‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 54 sur 279 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Arrivée da rot. Le iiriiioe demande la grâee de soo aMasite.

La fbule s'étoit écoulée du spectacle : le plaisir avoit cédé la place à la douleur. Les rues deve* noient désertes : le silence croissoit; on n'entendoit plus que le brait des gardes et celui de l'ar- -rivée des personnes de la cour : les unes , surprises au milieu des plaisirs , accoun^ent en habit de fête ; les autres , réveillées au milieu de la nuit , se présentoient dans le plas grand désordre. Çà et là se glissoient quelques obscurs amis des Bourbons qu'on ne voit point dans les temps de la prospérité , et qui se retrouvent , on ne sait comment, au Jour du malheur. Les passages conduisant À Tappartement du prince étoient remplis;

on se pressait à ees mêmes portes oà roiiB*étoaft pour rire on pour pleorar aux fictions de la scène. On cherchoit à découvrir quelque chose lorsqueles portes venoient à s'ouvrir; ODinterrogeoitsel voisins, et, par des nouvelles subitement affl^ roées, subitement démenties, od passolt de la crainte à i'espénnee, de l'espérance au déses* pour.

Tr<ris buUethisavolentété portés aux Tuileries. A dnq heures le roi arriva; on Tavc^ toujoois rassuré sur la position du prince. Le mourant, qui avoit entendu le bruit des chevaux dans la me , parut revivre. Le roi entra. « Mon oncle , dit « aussitôt M^ le duc de Beny , donnez*moi votre « main, que Je la baise pour la dernière ftris. > Le roi s'avança : son visage exprimoit cette ma* jestueuse douleur que ressentit Louis XIV lorsqu'il vit l'espoir de la monardiie reposer sur la tète d'un enfant. Il donna sa main à baiser à son neveu, et baisa lui-même celle du prince infortuné. Alors M^ le ducde Beny dit au roi : « Mon « oncle, je vous demande la grâce de la vie de « l'homme. >> Le roi, profondément ému, répondit : « Mon neveu , vous n'êtes pas aussi mal que « vous le pensez; nous en reparlerons. » — « Le « roi ne dit pas aui, reprit le prince en insistant. « Grâce au moins pour la vie de l'homme , afin que « je meure tranquille ! »

Revenant encore sur le même sujet , il disdt : « La grâce de la vie de cet homme eât pourtant « adouci mes derniers moments. » Enfin , lorsqu'il ne pouvoit déjà parler que d'une voix entrecoupée, et en mettant un long intervalle entre diaque mot, on l'entendoit dire : « Du moins, si « j'emportois ridée... que lesangd'un homme...ne « coulera pas pour moi après ma mort.... »

Le roi demandaen latin à M. Dupuytren ce qu'il pensoit de l'état du prince. M. Dupuytren fit un signe qui ne laissa au monarque aucune espérance.

M^ le duc de Berry avoit pourtant rassemblé le reste de ses forces sous les yeux du chef de son auguste maison. Le pouls s'étoit ranimé , la parole étoit plus libre , rétouffement moins violent. Le prince s*inquiéta du mal qu'il avoit pu faire au roi en troublant son s(Mnmeil. Il le supplia de s'aller coucher. « Mon enfant, répondit le roi i « j'ai fait ma nuit; il est cinq heures. Je ne vous « quitterai plus. » Le Jour en effet étoit venu pour éclairer un si beau trépas : le prince alloit se réveiller parmi les anges, an moment où, psnni

SUR L£ DUC DE BERRY

kêhfmaoeSy il avoit aecoutumé de sortir da som-

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