CHAPITRE IV
Naissance et enfance de monseigneur le dac de Berry.
La France pleurera longtemps M^ le duc de Berry ; elle peut dire de lui ce que Plutarque dit de Philopœroen par rapport à la Grèce : < La « Grèce Faima singulièrement comme le dernier « homme de vertus qu^elle eût porté dans sa vieil- A lesse. » Il naquit à Versailles le 24 Janvier 1778. Il eut pour père Charles-Philippe de France , comte d'Artois , aiyourd'hui Monsibub, fi'ère du roi, et pour mère Marie-Thérèse de Savoie. Son frère aîné, Louis-Antoine de France, duc d'Angouiéme , étoit né à Versailles le 6 août 1775, et avoit par conséquent deux ans six mois dixhuit jours plus que lui.
M^ le duc de Berry eut pour gouvernante madame la comtesse de Caumont. La première enfance du prince fut pénible. A Tâge de cinq ans et demi , il fut remis à la garde de M. le duc de Sérent , qui déjà exerçoit la charge de gouverneur de M^ le duc d^Angoulême. Ce respectable vieillard se consoloit encore, il y a quelques mois, d'avoir perdu ses deux fils dans les guerres de Bretagne , en voyant prospérer les deux autre fils qu'il avoit élevés pour la France : il ne se console plus aujourd'hui.
Les princes allèrent s'établir pour leur éducation à Beauregard : c'étoit un château où l'on voyoit un de ces grands bois ' de tout temps réservés en France pour l'ornement des maisons de campagne. Ce château et ces jardins existent encore, ainsi qu'une pièce d'eau à laquelle les enfants de France ont travaillé.
Ce fut dans cette solitude , tout auprès des pompes de Versailles, qui dévoient bientôt cesser, que M. le duc de Sérent prépara sans le savoir, contre les rigueurs de l'infortune, ceux qu'il ne croyoit avoir à défendre que des séductions de la prospérité. Les sous-gouverneurs des jeunes princes furent MM. de Buffevent , de la Bourdonnaye et d'ArbouvIlle. Ils eurent pour sous-précepteurs l'abbé Marie, savant dans les mathématiques, et Tabbé Guénée, qui a su tourner contre Voltaire l'arme avec laquelle ce beau génie
■ jâfbores qum ah aniiquo tervatœ et fota fuerunt, pro-
pterdecarem et amœnitQtem nummoTMin. (Ordonn. des rois de France. )
attaquoit la religion. Les illustres élèves revenus en France n'ont point oublié leurs précepteurs : après vint-cinq ans d'exil et la chute d'un empire, ils se sont rappelé, au milieu de tant de souvenirs, l'homme de bien dont ils reçurent les leçons. Ces pieux disciples ont fait ériger à Fontainebleau , où Tabbé Guénée est mort, un monument à sa mémoire : il étoit touchant de les voir soutenir d'une main le trône rétabli , et de l'autre élever la tombe de leur humble maître.