LE ROI EST MORT
causées. On Ta va , an mcMneot d'expirer, opposer à des maux qui auroient abattu toute autre âme que la sienne un calme qui sembloit imposer à la mort Depuis longtemps , il est donné au peuple le plus brave d'avoir à sa tète les princes qui meurent le mieux : par les exemples de l'histoire 9 on seroit autorisé à dire proverbialement : Mourir comme un Bourbon , pour exprimer tout ce qu*un homme peut mettre de magnanimité dans sa dernière heure,
Louis XVIII n'a point démenti cette intrépidité de ftimille. Après avoir reçu le saint viatique au milieu de sa cour, le fils atné de TÉglise a béni d'une main défaillante , mais avec un front serein , ce frère encore appelé à un lit funèbre , ce neveu qu'il nommoïi \eJUs de son choix, cette nièce , deux fois orpheline , et cette veuve , deux fois mère.
Cependant le peuple donnoit des signes non équivoques de sa douleur. Essentiellement monarchique et chrétien quand il est almndooné à lui-même, il environnoit le palais et remplissoit les églises; il recueilloit les moindres nouvelles avec avidité , lisolt , commentoit les bulletins , en y cherchant quelques lueurs d'espérance. Rien n'étoit touchant comme cette foule silencieuse qui parloit bas Autour du château des Tuileries , dans la crainte de troubler l'auguste malade : le roi mourant étoit pour ainsi dire veillé et gardé par son peuple.
Souvent oubliée dans la prospérité, mais toujours invoquée dans l'infortune, la religion augmentoit le respect et l'attendrissement général par sa sollicitude et par ses prières ; elle faisoit entendre devant l'image du Dieu vivant ce cantique d'Ézéchias que le génie françois a dérobé à l'inspiration des divines Écritures * , ce Domine salvumfac Regem que notre amour pour nos rois a rendu si populaire. Des larmes coulèrent de tous les yeux lorsqu'on vit passer les différents corps de la magistrature, se rendant à pied à Notre-Dame, afin d'implorer le ciel pour celui de qui toute justice émane en France. On remarquât surtout, à la tète de la première cour du royaume, le vieillard illustre qui, après avoir défendu la vie de Louis XVI au tribunal des hommes, alioit demander celle de Louis XVIII à un juge qui n'a Jamais condamné l'innocence.
Ce souverain Juge, en appelant au milieu de
* Le roi êdniralt parUcaUèrcmeiit oe etntfqiie, et m'a lOttYciit redit perooBor rode mbUme de RoQMeMi.
son repos notre roi souffrant, fatigué et rassasié
de Jours , se préparoit à prononcer sur lai une
. sentence de délivrance et non de condamnation.
Un évanouissement survenu le 1 4 fit croire que le roi avoit passé. Quand il reprit ses esprits, il parut sensible aux prières des agonisants que l'on récltoit au pied de sa couche. On lui amena les deux enfants de l'infortuné duc de Berry : il ne pou voit plus les voir, il ne poyvoit plus même étendre sur eux sa main paternelle ; mais on reconnoissoit , au mouvement de ses lèvres , que le vieux monarque mettoit sous la protection du ciel un berceau qu'il ne pouvoit plus protéger.
Enfin il a quitté la vie , au milieu de sa famille en larmes, le Jeudi 16 septembre, à quatre heures du matin , et il avoit annoncé qu'il mourroit ce Jour-là : il avoit mesuré le degré de ses forces avec ce peu d*estime pour la vie, cette liberté de conscience et ce sang-froid imperturbable qui ne permettent pas de se tromper. Bientôt il va descendre dansées souterrains, dont sa piété a commencé à repeupler les solitudes. Quand il arriva en France , il trouva le tombeau des rois désert et leur trône vide : restaurateur de toutes les légitimités , il a rendu , dans un partage fraternel, le premier à Louis XVI, et il laisse le second à Charles X.
François I celui qui vous annonça Louis le Désiré, qui vous fit entendre sa voix dans les Jours d'orage , vous parle aujourd'hui de Charles X dans des circonstances bien différentes : il n'est plus obligé de vous dire quel est le roi qui vous arrive , quels sont ses malheurs , ses vertus , ses droits au trône et à votre amour; il n'est plus obligé de vous raconter Jusqu'à l'âge de ce roi , de vous peindre sa personne , de vous apprendre combien il existe encore de membres de sa famille. Si la conscription ne dévore plus vos enflants; si Ton ne peut ni vous dépouiller, ni vous emprisonna arbitrairement; si vous êtes appelés à consentir l'impôt que vous donnez à l'État ; si vous êtes , par la Charte , un des peuples le plus libres de la terre , vous savez à qui vous devez tous ces biens : rendez-en grâces à Louis XVIII et à Charles X.
Vous l'avez vu depuis dix ans ce sujet fidèle, ce fk^re respectueux , ce père tendre si affligé dans un de ses fils, si consolé par l'autre I Vous le connoissez ce Bourbon qui vint le premier après nos malheurs, digne héraut de la vieille France, se Jeter entre vous et l'Europe, une branche de lis à la main 1 Vos yeux s'arrêtent avec amoar el
VIVE LE ROIl
comptolnnce sur ce prince qui , dans la maturité de rage, a conservé le charme et la noble élé« pnee de sa Jeonesse , et qui, maintenant orné dodiadème, n'est encore qu'un Fmnfoij déplus w miiieu de voms ! Vous répétez avez émotion tant de mots heureux échappés à ce nouveau mowqae, qui puise dans ia loyauté de son cœur hgricedebienâire!
Quel est cehii d*eatre nous qui ne lui confieroit Il fie^sa fortune, son honneur?Cet homme, que ao» voudrions tous avoir pour ami , nous l'avons nQOud'hni pour roi. Ah t tâchons de lui faire ou- Ucr les sacrifices de sa vie 1 Que la couronne pèse Icgèiement sur la tète blanchie de ce chevalier chrétien 1 Pieux comme saint Louis , affable , comptflaBant et justicier comme Louis XII , courtois «maie François I" , franc comme Henri IV , qu'i^ nit heureux de tout le bonheur qui lui a manqué padant si longues années ! Que le trône où tant de monarques ont rencontré des tempêtes soit |oar lui un lieu de repos t Nous sentons combien dans oe moment il lui est pénible de monter les degrés de œ trône pour y occuper la place d'un fière ; mais qu'il permette à de fidèles sujets qui R^eetent sa royale douleur, de chercher pourtat auprès de lui leur consolation et leurs plus ckèra espérances!
Saluons encore le Dauphin et la Dauphine ; annsqui lient le passé à l'avenir, en rappelant des souvenirs nobles et touchants, en désignant le propre fils et le successeur du monarque ; noms ions lesquels nous retrouvons le libérateur de rSipagne et la fille de Louis XVI I L Enfant de f Europe, le nouveau Henri , a fait aussi un pas imletrtoe de son aïeul, et sa jeune mère le fSàk vers le trône où elle auroit pu monter I
Nons, sujets dévoués , pressons-nous aux pieds de notre bien-aimé souverain; reconnoissons en U le modèle de l'honneur, le principe vivant de M» lois, réme de notre société monarchique; béisisoos une hérédité tutélalre, et que la légitimité enfante sans douleurs son nouveau roi !
Qne nos soldats élèvent sur leurs drapeaux le pôe du doc d'Angoulème I que l'Europe attentive, fse les factions , s'il en existe encore, voient dans raccord de tous les François, dans l'union du pcqAe et de l'armée , le gage de notre force et de kl paix du monde!
Dans rUstoire des rois de France, de leurs conronnes et de leurs maisons , les fêtes de Reims ^ trouvent placées auprès des pompes de Saint-
Denis. Ainsi , aux obsèques de Charles le Victo* rieux ' , tandis que deux serviteurs fidèles mou* roient subitement de douleur, au moment où le grand maître de Thôtel brisa son bâton , d'autres serviteurs, non moins attachés à la monarchie, préparoient déjà dans les trésors do même Saint- Denis les éperons d'or, les gantelets, la cotte d'armes, l'armet timbré, la tunique fleurdelisée , qui dévoient servir au couronnement de Louis, père du peuple : graves enseignements pour nos monarques, qui prennent sur un cercueil les attributs de la puissance.
Supplions humblement Charles X d'imiter ses aïeux : trente-deux souverainsde la troisième race ont reçu l'onction royale, c'est-à-dire tous les souverains de cette race, hormis Jean I*% qui mourut quatre jours après sa naissance, Louis XVII et Louis XVIII, qui furent visités de la royauté, l'un dans la tour du Temple, l'autre dans la terre étrangère. Tous ces monarques ont été sacrés à Beims; Henri IV seul le fût à Chartres , où l'on trouve encore dans les comptes de la ville une dépense de 9 francs pour une pièce mise au pourpoint du roi : c'étoit peut-être à l'endroit du coup d'épée que le Béamois reçut à la journée d'Aumale *.
L'usage étoit que le roi allât à Beims à cheval , à la tête de sa maison et de ses gardes. L'arche* vêque de Beims , premier pair ecclésiastique du royaume, faisoit les frais du sacre. Il représentoit par tradition un des quatre témoins du côté maternel, sur les douze témoins que le titre 58 de la |loi Salique exigeoit chez les Francs dans toutes les actions civiles et criminelles.
Lesparolesd'Adalbéron, archevêque de Beims, au svijel de la consécration de Hugues Capet,
* Quelques penonnes ont cm que Je prenoU id Charles VÎI pour Charles VIII : elles sont dans Terreur. Dans les vieux auteurs, Charles VIII est appelé le Fictorieux , et Charles VII U Conquérant. Ensuite ces surnoms , presque les mêmes , ont été oubliés ou confondus. Charles VIII est encore surnommé V Affable et le Courtois. J'aurols peut-être mieux fait d'employer oe surnom pour éviter toute équivoque.
' Je laisse ce paragraphe tel qu*ii est ; mais je dois dire qne Louis le Gros Ait sacré à Orléans. Henri IV et Louis le Gros ne furent point sacrés à Reims , le premier parce que Reims étoit encore entre les mains de la Ligue , et le second parce que déktx archevêques de Reims étoient en contestattoo pour le si^ de cette métropole. Il faut remarquer de plus que Louis le Gros avoit été associé au trône par son père Plii* lippe I*' , lequel av<rit été sacré à Reims , de sorte qne Looia le Gros fut, pour ainsi dire , couronné deux fois. Les syndics du diocèse de Reims vinrent protester à Orléans contre son sacre, prétendant que depuis CloYis l'archevêque de Reims étoit seul en possession du droit de couronner nos rois. U est donc constant que tous les rois de la raca capétienne ont été sacrés à Reims, sauf le très- petit nombce de ceux qui n'ont pu Têtn à cause d'empêcheiimiti ai^lciin.
A^ Dfi LA
sont eneore Traies aujourd'hui : > Le eourooue- « ment d*un roi des François , dit-il , est un inté- « rét public et non une affaire particulière : pu- • blica sitni hœc negotia, nonprivata '. » Que Charles X daigne peser ces mots qui s'appliquoient à Tauteur de sa race \ qu*en pleurant un frère il se souvienne qu*il est roi. Les Chambres ou les députés des Chambres qu'il peut appeler à Beims à sa suite, les magistrats qui grossiront son cortège , les soldats qui environneront sa personne , sentiront se fortifier en eux, par une imposante solennité , la foi religieuse et monarchique. Charles y II fit des chevaliers h son sacre; le premier roi chrétien des François reçut au sien le baptême avec quatre mille de ses compagnons d*armes : Charles X créera de môme à son couronnement plus d'un chevalier pour la défense de la cause légitime, et plus d'un François y recevra un nouveau baptême de fidélité.
C'est donc à Reims que le prince , objet de tant d'amour, comblera les vœux de ses peuples; que le prélat , en lui présentant la couronne de Cha^ iemagnci l'épée de l'État, le sceptre , Tanneau et la main de justice, adresse au ciel l'admirable prière réservée pour cette cérémonie : « Dieu , qui « par tes vertus conseilles tes peuples, donne à « celui-ci , ton serviteur, l'esprit de ta sapience I « Qu'en ses jours naisse à tous équité et justice : « aux amis secours, aux ennemis ol)stacle, aux « affiigés consolation , aux élevés correction , aux « riches enseignement , aux indigents pitié, aux « pèlerins hospitalité, aux pauvres sujets paix et « sûreté en la patrie 1 Qu'il apprenne (le roi) à « se commander sol-même , à modérément gou- « vemer un chacun, selon son état, afin, ô Sei- « gneor ! qu'il puisse donner atout lepeupleexem- « pie de vie à toi agréable \ »
Cette prière sera suiviedu serment du royaume, prêté sur le livre des Évangiles : dans les temps primitifs nos rois le piononçoient en françois, et dans les temps postérieurs en latin. Ils 8*obUgeoient par ce serment à trois choses : A maintenir lapais de rÉglise, à défendre toute rapine ^ à commander dans tous jugements équité et miséricorde '. On introduisit dans le treizième siècle une clause tirée d'une constitution du eoneile de Latran , qui n'est plus en harmonie avec nos mœurs, ni d'accord avec les lois qui
« FumOABD.
' DuTlUJEf.
' JÎWSI*
VENDËE.
nous régissent Nos derniers rois pronooçoieot aussi des serments relatifs aux ordres du Saiot* Esprit et de Saint-Louis; et depuis le règne de Louis XIY, ils s'engageoient à poursuivre leg duels, sans jamais faire grâce aux duellistes.
Comme souvenir des premières assemblées de la nation, on demandoit aux grands et au peuple témoins du couronnement du souverain, s'U f avoit âme qui voulût contredire \ On làchoit ensuite des oiseaux dans l'église , toutes les portée ouvertes : image naïve de la liberté des François. Notre c(Mistitutioii actuelle n'est que le texte rajeuni du code de nos vieilles franchises*
C'est cette constitution que les soccesseurs de Louis XYIII devront désormais jurer de maintenir dans la solennité de leur sacre * , en ajoutant ce serment de Ut monarehie nouvelle au sermeai de l'ancienne monarchie. Ainsi Charles X, après avoir reçu le complément de sa puissance dei mains de la religion , parottra plus auguste encore, en sortant, consacré par Tonction sainte, des fontaines où toi régénéré Clovis.
C'est une chose dont les eoméquenees sont 1» ménaesanjourdliui pour notre patrie , et dans les cireonstaiwes actuelles, qu'un moaarquemounnt au milieu de ses sqjels, et transmettant son héritage à son successeur. Le dernier événement de cette nature date de cinquante années , car on ne peut pas compter l'Immolation de Louis XVI. L'holocauste du roi martyr ne Ait suivi ni d'one pompe funéraire ni d'un sacre ; un nouveau r^ ne commença point au i^ed des autels ; et il y est en France quelque chose de ces ténèbres qui con* vrirent Jérusalem à la mort do Juste.
Que Dieu accorde à Louis XVill la cooroane immortelle de saint Louis 1 que Dieu bénisse sur la tète de Charles X la couronne mortelle de saint Louis!