CHAPITRE IT
Vie dr monseigneur le duc de Betry à Londres. Voyages
duprinee.
Monseigneur le duc de Berry , établi à Londres, alloit une fois tous les mois faire sa cour au roià Hartwell; il visitoit aussi son ancien général, M^ le prince de Gondé. Le roi avoit écrit à ce dernier ces paroles charmantes : « Jouissez, mon « cher cousin , du même repos que le plus illus- « tre de vos aïeux goûta volontairement sous les « lauriers : tout vous sera Chantilly. «Cependant le héros de Friedherg et de Berstheim ne conduisoit plus5e5 amis dans ses superbes allées de Chantilly y au bruit de tant de jets d^eau qui ne se taisaient ni jour ni nuit ■. N'ayant rien à laisser au due de Berry , son royal élève , il lui légua par son testament ses vieux compagnons d'armes. On voit quelle opinion il s'étoit formée da prince par la lettre qu'il lui écrivit alors : • Sans « doute, lui dit-il, votre existence est cruelle; « mais nous avons fiit notre devoir. Ce n'est plus « à moi dans la circonstance présente, c'est à vous « à relever Tétendard royal, et à nous tous a mar* « dier sous vos ordres. Votre extrême jeunesse a « pu nécessiter pendant quelque temps l'incoeve- « nance que TOUS fussiez sous les miens; mais tant « qu'il me restera un peu de force, Je me ferai « gloire d'être votre premier grenadier. » M. Pitt avoit conçu la même idée du prince , et Bnonaparte lui-même en parloit avec une haute estime. Les hommes supérieurs peuvent enrer dans leur opinion ; mais lorsqu'ils rencontrent la vérité , ils augmentent le prix du mérite jugé de toute la valeur attachée à l'autorité du juge.
Hors ces devoirs de famille si chers à son cœur, et qu'il rempliasoit avec exactitude , M^^ le due de Berry n'en oonnoissoit point d'autres à Londres : il avoit secoué le joug de la société. Renfermé chez lui , il vivoit au milieu de quelques amis dont il faisoit les délices. Il avoit tout ce qu'il falloit pour rendre charmante la vie privée : de l'esprit, de la grâce, de la gaieté, du ffM pour les arts, de l'cNrdre dans les aiSûres, de la régularité dans les habitudes, une humeur cares^ santé, ime bonté infinie. Fait pour la lumière, U
* BossCTrr, Ofaiêanpmèkre dm grand Candi*
SUR LE DUC DE BERRY
riaoil rradure; mais qudqoe chose dn prince M idloit dans la condition commune, et l*on senlolt ({o'il étoit plutôt caché que perdu dans les nngs obscurs de la société. Ses loisirs en Angleterre lui permirent de s'abandonner à diverses étndes : il se livra à la science des médailles , tes laquelle il fit des progrès étonnants. Il retDoraa ensuite à la musique , à la peinture , et se perfeetionna dans la connoissance des tableaux. D aeqult aussi à Londres , sur la monarchie repréMBtatlYe, les idées saines que nous lui avons
Les royaumes unis de la Grande-Bretagne avoient atteint leur plus haut point de gloire politiqae lorsque M^^ le duc de Berry y vint chercterun asile. A la tète du gouvernement, M. Ktt lottoît avec des hommes capables de le se- OBoder contre cette grande opposition qu*avoient braiée les Burke , les Fox et les Sheridan. Les vifiUes mœurs se soutenoient parmi les gentilshommes-fermiers qui trou voient un sq^pui dans le evactèredu plus simple et du meilleur des rois. Restés originaux , sans être grossiers et exclusifs, les ADgldss*étoient accoutumés aux étrangers, par la noble hospitalité qu'ils avoient exercée CBverseux : ilsaimmentces François qu*ilsavoient à longtemps détestés. Ms' le duc de Berry s'étonneîtde trouver un pays qui ressembloit bien peu ieriiii que croyoient avoir peint Voltaire et de Lolaie; pays moderne assis sur des fondements gothiques , et dont les libertés constitutionnelles rqpQsent sur des lois féodales.
M'^leduc de Berry entreprit quelques voyages
daos llotérieor de l'Angleterre pour mettre à pro-
ikion exil. Il vit les prodiges de Manchester et
de Bumingbam ; il s'émerveilla plus qu'il ne fut
entim^asmé de ces grands miracles qui font de
pdltes choses, de ces machines qui créent des
biaset tuent des intelligences ; subtiles inventions
fm ne mainiiennerU Pétai de ce monde qu*en
etiretenanieequipasseavecleiemps^. Leçrïnce
renarqua le génie conservateur d'un peuple qui
se laine rien périr, qui remet à neuf ses vieux
Bomments, et rétablit avec soin Jusqu'à la pierre
tOBbée d*une ruine. Les maisons de campagne
tatr Angleterre est semée, attirèrent l'attention
le IHhistre voyageur. Les unes lui offrirent d'é-
Ugurtes friilaj béties sur le modèle de quelques
aoouinente de fltalie ou de la Grèce, et dans
haiDdlo demeurent oubliés les tableaux des
' ietki,, cop. xxxvin.
plus grands maîtres; les autres lui présentoient le modèle de ces vieux châteaux décrits par les ro« manciers : ici, des obélisques, des colonnes , des statues, enlevés aux débris de Tentyra , de Palmyre et d'Athènes; là des pagodes indiennes, des armures d'anciens chevaliers , des arcs et des flèches de Sauvages, apportés par le capitaine Cook. A Hamptoncourt, les portraits des maltresses de Charles II ; à Windsor, les souvenirs de cette comtesse de Salisbury, qui férU le roi Édouardd'une étincelle de fine amour au coeur* . M^ le duc de Berry trouva à Glascow la littérature des bardes ; à Oxford , celle d'Homère et de Virgile; à Cambridge, les sciences de Neveton. Enfin^ le prince visita tous les monuments publics, depuis cet hôpital de Greenwich où le matelot r^[riette les tempêtes , jusqu'à cette abbaye de Westminster où dorment en paix les souverainetés du trône et du génie. Parmi tant de noms gravés sur tant de sépulcres , le ills de France lut avec attendrissement les noms de quelques François encore exilés parmi ces morts.