PIÈGES JUSTIFICATIVES
ces. A b première couchée » un genUDioiniiie coorUaiâois , M. de ZoziT, ne voulut pas laisser descendre le roi à fauberge, et le reçut dans son chAteau. Cet accueil fait d'autant plus d'honneur à ce gentilhomme, qu'il pouvoit craindre que sa démarche ne déplût à la cour. A la seconde Journée on coucha dans un cabaret 11 y avoit au moins quatre-vingts paysans rassemblés dans une grande pièce, qui faisolt à peu près toute la maison. Cette société, le bruit, l'odeur de l'eau-de-Tie et du tabac, firent de cette nuit un supplice. Madaiic coucha dans une espèce de four^ nil mal dos , où l'inquiétude l'empêcha de reposer. Quand on lui parla de sa situation : « Je ne suis point k plaindre, « dtsoit rexcellente princesse, je ne souffre que des mal- * heureux que je yois autour de moi. »
Tout ce voyage fut très-pénible dans une telle saison et dans un tel climat. Le froid , le vent , la neige , étoient d'autant plus difficiles à supporter, que la suite du roi B'avoit pas de vêtements préparés pour une telle circonstance. Les gens qui étoient sur les sièges des voitures souffirirent surtout infinUnent; et cependant aucun ne le fit parottre , de crainte d'augmenter le diagrin des maîtres les plus sensibles, et déjà si fort affectés. Tous ceux qui entouroient le roi étoient soutenus et consolés par sa force d'Ame. « Je suis bien loin de désirer qu'on me plaigne , » écrivoit au moment même de cette fuite , et au milieu de tant de souffrances et d'mquiétndes , le loyal et brave officier qui nous a donné ces détails; « ma position est si m digne d'envie, que je ne puis même la concevoir ; c'est un m. rêve. Mon Âme est brisée de tous les sentiments qu'elle « éprouve. Je vois souffrir les êtres les plus parfoits, et <i dont le monde n'est pas digne ; mais je vois de près leurs « vertus , j'admire leur noble constance, Je jouis d'être cou- <t liniicllement auprès d'eux. Supérieurs aux coups de l'ad- « versité, leur courage semble s'accroître à raison de leur « infortune. » Tels étoient les sentiments qu'au comble du malheur inspiroient le roi et M.u)iuiE. Le troisième jour il fallut faire une lieue à pied , par le froid le plus Apre et un vent qui coopoit le visage; on se frayoit un chemin dans la neige, qui avoit dix pouces de hauteur. MAnAHB prit le bras de l'abbé Edgeworth, et madame de Sérent celui de M. Hardouineau. Cette dame très-délicate soufTroit beaucoup , quoique le roi lui eût donné sa pelisse : dans cet état , ni le roi ni Madame ne perdirent rien de leur sérénité. La journée finit par un gtte encore plus mauvais que celui de la veille. Le local en étoit fort étroit. Le roi partagea sa chambre, comme il l'avoit toujours (kit jusque-lA, avec l'abbé Edgeworth et le comte d'Avaray , et Madame reçut dans la sienne madame de Sérent et deux femmes de chambre. Le quatrième jour le roi éprouva un moment de consolation dans l'excdlente réception que lui fit à déjeuner le baron de Sass, qui ne se démentit point pendant tout le temps que les François passèrent en Courlande, et qui leur rendit constamment , ainsi qu'au roi , tous les services de l'hôte le plus aimable et du gentilhomme le plus loyal. 11 avoit chez lui un émigré françois, À Fimitation de beaucoup de ses compatriotes, qui s'étoient empressés d'accueillir quelques-uns de ces honorables réfbglés.
On approchoit de la, frontière, et on n'étoit pas sans quelque inquiétude. Tout se passa tranquillement. La garde russe prit même les armes, et rendit les honneurs au roi. Le 26 janvier. Sa Majesté coucha à Kimmersatt, premier poste prussien, oii elle fut très-mal. C'est là qu'elle quitta ses ordres, et qu'elle dit aux personnes de sa suite
dequitteran8slleiirsdécoratkMi8.EIle|iritl'i]9C09]i<A)mi le nom de comte de Lille, et Madame sous celui de muquise de la Meilleraye. Le 27, le roi arriva à Memel : il y fut bieh reçu , quoiqu'il n'y eût encore aucun ordre de la cour. On offrit même de ftire rendre les honneurs au roi ; le doc de Fleury les refusa. M. de Thumen, commandant militaire, montra le désir de Uàre quelque chose d'agiéable au roi, et M. Loreck, consul deDanenuurck, justifia pariei soins U répulatioD que d^à lui avoient acquise ses bons procédés envers les émigrés. Aux lettres qui furent écrites à la cour de Prusse par le roi ou par son nûnistre, Mabaib en joignit une pour la rehie, femme de FrédéricOuiOauine. Cette lettre respirolt toute la sensibilité et la graodeor d'Ame de la princesse. Elle y disoit, en parlant de na onde : « il est plus d'une voix qui du haut du cid me crie a qu'il est tout pour moi , qu'il me tient lieu de tout ce qm « j'ai perdu , que je ne dois Jamais l'abandonner. Ausiij'y « serai fidèle, et la mort seule m'en séparera. » La cour de Prusse consentit à recevoir Sa Mi^té, et la ville de Varsovie fut désignée pour sa résidence.
Le roi s'étolt proposé de partir le 9 février, quand doq gardes du corps arrivèrent de Miltau , le 8 an soir. On leur avoit assigné l'ordre de partir dans les quaranle^ait heores. On peut se figurer l'effet que produisit sur eux cette nosvelle. Mal fournis d'argent et d'habits, un voyage an«i prédpité , dans une saison rigoureuse , les exposoil à périr de besom et de firoid. Le roi suspendit son départ pour attendre ces fidèles serviteurs, les voir, les consoler, et tâcher de leur procuro' des secours. Il manda les dnq gardes du corps déjà arrivés , et leur parlant avec l'intérêt le plus tendre : « J'éprouve, messieurs, leur dit^l, ooe « grande consolation à vous voir); mais elle est mêlée d'osé « douleur bien amère. La Providence m'éproure depois « bien longtemps et de bien des manières, et celle<i n'est « pas une des moins cruelles (ici le roi ne put retenir set larmes, les premières que Je lui ai vu verser, dit l'aatear de ce récit) ; « j'espère qu'elle viendra à mon secoors. Si « le courage m'abandonnoit, le vôtre, messieurs, le son* « tiendroit Vous me voyez (montrant le côté gauche de sa « poitrme dépouillé de ses décorations ) , je ne peux même « porter un ordre. Je n'ai plus que des conseils à tous « donner. Le meilleur est de filer sur Kœnigsberg pour ne 4 point s'encombrer ici , y porter ombrage , et pour parera « tous les inconvénients qui en pourroient résulter. Je riens « de prendre les mesures pour vous faire arriver à Hsm* <t bourg, où chacun pourra prendre plus aisément un parti « ultérieur, m Les cmq vieillards ne purent entendre sans attendrissement ces paroles de bonté. Ils répondirent à beaucoup de questions que le roi leur fit sur eux et sor leurs camarades , et se relhrèrent pénétrés de reoonnoifisance. Les jours suivants, les autres gardes du corps furent présentés au roi à mesure qu'ils arrivoient. Le prince leor parla successivement à tous avec la même bonté , et t'informa de leurs besoms. Un d'eux , M. de Montlezun, ne pouvoit retenir ses larmes. « Mon ami , lui dit le roi en loi « prenant la main, quand on a le cœur pur, c'est au denier « terme de l'adversité qu'un François doit redoubler de « courage. >» Puis adressant la parole aux autres : « Mes- « sieurs, si mon courage m'abandonnoît , ce seroit ehei « vous que j'irois en reprendre et me retremper. » Ces g^ nérenx François méritoient en effet ces éloges d'un si boa Juge, et ces sentiments du meillear des maîtres. Tous i« trouvoient beureux de partager son tort» et mroîentéléi
LE BOI.EST MOBT : YIVB LE ROIt
fT
Mite, hmoBéê d'être àrabri do ooap qai le ft^poit Ce lerers D*a po abattre leur constaDoe. Les CmbaAm, de leur c6të, leur ont témoigné le plus vif iriétét GcBtilsboranies et bourgeois , tous leur ont fait les «ftts les plus alléetoeoses, et c'est ud deToIr pour nn flMçais de publier tout ce que la fidélité malbeoreose éUflMis celle droopstanoe , à .la généroeilé d'un peuple lopIdieBsible.
le rai ne borna point à des paroles sa sollicitude pour
m» gu<des du corps. H donna pour eux une somme consi-
éiaèk, en égard à sa situation. La marquise de la Meille-
fajc(llAB4MB) remit aussi au Ticomte d*Agoultcentdncats
^feteient être partagés entre les gardes du corps qui
CB iToicnt le plus de besoin : elle vouloit surtout ne pas
Ureionniée; mais comment se méprendre sur la source
An Id faienfint ? Le Ticomte d*Agoult partit de Koniigs-
hag, chHgé de fréler nn bâtiment , et de présider à l'em-
bvqaenentde ses malheureux compatriotes. Les finances
de ni l'épnîsant par la dépense exorbitante de cliaque
r, ]lAn4aE offrit à Sa Majesté la vente de ses diamants ,
qoi Ait acceptée à regret ; mais les circonstances ne
penaeltoient guère au roi de refuser. La princesse auto-
rin, par on acte exprès, madame la duchesse de Sérent à
fcnc le marché , pour servir, étoit-il dit dans Pacte , dans
wôtre commune détresse, à mon oncle ^ à ses fidèles
serviteurs, et à moi-même. Les diamants lurent déposés
le OQBsnl de Danemarck, qui fit ayancer deux mille
le prix de la vente.
Le 23 février, tonte la colonie de Mittau étant défilée, le
nîpiftii de Memel pour Kœnigsberg, où il arriva, sans
s'meier, le 34. Il n'y passa que peu de jours , et se remit
ai route , le 27, pour Varsovie. Dans ce tn^et , le 2 mars ,
h voitare du roi rersa dans un fossé en voulant éviter la
tHiwe d'une dame polonoise qui se croisoit sur la route.
lacaraoïotion fut très-forte ; une glace fut brisée , et BU-
tuB jetée sur Tautre côté de la voiture. Cependant per-
«nne ne fut blessé. Le roi n*eut d*autre ressource que de
rester sur le grand chemin k attendre les voitures qui soi-
laieBl. Il fiit pendant deux heures debout sur un morceau
de ilaee, poor éviter d'avoir les pieds dans l'eau!!! La
àme poloooise, désolée d*étre U cause, quoique inno-
eoÉe, de cet accident, voulut revenir coucher à Pultusk ,
âaÉLsan'éloit éloigné que d'une lieue , et fit monter dans
Il vritare noadame la marquise de la Meilleraye , et ma-
éane de Sévent Elle ne se donUnt point encore qui étoient
ces Toy^ageurB, et l'on peut juger de sa surprise, quand,
•nivée à Pultusk , elle apprit que c'étoit au roi de France
clan nièce que sa rencontre avoit été si flEUsheose. Le roi
te enfin atteint par la chaise de poste où étoit le doc de
Flevy avec PabbéEdgeworth. Elle n'avoit que deux places ;
Si X^jeslé y monta avec* son aumônier. Le duc de Fieury
et k comte d*Avaray montèrent sur le siège. Le roi couclia
iPalUiek, et y passa la journée du lendemain. II se mil en
Mrie, le 4 y avec Madame.
Le 6 mars , le roi passa la Ylstule, quoique couverte de fl^oni, et arriva heureusement à Varsovie. Le général r,8oavenieur de la ville , attendoit Sa Mijesté dans la Tassiliowitch, faubourg de Cracovie, que l'abbé ^■dré de la Marre lui avoit louée. Les personnes de la >a>le do roi le rejoignirent successivement; et le 2j mars, Ifer le duc d'Angoulème arriva de l'armée avec le comte l^^BMe de Damas. Pca de jours aprèa» on apprit la mort
de Paul V% airivée dans lanutt dn 23au 24 mars 1801. Il n'avoit pas survécu longtemps À ses procédés rigoureux envers on prince en qui ces mêmes procédés, comme on Ta vu par U lettre citée plus haut, n'avoient pofait eflhcé le souvenir d'anciens services. Le nouvel empereur de Russie s'empresKi d'ailleure de réparer les derniers torts de Paul à l'égard du roi. Il augmenta le traitement annuel promis à ce prince , et dans la suite il rappeki Louis XVllI dans ses États , et le reçut dans ce même chAteau deBIittau qui lui avoit déjà servi d'asile.
Fin DBS PIÈCES nJSTIFICATIVBS.