‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 7 sur 279 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Traits de Tenfanoe da prince.

Les deux frères montrèreiit des inclinations différentes : M^ le duc d'Angouiéme avoit un penchant décidé pour les sciences, M^*^ le duc de Berry pour les arts. Celui-ci offi*oit comme un mélange de l'esprit des Bourbons et des Valois : par sa mère et par ses aïeules, il tenoit quelque chose du génie de l'Italie.

On raconte mille traits ingénieux de son enfance. Il étoit fougueux comme l'élève de Fénelon, mais plein de saillies d'esprit et d'effusions de cœur. « Si fut enfant plaisant de visage, et as- « sez coulouré. Si estoit avenant, Joyeux en tous «« ses iufantibles faicts '. » On lut un jour au petit prince quelques scènes du Misanthrope ; le lendemain un des maîtres composa une fable : la morale de cette fable étoit que M^ le duc de Berry n'apprenoit rien , et ne se souvenoit point de ses lectures. Le maître , ayant fini , demanda à Son Altesse Royale ce qu'elle pensoit de ce morceau. L'enfant repartit brusquement :

« Franchement, il est Um à meUre au cabinet. »

Un M. Rochon, maître d'écriture des jeunes princes, avoit éprouvé une perte considérable causée par un incendie. M^ le duc de Berry pria son gouverneur de lui donner vingt-cinq louis pour le pauvre Rochon. M. le duc de Sérent y consentit, mais à condition que le prince satisferoit son maître pendant quinze jours, sans lui parler des vingt-cinq louis. Voilà Monseigneur à l'ouvrage : il trace de grandes lettres, le moins de travers possible. Rochons'émerveilleacechan* gement subit , et ne cesse d'applaudir à son élève. Les quinze Jours se passent : M^ le duc de Berry reçoit les vingt-cinq louis, et les porte triomphant à Rochon. Celui-ci , ne sachant si le gouverneur consentoit à cette générosité, refuse de recevoir

» Mémoirei de BoHcicavt, x

SUR LE DUC DE BEURY

rargent. Uenfiint insiste; le maître se défend. Llmpatience saisit le Jeune prince, qui s^écrie en jetant les vingt-cinq louis sur la table : « Prenezc les; ils m'ont coûté assez cher : c*est pour cela • qae j'écris si bien depuis quinze jours ! »

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