CHAPITRE Vm
Lrttifs da prioee et de la princesse. Madame la ducliesse de Berrj décrit les fetes i|u*on lui donne à Marseille et à
Paris, 10 mai 1810.
a Je profite , madame, du départ de madame la dudiesse t de Reggio , pour vous dire combien Tolre seconde lettre
■ m*a tooehé; celle lettre que vous m'avex écrite en sor- « taal de la eéréoMwie par laquelle vous avez confié votre « destinée entra mes mains. Je suis chargé de fotre bon- • hev, et ce sera la douce et constante occupation de ma « Tie. J*al vu avec peine le retard de votre départ de Na- « pies : la quarantaine que vous serez obligée de faire,
■ qaojqo'elie ioit abrégée autant qœ possible y me fiiit pré-
sumer que ce ne sera que dans les premiers Jours du mois prochain que J*aurai le bonheur de vous voir. Que je regrette de n'avoir pas pu aller à Naples moi-même vous chercher! Mais il faut nous soumettre aux volontés de nos parents ; et , premiers sujets , nous devons l'exemple de Tobéissauce. Toute la France vous attend avec U plus vive impatience , et moi plus que personne. Je vous recommande madame la duchesse de Reggio , qui, malgré sa foiblesse , a touIu partir. Elle se trouve bien heureuse de pouvoir se rendre à son devoir auprès de vous. « Adieu , madame; je suis impatient de recevoir une lettre de Votre Altesse royale , datée de France. Le vent qui souffle avec violence me fait trembler.
« CBARLES-FERniHAHU. »
Du laiaret de Marseille, Se mai 1816.
<t Vos aimables lettres , monseigneur, m'ont déjà liabi- « tuée à votre intérêt. Je dois à Votre Altesse royale de <i rinformer, avec la confiance qu'elle m'inspire , de tout « ce que je fais ici , et d'abord de ma santé qui est très- « bonne. Je me lève assez tard , parce que j'aime à dormir « le matin; ainsi je n'entends la messe que de neuf à dix « heures. Le bon duc d'Havre prend la peine de venir de « bien loin pour y assister, ainsi que le préfet, M. de Vil- K leneuve-Bargemont, M. de Montgrand, maire, et les dé- « pûtes de la santé, lorsque les affaires publiques le leiur « permettent. Ainsi ils viennent me voir à une distance « itè&-respec(ueuse qu'imposent les lois de la quarantaine. « Puis je me retire chez moi jusqu'au dîner, après lequel « je profite df l'excellente société de madame de la Fer- « ronnays ; c'est à son attachement pour Monseigneur que M je dois sans doute la preuve si touchante de son dévoue- « ment de venir s'enfermer avec moi. J'y suis bien sensi- « blc, comme à la demande qu'en At aussi madame la du- « chesse de Reggio. J'ai le plaisir de la voir au parloir avec « mesdames de Gontaut , de Bouille , et MM. de Lévis et de « Mesnard, et tous ceux que M. le duc d'Havre m'a pré- « sentes; c'est une occupation de raprès-dlner, avant « la promenade ou la pèche ; plaisirs que les intendants de « la 5anf^ m'ont procuré deux fois. Ils sont bien empressés « dTemployer tous les moyens d'adoucir ma retraite. Jeudi « passé j*ai fait une jolie promenade sur mer dans un très- « beau canot que M. le commandant de la marine a fait « venir de Toulon ; on a pu entrer dans le port ; et comme « il a paru que les bons habitants de Marseille ont été conte tenls que l'on ait trouvé ce moyen de me faire voir à R eux , j*ai demandé de renouveler la promenade anjoor- « d'hui si le temps le permet ; l'on m'a fait entendre aussi « plusieurs fois de la musique; enfin, monseigneur, Ton « n'omet rien de ce qui peutm'étre agréable. Je suis bien « reconnoissante, je vous assure, et voudrois le montrer « comme Je le sens ; mais je ne peux vaincre tout d'un « coup ma timidité. Mon âge et le i^eu d'occasions que j'ai N eues de parottre doivent me faire excuser par ceux qui « savent ces raisons ; les auti-es ne me jugent peut-être pas « avec tant d'indulgence. Je n'en serai affligée que par rap- « port à Votre Altesse royale à qui je voudrois faire éprou- « ver tous les genres de satisfaction. On doit me faire voir « Toulon ; je jouirai d'autant plus de ce plaisir que cetto « course n'est pas un retard, puisqu'elle ne fait qu'employer CI les jours de grAce que messieurs de la santé m'ont ao* « cordés ; c'est un arrangement de l'excellent duc d'Ha- « vré. Je n'écris pas aujourd'hui au roi notre oncle , ni à
to
MÉMOIRES
« Totre père» pour ae les pas fiitigoer; mais soyez assez
« bon pour être près d'eux Tinterprètc de mes senlimeals
« de respect et d^attacbetneut, ainsi que de ceux d*amitié
K à monseigneur le duc et à madame la ducbesse d'Angou-
« iéme. Il me tarde bien de faire partie de cette famille
« qui m*est déjà si cbère. Vous m*apprettdrez à lut plaire,
« monseigneur ; tous me direz bien franchement tout ce
* que je dois faire pour cela « et surtout pour mériter Totre
% tendresse.
K Caroline. »
Paris, 26 mai 1816.
« Je ne puis vous exprimeri madame, combien je suis « lieureux d'apprendre votre arrivée à Marseille. J*aurois X biep voulu abréger l'enquyeuse quarantaine de Votre AI- « tesse royale, et je crains que vous ne trouviez le temps « bien long. Vous avez déjà gagné les cœurs de ceux qui « n'ont fait que vous entrevoir. Vous êtes déjà si aimée « en France I on désire tanl vous voir I Quand je sors à pré- « sent, Ton ne crie plus : vive le duc de Berry! mais, ce tt qui me fait bien plus de plaisir : vive la dttchesse de « Berry! vive la princesse Caroline,
« Je voudrois, madame, prévenir tous les désirs de « Votre Altesse royale , savoir ce qui pourroit lui plaira : « vous aurez ici une habitation charmante, que toute b « famille s'occupe à arranger. Vous aimez à oumter à che- « val ; je vous cherche des chevaux bien sages. Je sais que « vous ne craignez rien, mais moi j'ai peur pour vous. A fi propoa da courage, vous avez été en grand danger sur N mer, auprès de cette vilaine lie d'£lbe, d'où sont partis « tous nos maux l'année dernière. Cela m'a* fait trembler; « mais j'ai aimé à apprendre que vous n'aviez pas éprouvé « la moindre frayeur. Le sang de Henri IV et de Louis XiV « ne s'est pas démentj.
« Adieu, madame et bien chère amie, ma bonne et ai- « mable femme; en attendant le 15 de juin qui est encore si « loin, je veux vous répéter que je vous aime, et que je fe- « rai tout ce qui sera en moi pour vous rendre heureuse. »
R Charles-Feiioinai<d. »
Marseille» 2 juin isie.
K Quel plaisir pour moi , mongeigneur, de recevoir à cinq jours de date vos lettres très-aimables , mais aussi écrites trop rapidement! Permetlez-moi d'en faire uo petit reproclie à Votie Altesse royale. Vous m'excuserez, puisque vous m'assurez que vous désirez me donner toutes sortes de bonheur, et que vous retardez celui que j'ai à vous lire par l'étude qu'il faut que je fj^sse de votre écriture. KaUen pas d'après cela me juger difiicile et git)ndeuse.
« Je suis arrivée hier soir de Toulon, où tous mes mstants ont été employés à recevoir des hommages, des fêtes sur terre et s«ir iqer. La ville entière étoit parée, décorée d'emblèmes, d'ipscriptions aUégoriques. 11 est impossible de décrire Tenthousiasme de ces bons habitanU de Provence, ils me gâtent ; ils touchent sensiblement poon cœur par les expressions répétées de leur annour pour le roi et pour toute sa famille. Ils ont en même temps la délicatesse de joindre des acclamations pour mes parents de Naples ; cela n'estil pas charmant.' Toutes les autorités sont excellentes , au dire général ; ce sont bien elles qui soutiennent ce bon esprit. J'ai vu avec plaisir ce brave Ropsse de Toulon, le seul qui ait fait reconnotlre lA)uis XVn, et qui continue, par un entier et désinté-
« ressé dévouement, à se rendre atSe à aon pays et à son
« roi.
« L'on m*a conduite dans les arsenaux. Celui de terre, « qui n'exjstoit pas il y a quatre mois, est quintenaot en « état d'armer plus de trente mille honunes. Qn le doit à « l'acUvilé infatigable du colonel qui en est chargé, dont « le nom est M. de Laferrière. £n tput, ce petit voyage m'a « intéressée. Nulle part, je crois, on ne peut prendre une « idée plus juste des moyens et de la grandeur de la France « qu'en visitant ce beau port. S'il a fait cet effet svr moi, « qui n'y entends rien, que doit-il produire sur les perMU- « nés qui OQl desconnoissanoes? C'est dans treize jours, « monseigneur, que je vous verrai ; que je jugerai par moi- « même de tout le bien que f entends dire de votre cœur, « de votre esprit, et que )e vous répéterai que je sois et « serai pour la vie votre fidèle et affectionnée
« Caromnb. »
Paris, ai mal isie,
« Li prince de Castelcicala m'aremis hier, madameetbJgn
« chère amie, des lettres pour vous de vos diers parents;
« je ne perds pas un instant pour vous les envoyer. J'ai
« encore reçu aujourd'hui des nouvelles de Marseille, du « sa ; Je sais que TOUS enchantez tout ce qui TOUS entooie,
« et tout ce qui peut vous apeicevoir. Votie pimnenade
« en bateau a eu un grand succès, et sfirtout |a promesse
« que vous avez faite de la renouveler. Je ne vous écrirai pas
« aujourd'hui une longue lettre, en ayant tant à vous en-
« voyer qui doivent vous intéresser davantage. Je m'eo
« cupe de vous chercher des chevauv , et J'espère m trpn-
« ver qui vous conviennent. Nous avqos 4t^ voir Ui corbeille
« que le roi vous donne , et J'espère que vous en serez con-
« tente. Il y a surtout une robe de bal que je serai charmé
« de ^ous voir porter. Mon père rassemble votre biblio-
« thèque; mon frère et sa femae ornent votre chambre;
« chacun de )iqi|S ae fiiit un si doux plaisir de vous être
« agréable ! £t qui le désire plus que celui qui vous est déjà
« uni par les liens les plus sacrés? Je suis toujours effraya
« de mes trente-huit ans; Je sais qu'à dix-sept Je troovois
« ceux qui approchoient de la quarantaine bien vieui. Je
« ne me flatte pas de vous inspirer de Tamour, mais bise
« ce sentiment si |endre plus fort que l'amitié t cette douce
n confiance qui doit venir de l'amitié même. Je vois que
« je ne finis pas, et que vous avez toutes vos lettres à lire.
«t Adieu ; encore quhize grands Jours. Je baise les mains de
n ma ANnme comme je l'aime.
« CwAauta-FanmNOf >*
Paria,4Juhi isit.
« J'ai reçu hier, madame et bien chère amie , votre bonne et aimable lettre du 27. Tout le moqde dit beaucoup de bien de vous; mais je juge encore plus de ee que vous valez |)ar vos lettres, où je trouve tout ce qui est ^^ pour me charmer. Vous me demandez de vous donner des conseils ; je vous dirai tout ce que je croirai vous être utile. Vous vous plaignez de votre timidité; eDe sied à votre àg^ , et vous savez y mêler la bonté el la noblesse. Vous êtes entourée de l'amour des habitants du Midi, qui sont bien bons. Vous êtes un présage de bonheur peur la France, et la terreur des factieux '.
« CQARLES-FCROIÏtAFfD. »
* Lottvel Ta bien prouvé.