‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 32 sur 279 · FR0IS6ABD · texte numérisé non relu

FR0IS6ABD

MÉMOIRES

La guerre d'Espagne le tenta de iioaveaQ : Il éerivolt à M. de Mesnàrd * : « Voqs avez fort

• bien Jugé, mon eher Mesnard , et de ce que J'é-

* prouve, et de ce qiil me retient. Il n'est que trop « vrai que depuis six semaines j'ai travaillé à « aller rejoindre les braves Espagnols , et que le « gouvernement y a mis un obstacle absolu et « positif. Les Espagnols qui sont ici nous ont évi- « tés avec soin. Tout en admirant leurs nobles ef- « forts, Il ihe semble qu'ils ont oublié, ainsi que «tout le mondé, que les aînés de leurs rois ont « gouverné la France, et qu'il faut que Buona- « parte tombe pour leur sûreté comme pour celle « du Inonde. »

Une fois U^ le duc de Berry fut prêt à passer en France. Il avoit formé le projet de rejoindre, avee deux personnes seulement, les royalistes de rintérieur. « Il me suffira, disoit-il, de trouver ff cinquante braves pourme recevoir. «Au moment de s'embarquer, il écrivit ces mots à M. de Mesnard: «L'entrepriseest audacieuse :Jesui8 bien sûr « que cela ne vous arrêtera pas ; mais songes que à vous êtes père. » Ainsi le prince , qui rechercboit pour lui les périls, craignoit de les faire partager à ses amis. M. le comte de la Ferronnays , qui soopçonnoit d'inexactitude les renseignements arrivés de la côte de France, proposa au prince d'aller sonder le terrain ; le prince lui répondit par cette admirable lettre :

HartweU, 1809.

« J'ai reçu lùer matin ta lettre d'aTant-hier, mon clier « Ângnste. Je te remercie de tes bons conseils; je trouve « dsns tout ee que tu me dis assez de sagesse et de raison , « et ce que j'aime encore mieux , j*y trouve une preuve de « plus de ton attachement pour moi : mais , mon anû , tes « rélleiions sont trop tardives , et sont Inutiles. Tout ce « que tu me dis , je me le suis déjà dit à moi-même : je n*ai « Jamais partagé ta confiance dans le succès de notre ex- « pédition ; je crois fermement que nous mfttdions à la « mort y et c'est ce qui fait que je ae veux pas m'arréler. « Tu sais tropf mon cher Auguste, les absurdités qui ont « été débitées sur notre compte; tu sais combien on nous A reproche de n*aroir pSis comlmltu avec la Vendée , de A n^avolr pas mêlé notre sang à celtai des ro^ialistes : il faut «< faire taire la calomine, et tu es trop mon ami pour me « conseiller le contraire. Ta oonnois mes opinions sur les n guerres civiles et ceux qui les fomentent; je me croirois « traître au roi, traître à la France, et le plus coupable «' des hommes, si, pour ma propre gloire, ou pour mon à intérêt persoMiel, Je cberchois À la raUomer et à rame- « lier sur cette fidèle Vendée les malheurs qui défà furent « le prix de son dévouement à notre cause. Mais puisque « Ton nous assure que , lassés d'être opprimés , les royalis- « tes se décident d'eux-mêmes à reprendre les armes;

' 27 Juillet 1806.

^HiBqo*fl8 iMiisk refit dlM, et qttîls deèlaîideRt anpiiM ) rieo ne m'empéchm d'aller les rqjoiiiâre. Je eombttttal à leur tête, je mourrai au milieu d'eux, et mon sang versé au champ d'honneur, abreuvant le sol de la patrie, rappellera du moins à la France qu'il existe des Bour* bons, et qu'ils sont encore dignes d'elle. Mon tleot Btanteuillet et toi , mon ami , tous partagerel mon sort : je ne vous ptaina pas. Tu seras edterré à mes cùléêi c'est un moyen très-bon pour couvrir ce que tu appelles ta responsabilité. Quant à ta proposition d'aller avant moi sonder le terrain et vérifier les faits , elle n'a pas lé sens oommtin , et tu me connois tamt pour être biéil sûr que je ne oonsentini jamais à ce que mon amis^ex* pose pour moi à un danger que je ne partagerois pas avM lui.

« Adieu ; je serai à Londres après-demain à cinq heures* J'irai passer la soirée chez ta belle-mère : nous causerons de tout cela« Embrasse ta femme et tes enl^ntsi Ja te quitte pour aller à tachasse. »

Lorsque l'usurpateur, dans rorgueil de la pros* périté, cherchoit à flétrir de grandes infortunes qu'il devoit lui-même connoître, rancienne face royale pouvoit-elle mieux repousser que par cette lettre les calomnies de la nouvelle dynastie? Quel est ici rhomme supérieur, ou de Buonaparte insul* tant publiquement les Bourbons dans sa proclamation aux provinces de l'ouest, ou du duc de Berry répondant, dans le secret de l'amitié, à des outrages si cruels et Si peu mérités? On peut dire que toute la mort de M*' le dluc de Berry est dans cette lettre généreuse et sul^llme*

L'entreprise n'eut pas lieu : sealement un soldat % envoyé à ia découverte , y perdit la vie. La fbrtune refusa à M^* le duc de Berry la mort de Charette, pour lui réserver celle de Henri IV : elle Youloit le traiter en roi.

Une autre fois des révoiatlonnaires subalternes dierchèrent à attirer M** le duc de Berry sur le continent. Ils racontolentqueles royalistesétolenl pt^ts à se soulever en Normandie, que la seule présence du prinee {Mroduiroit une révolution. I^ plége fut décourert ; le prince ne descendit point au rivage où sa tète avoit été mise à prix. Il s'est rencontré depuis un bomme qui a livré la tète do fils de France pour rien.

Quelque temps avant l'époque où Ton voulut sacrifier M^^ le duc de Berry ^ un étranger se présenta en Angleterre pour proposer aux Bourbons d'assassiner l'usurpateur. Il fout voir de quel air le prince de Condé reçoit cette propos!^ tkm, et comme il en écrit à Moi^sibub. » C2et « homme m'a proposé tout uniment, dit-il^ de nous « défoire de l'usurpateur par ie moyen le plus

■ Armand de Chateaubriand.

SUR LE DUC DE BERRY

eonrt. Je ne hd ai pas donné le temps de m'adierer les détails de son projet, et J'ai repoussé eette proposition avec horreur, en l'assurant ifaB M TOUS éties id, voos tstiet de même; que iioaB serions toujours les ennemis de celui qui s'est arrogé la puissance et le trône de notre roi , tant qn*il ne les lui rendroit pas ; que nous STions combattu cet usorpateu r à force ou verte , que MiB le combattrions encore si roccasifVn ^cû préaentéit) mais que Jamais nous n'emploierions de pareils moyens, qui ne pouvolent con* vcidr qu'à des Jacobins.^. Après cela J'ai dit ft rhoflime qui étoit venu , qu'il n'y aVoit que rcKcès de son sMe qui eût pu le porter à venir nous Mre une pareille proposition ; mais que ce qull avoit de mieux à faire étoit de repartir tout de suit», attendu que, s'il étoit arrêté, Je M le iMamerois pas, et que Je ne le pourrois qa'cB disant ee qu'il est venu faire. » Veilà les prunes que l'on avoit proscrits! Ces ■Nfeanx Fabrioîus ne font point étalage de leur giteéroaîté aopès du nouveau Pyrrhus : ils ne rawliBBe»t point qu'on le veut tuer ; ils se eoniment de chasser l'assassin, et de faire ainsi tforter son crime : leurs vertus sont pour Dieu ctton pour les hommes. On les Ignoreroit encore , m vntus , sans des lettres que le hasard a conserrées , el qui viennent longtemps après les dteovrir» Et qui repousse le premier l'idée d'un MSiaiiiHil sur Buonaparte? le grand'^père du duc r&ighiai!

Page 1