou huit ministères.

Le résultat de ces exagérations seroit qu'un Jour la Chambre héréditaire périroit, comme Je l'ai déjà dit, ou qu'on seroit obligé de la réformer par un déplorable coup d^État. On se trouveroit dans la monstrueuse nécessité de priver arbitrairement de la pairie ceux ou les enfants de ceux à qui on Tauroit conférée légalement, mois aux dépens de l'institution. On verroit peut-être la législature par des lois, ia pairie par des règlements, essayer de se mettre à l'abri , et faire revivre contre des ministres , pour abus de conseil , le crime de lèse-majesté.

Sans recourir à des mesures désastreuses, il y a , messieurs, un moyen sûr de dominer vos suffrages; c'est de ne vous proposer que des choses approuvées par la raison. Je ne sache pas une loi utile qui n'ait passé dans cette Chambre, Je ne dis pas à la majorité , mais à la presque unanimité des votes. Est-ce là une majorité factieuse? Parler d'altérer cette majorité par une création nombreuse de pairs , seroit presque avouer rintention de nous présenter des projets pour lesquels on auroit à craindre les impartiales investigations de votre sagesse. Les ministres de Sa Majesté seroient sam doute les premiers à repousser cette supposition.

Remarquez bien que tout ce que Je dis pour la Chambre des pairs s'appl ique dans des proportions correspondantes à la Cour des pairs , de sorte que les ministres puissants et coupables seroient libres d'augmenter les juges de cette Cour suprême dans des procès criminels ; ils auroient la possibilité, s'ils étoient accusés par la Chambre élective, d'assembler un tribunal de nature à déclarer leur innocence : leur responsabilité disparolt. On sent dans des temps de trouble , de minorité , de successions à la couronne , Jusqu'où cela peut aller. Mais la Chambre héréditaire ne peut-elle donc être augmentée ? La Chambre des lords eu Angleterre n'est-elle pas plus nombreuse que la Chambre des pairs en France , bien que la population de ce dernier royaume surpasse d'un tiers la population des trois royaumes-unis? Ai-Je la coupable prétention de borner l'exercice de la prérogative delà couronne?

La constitution de la pairie dans la Grande- Bretagne est, messieurs, toute différente de la

POLITIQUE

constitutioii de la pairie actuelle en France. Les pairs d'Angleterre, qui dérfyent leur puissance de la loi normande y représentent la propriété foncière , que vous ne représentez pas; ils la représentent d'origine, par usurpation ou conquête, comme petits souverains Jadis féodaux. En cette qualité , ils peuvent être nombreux , parce qu'ils sont primitivement les députés du sol , tandis que 'les communes sont, du moins en théorie, les députés de la liberté et de l'industrie nationale.

Vous , messieurs , vous n'avez rien usurpé , ^ous êtes un corps aristocratique fait pour balancer l*autorité de la couronne et du peuple; vous ^tes nés non d'un fait accompli , la possession , non de votre propre pouvoir, mais d'une combinaison politique, d'une volonté placée hors de vous, abstraction faite de vos propriétés territo- Viales. Vous représentez un principe plutôt qu*un Intérêt ; sous ce rapport , le resserrement de votre nombre est une nécessité presque absolue pour augmenter le prix d'une institution que le temps Yi'a pas encore consacrée.

Vous pouvez sans doute être augmentés , mais lentement, mais avec mesure, si l'on veut que la pairie soit une institution utile et non pas nuisible à l'État.

Voilà pour le principe : voici pour l'histoire.

Le nombre des pairs en Angleterre a-t-il toujours été ce qu'il est aujourd'hui? Jugez-en, messieurs.

En 1215, douze évêques et vingt-huit barons seulement sont témoins de la concession de la grande Charte.

En 1265, le Parlement appelé Leicester, où Ton remarque le premier modèle de la division du Parlement en deux Chambres, ne donne que êinq comtes et dix- huit barons.

En 1 377, un duc, treize comtes, quarante-sept barons, des évêques, vingt-deux abl>és et deux prieurs composent toute la Chambre haute.

En 1589, après la réforme religieuse , vous ne trouvez que quarante et un lords temporels, vingt lords spirituels , et en tout soixante et un pairs.

Ainsi, messieurs, pendant trois siècles, de i 2 i 5 à 1 539, la pairie angloise ne s'est composée que de quatre-vingts à cent pairs , et il a fallu trois siècles pour qu'elle arrivât au nombre où nous la voyons aujourd'hui. Et nous, nous prétendrions créer en six ans autant de pairies que (es Anglois en ont Institué en six siècles !

Mais Je conteste donc à la couronnete droit de créer des pairs? J 'attaque donc à la fois la prérogative royale et l'article 26 de la Charte?

Je contesterois à la couronne elle-même lednâ de cesser d'être , si des conseillers improderti l'exposoient au suicide politique : tout poonir peut se donner la mort par l'usage abusif de » droit , comme on se tue en se jetant sur la poisli de son épée. La royauté peut sedétniireparJi royauté, la constitution par la constitirtioit N'est-il pas possible de confisquer la Charte ■ profit de Farticle 10, comme je l'ai dit aotrefais? Si on créoit un million, deux millions, trois millions de pairs, y auroit-il une Chambre des pairs, bien que le droit de plusieurs millions de painsd implicitement dans l'article 26 de la Charte?

Qu'on abandonne l'argumentation tirée à droit rigoureux contre le droit possible, laqueMl mène d'abord àFabsurde, ensuite àla destmetkE C'est précisément cette même argumeotatiooqri a fait dire : Périssent lès cçlonles phitdtqQtn principe 1

Quant à ceux qui me pourroient répondre: <c Tant mieux si la Charte périt! Il est ban (Tel « fausser les institutions , pour la rendre impn* « sible; » à ceux-là Je n'aurois rien à répliquer.

Me résumant sur ce point , je ne conteste ri* de légal à la couronne dans les limites de sapp^ pre sûreté; mais Je disputerois aux minislnsli droit de faire nommer des pairs pour cooscrftf des portefeuilles, pour changer une majorité) pour corrompre et pour renverser finalement ml institutions. Une simple création de domepein fit mettre en accusation lord Oxford, la praniM année du règne de Georges I*'. Les commaiKSi^ cusèrent ledit comte « d'avûir enfreint ks diA « et l'honneur des seigneurs, en hisant dé « douze pairs pour s'en servir à ses fins. *

Un grand exemple est dans ce momeataM sous vos yeux. Le ministère anglois semble itir perdu la majorité dans la Chambrehaute; soap t-il , ose-t-U songer à une nombreuse nonlBiil* de pairs?

Quel sujet de réflexions si l'on voyait pt0 nous les hommes qui ont le plus blâiaé ane'fi^ cédente mesure comme attentatoire aQXdroiH^ à l'existence même de la pairie , reeoorlr à «i mesure semblable I

A tout ceci que me dira-t*on, si tootcWs» discours vaut la peine d'une réponse? Me (fi* t-on que J'ai entretenu la Chambre de brœfi*

OPINIONS ET DISCOURS

atais, de nouvelles des rues ; qu'il n'est question ilde censure, ni de nominations de pairs? PlAt l'DieaqueJe fusse ainsi confondu 1 Avec quelle loyease humilité Je confesserois mes erreurs !

Me feroit-on une autre réponse qu'on a déjà hite , savdr, qu'on mettra ou qu'on ne mettra pas Il censure, selon les circonstances; qu'on créera M qu'on ne créera pas dé pairs , selon qu'il sera ÎYisé; qu'on ne doit pas venir ainsi au-devant ta desseins du roi; qu'après tout on n'a rien à Kméler avec mes paroles, puisque Je me suis iearté de la question du budget, et que l'on ne répond pas à des déclamations?

Âajoord'hui, messieurs, les chiffres même sont ks déclamations, quand ils ne disent pas ce |Q*oo veut qu'ils disent : le 5 pour loo déclame mtre le 3. Je ne suis pas sorti de la question du Mget, puisque c'est de l'ensemble des faits et les craintes que je déduis les raisons qui m'oblipAk rejeter lés lois de finances. l'ai assez répété te refrain pour qu'on l'ait compris , si on a voulu b comprendre.

Quant à l'impropriété de venir au-devant des Inselns de la couronne, nous avons ici des idées Inp précises du gouvernement constitutionnel ^ supposer Jamais qu'on puisse mettre un nom IMié, comme un bouclier impénétrable, au-dekint de la responsabilité des ministres. Dans la httoaithle absolue, le bon plaisir royal étoit tout ; bas la monarchie représentative , le bon plaisir MtnisCériel ne seroit rien : permis à chacun d'en Nk ou de s'en indigner.

Si quelque chose me sembloit appuyer le sys- Ame que f ai combattu dans les faits du passé et hos les craintes de l'avenir, Je pourrois croire |DeJe me trompe ; un^''at eu tort ne me coûtera Nais ; mais quand Je Jette les yeux sur la France, Ne puis m'empécher de voir le commerce et les Banufaetures en détresse, la propriété foncière basée et menacée du retrait du dégrèvement , hos le cas possible d'un déficit; J'aperçois des W>Qnaux dont l'indépendance fotigue, une Cham- ^ des pairs , objet , dans un certain parti , de kssdns plus ou moins hostiles; une opinion pudique qu'on a d'abord voulu corrompre, ensuite ^^Boîkt] une capitale en deuil , la tristesse dans |e présent , l'incertitude dans l'avenir. Les hommes que leurs places rattachent au système que ^00 suit sont-ils satisfaits? Interrogez-les en par- '^lier : excepté le petit nombre qui , par caracftre ou par besoin , est tombé dans la pure do-

mesticité, tous vous exprimeront des alarmes. Au reste il est naturel que tout souffre, parce que tout est dans une position forcée. Le gouvef> nement représentatif tend à amener les capacités au pouvoir, et le système que Ton suit les repousse. Il arrive de là qu^ii n'y a pas une véritable supériorité sociale, pas un talent de quelque valeur qui ne soit en opposition ouverte ou secrète avec l'administration.

Les songes ont bien leur mérite , mais ce n'est pas à nous, émigrés, qu'il faut venir raconter des songes. Nous avons assez déraisonné dans notre Jeunesse, pour que la raison nous soit venue dans nos vieux Jours. Et nous aussi nous disions en 1789 que personne ne vouloit de la révolution , comme certaines gens disent aujourd'hui que per» sonne ne veut de la Charte; et nous aussi nous nous vantions d'avoir pour nous l'argent et Par* mée; et nous aussi nous ne parlions que d'être fermes, que de frapper des coups d'État, pour sauver malgré eux les insensés qui ne pensoient pas comme nous. Un matin nous nous réveillâmes exilés, proscrits , dépouillés ; nous cherchAmes nos chimères dans notre havresac , elles n'y étoient plus; mais nous y trouvâmes Thonneur qu'un François emporte avec lui.

Ceux qui voudrolent regarder comme une tran* quillité née de la force et de l'habileté de l'ad^ ministration le repos actuel, ou plutôt le sangfroid de la France, ignorent les temps où Us vivent : ils voient toujours ce qui s'est passé en 1789 ; ils comptent pour rien les leçons qu'on a reçues, les expériences qu'on a faites, les lumiè*' res qu'on a acquises , la raison politique qui est entrée dans tous les esprits, et surtout le dépla-^ cément qui s'est opéré dans les générations et dans les intérêts. Ce n'est plus le peuple qui , ému des passions turbulentes , se forme une idée oon-^ fuse de ses droits ; c'est la partie éclairée de la nation qui sait ce qu'elle veut avec autant de fermeté que de modération. Les mœurs de la société instruite , si j'ose m'exprimer ainsi , sont entrées dans la politique, et l'on prend la patience et le calme de ces morars pour de l'impuissance d'action.

Tout se réduit à ce pofait : Veut-on rétablissement paisible des libertés publiques, en les dirigeant, en se plaçant soi-même dans le mouvement du siècle ; ou veut-on faire que ces libertés triomphent par leur propre force , en essayant de les détruire? Elles emporteroient alors aussi facile-

POLITIQUE

ment ce qui seroit devant elles qu'un torrent emporte une digue Impuissante.

Quoi qu'il en soit de l'avenir, si jamais, ce qu'à Dieu ne plaise, des fautes répétées engendroient de nouveaux malheurs , ces malheurs me rencontreroient encore , malgré les années , aux pieds du roi : y trouverois-je ceux qui prétendent aujourd'hui si bien servir la couronne , en frappant les plus fidèles sujets de Sa Majesté, et en attaquant les libertés publiques? Je l'espère pour eux.

Je vais voter, messieurs, contre le budget. Si la Chambre prenoit ce parti, dans quelques jours tout seroit fini ; ou les ministres changeroient de marche , ou ils seroient forcés de s'éloigner. L*application du grand moyen constitutionnel dénoueroit sans effort ce que le temps peut briser avec violence. En montant à cette tribune , je ne me suis pas flatté un seul moment d'obtenir un pareil résultat de mes efforts : aussin'ai-jeeupour but que de remplir un devoir.

On s'irrite contre ces esprits indisciplinés qui viennent troubler un repos agréable, qui se croient le droit de dire tout haut ce que tant d'autres pensent tout bas; contre ces hommes qui sacrifient les succès de leur personne à l'utilité de leurs paroles ; mais enfin ce qu'ils peuvent avoir avancé de bon par hasard demeure, et l'avenir en profite.

Au surplus , les contradicteurs du système ministériel sont-ils donc si exigeants? Ils ne disent pas même a leurs adversaires : « Faites quelque « chose pour les libertés publiques. » Ils savent bien qu'ils ne seroient pas écoutés. Ils se contentent de leur dire : « Ne faites rien contre ces lift bertés. Cessez d'attaquer tous les ans ce que la « nation a de plus cher. Revenez sur quelques « actes de colèra qui ne vous ont été bons à rien. « Voilà ce qui suffira pour rendre la couronne « légère à cette tète auguste trop longtemps cour- « bée sous le poids de l'adversité, ce qui suffira A pour nous donner des élections monarchiques m et constitutionnelles , pour dissiper tous les nua- « ges. »

Je ne descendrai pas de cette tribune sans dire le bien avec autant d'impartialité que j'ai dit ce qui m'a paru de mal. J'adresserai des remerctments à M. le ministre des affaires ecclésiastiques , pour la tolérance de ses opinions politiques. (Il y a toujours de la générosité dan^ le talent.) J'offrirai les mêmes remerciments à M. le ministre de la marine , pour ses instructions humaines aux chefs de nos escadres dans les mers du Le-

vant; à M. le ministre des affaires étnmgèns, pour les bruits d*un traité favorable à ladéli^ninoe d'un peuple. C'est a\ec un plaisir sincke que j'ap^ prendrais que le noble baron a été plus heoreux que moi ; qu'il a pu achever l'édifice dont a m'avoit à peine laissé le temps de poser la pnmière pierre.

Il est un peu tard , il est vrai , de s'aperceroii du danger d'enseigner la discipline militaire à des hordes mahométaues ; le cri de la religion et de l'humanité auroit pu monter plus tôt à roreille des rois ; il étoit parvenu au cœur des peuples; mais enfin il faut encore s'en féliciter, si, après cinq années de dévastations et demassams,()o a trouvé que la Grèce étoit assez dépeuplée, (pe les Arabes y avoient suffisamment établi leen tentes et leur désert ! Dieu veuille seulement qu'oi arrive avant les funérailles !

Messieurs , joignez- vous à moi pour soUidtff la prompte conclusion d'un traité de misériooràc: les infortunés Hellènes sont devenus vos dieiib, puisque vous êtes le seul corps politique en Europe qui ait exprimé le vœu de la pitié. Mais il n'y a pas un instant à perdre ; de nouveaux gé« missements se font entendre ; ils ne viennent pas du Péloponèse , où il n'y a plus personne; ils s'élèvent des rivages de l'Attique. La Provideneea amené lecombat au pied de la cité magnapvfu virum ! comme pour donner ce grand témoinàca grand effort d'une gloire qui lutte avec la puissance d'un simple nom contre les Barbaresde Iras parties de la terre.

Mais Athènes chrétienne, troplongteropsala»donnée par les chrétiens , la mère de la dvilifltion trahie par la civilisation elle-même, nesBe* combera-t-elle point avant d'être secourue? U coup qui peut tuer la Grèce moderne peut détruire ce qui reste de la Grèce antique. Laméoie explosion qui feroit sauter Ja garnison héroïque de l'Acropolis disperserait dans les airs lesruiotf du temple de Minerve : mémorable destinée! li dernier souffie de la liberté de la Grèce seroft-ii attaché aux derniers débris de ses cheâ-d*œQvre? Est-il écrit qu'il s'évanouira avec eux?

Les peuples comme les individus ont leur Joor fatal. Puisse ma belle patrie conserver la liberté^ le génie de la Grèce, dont elle semble fille» tt puisse-t-elle en éviter les malheurs! Mais qui œ tremblerait en nous voyant sortir des routes &flles qui mènent au salut pour nous jeter dans des chemins'scabreux qui aboutissent à raWme! Cet

OPIMONS ET DISCOURS.

aveoglementsarnaturel tient-il à quelque dessein eaché de la Providence? Je Tignore ; mais je ne pois me défendre pour le trône , pour les libertés publiques, pour mon pays, pour vous-mêmes, messieurs , d*un sentiment d^lnquiétude dont je TOUS prie de ne voir la source que dans le cœur d*Qn bon François et d'un honnête homme.

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