CHAPITRE Vin
Coniteraatfon de la Franœ'et de fEorope. Chapdles ankatai an Loorre et à Stiot-Deois.
Fatigué de danses et dejoie, Paris étolt plongé dans le sommeil. A mesure que ses habitants se réveillent, ils apprennent la nouvelle fatale. Le peuple fut instruit d'abord : sorti de sa demeure au lever du jour pour recommencer le cercle de ses misères, le premier malheur qu'il rencontra fut la mort d'un prince , père des pauvres , soutien des infortunés. On ne peut comparer la consternation qui se répandit dans Paris, et de là dans toute la France , qu'à celle que Ton remarqua le Jour de l'assassinat du duc d'Ënghien , avecèette différence qu'à la première époque la douleur publique étoit comprimée. Le corps de M^ le duc de Berry , porté chez M. le marquis d'Autichamp, gouverneur du Louvre , fut ensuite transféré dans une chapelle ardente, sous les voûtes de la même sdie où le corps de Henri IV avoit jadis été déposé. C'étoit aussi dans cette salle\iue l'industrie françoise offroit naguère à l'admiration publique ses chefs-d'œuvre , et c'est de là que la révolution venoità son tour étaler un de ses plus brillants ouvrages.
Plusieurs personnes moururent subitement en apprenant l'assassinat de M^ le duc de .Berry. Des prêtres tombèrent à l'autel ; et , jusque dans les pays étrangers, ces morts surnaturelles se renouvelèrent aux services funèbres du prince. Les rois pleurèrent sur leurs trûnes , et se crurent eux-mêmes frappés. De grandes princesses , counues par leur bienfhisance inépuisable , exprimèrent des regrets que Thlstoire doit consacrer.
17 mars 1830.
« Vous me dites avoir pensé à moi dès les pre- « miers moments du douloureux saisissement que « vous a causé la mort de M*' le duc de Berry. « Je vous assure qu'à peine cette horrible nouvelle « étoit venue me bouleverser que ma pensée vous « cberchoit. On éprouve dans ce moment-là le « besoin de s'adresser à tous ceux dont les senti*
SDR LE DUC DE BERRY
mentsetles opinions sont conformes aux nôtres. Cet horrible attentat , accompagné de toutes les drcoDSlances qui le rendent si déchirant , auroit éniQ toute âme sensible de la plus vive douleur, quand même il auroit été commis sur un homme obscur et indifférent; mais ici tout se réunit pour rendre ce malheur personnel à ceux qui aiment et désirent l*ordre et le bien. Il paroit dn mdns que, pour le moment , les suites n'en sont pas aussi funestes qu'il y avoit lieu de le craindre. Il parott que la masse de la nation a senti comme elle le devoit. Si ce moment pouvoit ouvrir les yeux , ébranler assez les cœurs pour inspirer l'horreur de ces opinions qui ont porté le monstre à commettre son crime , ce seroit un bien dans le mal. Espérons en Dieu , qui fait quelquefois naître le bien de ce qui noos parott être sans espoir. Qu'il protège cette intéressante duchesse de Berry , et la fasse heureusement accoucher d'un fils. Il y a plus de quinzejours que nous avons reçu cette nouvelle : mon imagination est à peine calmée sur l'horreur qu'elle m'a inspirée ; mais mon intérêt pour la fimûlle royale n'est pas refroidi. Je voudrois en avoir des nouvelles tous les Jours ; je recueille avec avidité tout ce que Je puis en apprendre ; et les détails , quoique naturellement aa peu confus , que vous me donnez dans votre lettre, n'en ont pas été moins précieux pour moi. Proâtez de toutes les occasions pour m'écrire , et donnez-mot tous les détails que vous pourrez rasKinbler sur cette fomille si malheureuse et si intéressante. »
TUbk et généreuse sollicitude ! Par uoecirconstanee touchante, celui qui s'est trouvé chargé tfaononeer le malheur de la famille royale sur ees bords lointains étoit l'ami , le compagnon de U^ le doc de Berry : il n'aura eu besoin que de laisser éclater sa propre douleur pour exprimer celle de la France.
DensPàris, les regretsdu peuple nesecalmoient |as: ilraoraitoit mille traits de la bonté du prince : iladrfSBoit au ciel des vœux pour lui. Une pauvre fannae mit en gage sa robe afin de faire dire nae messe pour le repos de l'âme du fils des rois. La bule ne oessoit d'assiéger le Louvre , de prier, de Jeter de Teau bénite sur le cercueil , de se piaiodre qu*on eût si tôt recouvert le visage du prince : elle auroit surtout voulu voir la blessure. Tassasanseul la regarda sans émotion : lorsqu'on k confronta aux restes sanglants de sa victime,
fi ne fit aucune réponse, ni par les yeux, ni par labouche, au cadavre qui l'interrogeoit. L'athée, sachant qu'il alloit mourir, espéroit dormir en paix avec son crime : le néant est quelque chose à celui pour qui Dieu n'est rien.
La dépouille mortelle de l'héritier de nos monarques étant portée à Saint-Denis, les classes du peuple les plus pauvres , des honuneset des femmes dans les lambeaux de la misère, se mêlèrent au cortège. La confrérie des charbonniers marchoit au milieu des officiers et des soldats , ce qui mérita à ces représentants de la douleur populaire l'honneur d*une place marquée aux funérailles. Dans les villages où passa le convoi , les chemins avoient été balayés , les murs des chaumières tapissés de ce que les habitants possédoient de plus précieux. Tout le temps que dura la chapelle ardente à Saint-Denis, on vit accourir les députés des villes et des hameaux voisins, pour rendre hommage au fils de France décédé. L'église étoit incessamment remplie de paysans et de gens du peuple; des enfants y vinrent avec leurs maîtres; on y vit même de grands criminels : autour de ce cercueil, l'innocence pleuroit comme le repentir. Toutes les provinces du royaume exprimèrent leurs regrets dans des adresses. Il n'y avoit rien de prévu , rien de préparé, rien de concerté dans ce deuil général : c'étoit la France entière qui gémissoit.