‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 55 sur 279 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

MHfoir 4e wiitiifi U dueiicMe deBerry. Mort dn priooe.

If ooseigneor ne 8*étoit point abusé sur le soulagement apporté À son état par la vertu de cette présoxx du roi, qui ranime toujours un cœur Uranons. Il sentit approcher une défaillance, et et : « Cc6t ma un. >

Madame la duchesse de Berry , qui depuis si faagteinpi faisoit violence à sa douleur, la laissa aifia édater. « Ses sanglots me tuent , s'écria le t priooe ;eiDffiene2-la, mon père! » On entraîna h priocetse dans le cabinet voisin. Toutes les dimcsattacbéesàsa maison, madaraela duchesse de Reggio , madame la comtesse de Béthisy , maàame la comtesse d*Hautefort , madame la comtesse de Noailles, madame la comtesse de Bouille, madame la vicomtesse de Gontaut , Tenvironnè- ROt '. La princesse fut un peu soulagée par ses IttOMS : die promit de ne plus pleurer, et rentra dans l'appartement du prince.

Si, daas quelque partie de l'Europe civilisée, «eût demandé à un homme un peu accoutumé m dMses de la vie ce que faisoit à cette heure la lamiile royale de France , il eût répondu sans doite qu'elle éUnt plongée dans le sommeil au Jbod de ses palais, ou que, surprise par une révolatioD, elle étoit entraînée au milieu d'un peuple éna. fioa : tout ce peuple dormoit sous la pidede soD roi, et le roi veitloit seul avec sa i^lle! Après tant de scènes produites par la révolutioB , nul n'aurait imaginé d'aller chercher tott IcsBourbons réunis , au lever de l'aube , dans ■KttUe de spectacle déserte, autour du lit de kar denier fils assassiné. Heureux l'homme %DOfé do monde, qui se réveille dans une chau- Bttàe, au milieu de ses enfants que ne poursuit point la haine , et dont aucun ne manque aux emkHKments paternels 1 A quel prix faut-il mainteaaot acheter les couronnes ? et qu'est-ce aujourdlrai qu'un empire?

Tout espoir s'évanouissoit ; les symptômes les phisalarmantsétolent revenus. Le découragement

' VtduBeUiawrqiiisedeGoiirgne, absettte pour eioiedcmas*eM pM aNMolée de D*«voir pu se troaver à cette

de désolatioD. Vue petite-fille de M. de Maleshert)e8

élaii appelée ocMBne de plcta droit «a iioaTpaa deuU de la

iniHc rojaJe.

IVoai ne devooi pas oublier de nommer madame de Wal.

^*K« qii, avec les aatm femmei de madane la duchesse

^la>7, éiott aoooorae auprès de la princesse.

des médecins étoit visible : la mort arrivoit. Le prince demanda à être changé de côté; les médecins s'y opposèrent]; le prince insista. On l'entendit prononcer à voix basse ces derniers mots : « Vierge sainte , faites-moi miséricorde. » Il ajouta quelques autres paroles qui se sont perdues dans la tombe. Alors on le tourna sur le côté gauche, selon son désir : dans un instant les facultés intellectuelles s'évanouirent. Mo?isieub parvint à arracher une seconde fois sa fille à l'horreur de ce dernier moment.

Hors de la présence de son mari, elle se livra au plus efTrayant désespoir. S'adressant à madame la vicomtesse de Gontaut, elle s'écrioit : « Madame, je vous recommande ma fille; puis- « que mon mari est mort , je veux mourir. » Tout à coup , échappant aux bras qui la retiennent, elle rentre dans la chambre de deuil , renverse tout sur son passage , arrive au boi*d de la couche , pousse un cri, et se jette échevelée sur le corps de son mari : M^ le duc de Berry venoit d'expirer! On présente en vain à la bouche du prince le verre qui couvrait la tabatière du rai , la vapeur de la vie ne parut point sur le verre, le souffle que l'on cherclioit étoit retourné à Dieu. Tout tombe ^genoux; des sanglots et des prières s'élèvent vers le ciel. Le bruit des larmes se communique au dehors, et un murmure de douleur s'étend de proche en proche dans la foule qui environnoit l'appartement du prince.

A cette clameur succède un morne effroi. Le silence de la mort semble un moment se communiquer à ceux qui environnoient le lit funèbre ; madame la duchesse de Berry le rompt la première. Elleseiève, se tourne vers le rai, et lui dit :« Sire, « j'ai une grâce à requérir de Votre Majesté; elle n ne me la refusera pas. » Le rai écoute. Dans l'égarement de sa douleur elle ajoute : «Je vous « demande la permission de retourner en Sicile ; « je ne puis plus vivre ici après la mort de mon mari. » Le roi cherche à la calmer : on la porte dans son carrosse, à moitié évanouie, et on la dépose dans son palais solitaire.

Les princes prièrent alors le roi de s'éloigner. « Je ne crains pas le spectacle de la mort, reprit « le monarque : j'ai un dernier devoir a rendre à « mon ills. » Appuyé sur le bras de M. Dupuytren | il s'approche du lit, ferme les yeux et la bouche du prince, lui baise la main, et se retire sans proférer une seule parole. Chacun s'éloigne en sifence, comme s'il eût craint de réveiller leflM

MÉMOIRES

de France endormi. M. Bougon demeura^ à la garde du corps. « J'allai trouver à rflôtel-Dieu, « dit M. Dupuytren, d*aQtres afQlctions etd*au- • très souffrances; mais du moins celles-là étoient « dans Tordre de la nature '. »

Lorsque Ton fit l'ouverture du corps , on reconnut que le cœur même avoit été blessé : le prince auroit dû mourir sous le coup; de sorte qu'on peut dire que Dieu le fit vivre pendant quelques heures par un miracle , afin de nous le faire eonnottre et de donner au monde une des plus belles leçons qu'il ait Jamais reçues.

Un fils de saint Louis, dernier rejeton de la branche aînée de sa famille , échappe aux traverses d'un long exil, et revient dans sa patrie; il commence à goûter le bonheur ; il se flatte de se voir renaître , de voir renaître en même temps la monarchie dans les enfants que Dieu lui promet : tout à coup il est frappé au milieu de ses espérances, presque dans les bras de sa femme. Il va mourir, et il n'est pas plein dejours ! Ne pourroitil accuser le ciel, lui demander pourquoi il le traite avec tant de rigueur? Ah! qu'il lui eût été pardonnable de se plaindre de sa destinée! car, enfin, quel mal faisoit-iL? Il vivoit familièrement au milieu de nous dans une simplicité [Murfaite ; il se méloit à nos plaisirs et soulageoit nos douleurs; il ne nous prioit, pour récompense de ses bienfaits , que de le laisser vivre obscur, en attendant qu'il devint notre grand roi et notre bon maître. Déjà six de ses parents avoient péri; pourquoi l'égorger encore , le rechercher, lui innocent , lui si loin du trône , vingt-sept ans après la mort de Louis XYI ? Connoissons mieux le cœur d'un Bourbon ! Ce cœur, tout percé du poignard qu'il étoit, n'a pu trouver contre nous un seul murmure : pas un regret de la vie , pas une parole amère, ne sont échappés à ce prince. Époux, fils , père et frère , en proie à toutes les angoisses de l'âme , à toutes les souffrances du corps , il ne cesse de demander la grâce de l'homme qu'il n'appelle pas même son assassin! Le caractère le plus impétueux devient tout à coup le caractère le plus doux. C'est un homme plein de passions, attaché à l'existence par tous les liens du cœur; c'est un prince dans la fleur de l'âge ; c'est l'héritier du plus beau royaume de la terre qui expire, et vous diriez que c'est un infortuné qui ne perd rien ici-bas. Le prodige est partout : l'âme est pour ainsi dire transformée, et le corps, par la

' I note naoïncrite.

force de l'âme , semble vivre contre les lois de la nature. Depuis trente ans, les François se font moissonner sur les champs de bataille; la Pro* vidence vooloit opposer à ces sacrifices de l'hon* neur l'héroïsme d'un trépas chrétien : elle vouloit nous montrer, dans l'antique famille de nos rois , ce que c'étoit que ces anciennes morts des chevaliers dont nous avions perdu la traditioQ.

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