‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 71 sur 279 · MONARCHIE · texte numérisé non relu

MONARCHIE

La Vendée éMt restée chrétienne et catholi- ^ ;sneeii8équence, l'esprit monarchique vivoit dsas ce coin de la France. Dieu semblolt av<Hr edécbantillmi de la société afin de nous Ira combien un peuple à qui la reilgfOD a lois est phis fbrtement constitué qu'un p^ph qui s*eit Ihit son propre législateur.

Rèi les premiers jours de la révolution , les Vodéens montrèrent une grande répugnance pnr les principes de cette révolution. Après la jMaésdmoaoAl I7<ia, une insurreetion éclata ^bomiK, et un premier combat ftit livré le >4aoÉtdè la même année. La levée de trois cent ■9s hommes, ordonnée par la Omvention, profit aneinoorroetion nouvelle. Un perruquier, Mile fi«ton , ae met & la tète des insurgés : il M taé en marehaut à l'ennemi. Le roi meurt, ^ te vsageuKs naissent de aon sang, Jacques CitttttMio , simple voiturier do la commune du ^« HsHgea, aosi de sa chaumière le 14 mars

1793 I il se trouve que te voiturier est uu grand capitaine. A la tête de deux cents paysans ii attaque un poste républicain, l'emporte et s'empare d'une pièce de six , connue sous le nom du ifusionnaifê : voilà le premier canon de la Vendée. Cathelineau arme sa troupe avec des ftisiis qu'il a conquis , marche à Chemilié , défendu par cinq cents patriotes et deux coulcvrines : même courage, même succès. La victohre fait des soldats : Stofflet, garde de chasse de M. de Colbert, r^'oint Cathelineau avec deux mille hommes; Laforét, jeune paysan du bourg de Chanzeau , lui amène sept cents autres Vendéens. Les trois chefs se présentent devant Choliet , forcent la vUle , mettent en fuite la garnison , s'emparent de plusieurs barils de poudre , de six cents fusils et de quatre pièces de canon , parmi lesquelles se trou voit une pièce de douze que Louis XIII avoit donnée au cardinal de Richelieu. C'est cette pièce devenue si célèbre sous le nom de Marie-Jeanne : les paysans vendéens y sembloient attacher leur destinée. Dans leur simplicité, ils ne s'apercevoient pas que leur véritable ^a//acfit«iit étoit leur courage.

La prise de Choliet fût le signai du soulèvement de la Vendée. Machecoul tombe, Pomic est surpris. Bientôt avec les périls et la gloire paroissent Charette, d'Elbée, Bonchamp,la Rocbqjaqueloin , de Marigny , de Lescure et mille autres héros firançois, semblables à ces derniers Romains qui moururent pour le dieu du Capitule et la liberté de la patrie.

Cathelineau marche sur Vllliers ; d'autieschcA, MM, de hi Roche Saint-André , de Lyrot , Savhi , Royrand, de la Cathelinièi*e, Couêtus, Pi\jot, d'Appayes, Vrignaux , menacent Nantes, Niort et les Sables. Charette devient généralissime de la Vendée-Inférieure ; d'Elbée , placé à la tète des forces de la Haute- Vendée , est secondé par Bonchamp , Soyer, de Fleuriot , Scépeaux , noms qui rappellent les premiers temps de la chevalerie. Les paysans du Rocage se soulèvent; le Jeune Henri de la Rochejaquelein les conduit. Son premier essai est une victoire ; il iMtt Quétineau aux Auliiers, et court se réunir à Cathelineau, d'Elbée , Stofflet et Ronchamp. Le général républicain Ligonier s'avance avec cinq mille hom* mes; U est défait auprès de Villiers, Quatre Jours après , nouvelle bataille A Reaupréau. Ligonier, obligé de fuir, abandonne son artillerie apièsavotr perdu trois mUle hommes. Argenton est j^t

DB LA VRNDÉK.

Brasalre évaeni. Les Vendéens délivièrent dans cette ville MM. Desessarts , Forestier, Beaavolliers , de Lescare et Donnissan , illastres otages qui passèrent du pied de i'échafaad à la tèle d'une armée. Ils n'acceptèrent qu'une partie du bienfait de la Providence ; la patrie avoit demandé leur sang, ils répandirent leur sang pour la patrie.

De Bressutre, les Vendéens se dirigent sur Thouars. Une muraille gothique et une rivière profonde entouroient cette ville. Il faut s'en ouvrir les avenues par un combat sanglant L'assaut est donné : la Rochejaqueleln monte sur les épaules de Texier, gravit les murs , et se trouve bientôt seul exposé à tous les coups, comme Renaud sur les remparts de Jérusalem. Thouars est emporté; dix mille républicains, une nombreuse artillerie, des munitions de toutes les sortes demeurent aux mains des vainqueurs; Thouars fournit encore aux royalistes des ofRciers qui devinrent célèbres. Il faut citer ces braves dont les noms sont aujourd'imi l'unique patrimoine de leurs familles : ce furent MM. Dupérat, d'Herbaud, Maignau, Renou, Beau voiliers l'alné, Marsonnière, Sanglier, Mondion, Laugerie, Orre-Digueur, de Beaugé et de Laville-Regny , avec son fils âgé de douze ans, que l'on voyoit combattre auprès de lui.

Alors on forma sept divisions du pays dont on Bvoit chassé l'ennemi , et l'on en confia la garde à un égal nombre de corps vendéens. La terreur s'étoit emparée des patriotes; Nantes s'écrioit : Frères et amis, à notre secours y le département est en feu; ignoble Jargon qui se méloit, dans la Vendée, à la langue de la chevalerie. Cependant unearmée vendéenne est battue prèsdeFontenay : d'Elbéé est blessé, et l'artillerie prise avec la fameuse Marie'Jeanne. Quinze mille paysans désespérés reparoissent sous les murs de Fonteuay , que défendoient douze mille hommes d'infanterie et trente-sept pièces de canon. Chaque Vendéen n*avoit que six coups à tirer : des paysans bretons de la division du Loroux , armés de bâtons ferrés, se Jettent sur les liatteries de canon, assomment les canonniers et s'emparent des pièces. Les Vendéens d'abord tombés à genoux, se relèvent et se précipitent sur les répul>licains dont Ils font cesser le feu. L'armée ennemie est culbutée , Fontenay emporté , Marie^Jeanne reprise. Quarante pièces de canon, quatre mille prisoniders , sept mille Aisils , restent en témoignage de

la victoire; et la Convention ettrayéesoDgeibiré partir, pour combattre les vertus vendéeoses, Jusqu'aux grenadiers qui gardoient ses forlUtset ses échafiiuds.

Une proclamation rédigée à Fontenay par H. Desessarts annonça à l'Europe le succès des hommes fidèles, et leur ferme volonté de rétablir la monardiie. Ils invitoient à rejoindre le drapeaa blanc ; mais la terreur dans l'intérieur, la gloire aux frontières , enchafnoient tous les Françob : le roi n'a voit alors pour lui que la Justice de sa cause et la Voidée.

Quand les divisions militaires de la Hante- Vendée se trouvèrent réunies, elles formèrent ime armée de quarante mille fontassins et de doon cents cavaliers. Vingt-quatre pièces decanon avee leurs caissons accompagnoient le corps qui prirent et conservèrent le nimide la grande améé, Y eut-il Jamais rien de plus prodigieux àm l'histoire que cette armée ou l'on ne comptmt pai un fusil qui ne fût une conquête, pas un canon qui n'eût été enlevé avec une fourche ou un béton ? « Thirion nous écrit , disoit Barrère à la Gon- « vention , que toutes les fois que les rebeliea ont « manqué de munitions, il s'est trouvé à point « nommé une déroute des nôtres. > C'est ainsi qne ceux qui avoient condamné Louis XYI à Téchafaud appeloient les Vendéens des rebelles*

Cependant la Convention avoit rassemblée Saumur une armée de quarante mille hcmunes d'in&nterie et de huit mille hommes de cavalerie : quatre-vingts pièces d'artillerie et deux régiments de cuirassiers rendoieut cette amiée fiw* midable.

La grande armée vendéenne mardie sans s'efr frayer à ces nouveaux ennemis; elle les pousse à Doué, à Montreuii, et les accule dans Sanmnr. Les bataillcms formés à Orléans, seize bataUloni venus de Paris, deux régiments de cuirassiers, composoient la garnison de cette ville. Trente piè* ces de canon bordoient son château et ses redofr tes nouvellement élevées que le Thoué et la Loire baignoient de leurs eaux. Rien n'arrête les Veu' déens; tous s'écrient : En avant, en avant/ I/i Br^ns enlèvent les canons ; les républicains i^ culent Jusqu'au pont Fouchard : M. de Lescnre les suit l'épée au poing ; il est blessé. Les cuirassiers chai^nt les Vendéens qu'étonne cette espèce decavalerie invulnérable.Unbravesoldat,nomnié Dommaingué , crie aux paysans , comme César cridt à ses légions à Pharsale : Frt^pezùuvi*

DE LA VENDÉE

mfe! n «kt on cuirassier d*an coup de carabine i la tète, et il est emporté lui-même d'un boulet de eaooD. Les cuirassiers se replient , reviennent à la défense du pont Fonchard , que cou vroit de nniea I*artillerie vendéenne commandée par M. delfarigDy. Le combat se maintient de ce côté; naisGatheiineaa et la Rochejaquelein avoient toanélesredootes, et marchoient sur la ville, lainat derrière eux les fortifications et les avant- (RKta Les troupes placées à la garde des fau- \tmp ftilent devant la Rochejaquelein , qui entre dans Saumur accompagné seulement de M. de loQgé. Il arrive au grand galop sur une place oihnit cents républicains étoient rangés en batiille.II étoit trop tard pour reculer : i'iiérolsme Tient aa secours de Timprudence. Rendez-vous y dit h Rochejaqueiein aux ennemis, ou vous êtes mnU, Ceax-ci croient la ville emportée, et mettttthis les armes. Quelques moments s*écoulent : pcnonne ne parolt Les républicains reviennent de leur erreur, reprennent leurs armes, tirent ar b deux Vendéens. Beaugé est blessé ; la Rocbejaqoeieln le soutient sur son cheval , et tue f ancoapde pistolet un soldat qui le couchoit en ine. Oans cet instant Desessarts accourt, suivi fcfÉize cents cavaliers : la ville est prise.

lâ redoutes tombent; le château capitule. De tntes paris on ram^M des troupeaux de républi- ^prisonniers; on les renvoie après leur avoir tejoier qa*ils ne porteront plus les armes contre le roi; on leur eoupe les cheveux pour les reconultie , ea cas qu'ils violent leur parole. Les che- Tcox repoussèrent, et avec eux l'infidélité : les VendéeDs, à qui Ton nefaisoit point de quartier, hRBtbientftt massacrés par ceux qui leurdevoient >»ttertéetlavie.

b reMnunée des Vendéens se répandit en Eu- ^Oi trouvèrent à Saumur quatre-vingt pièces ^cam, vingt mille i\isils, cinquante milliers ^poadie, des vivres en abondance , des maga- ^ le tontes sortes. Ils procédèrent à Télection '^t^aéralissime. Le choix de MM. de Lescure, 'c Dttikissan, la Rochejaquelein , et des autres piffliliommes , tomba sur le voiturier Gatheli- ''^idoiit la gloire avoit fourni les titres. Les l^ttn diarmés s'attachèrent davantage à une ^^^^ïa si généreuse et si brave. On proposa ™tecoo8eil, premièrement, de marcher sur ^^'vi; lecondement , de s'emparer des Sables et ^la Boehelle; troisièmement, d'attaquer An- B^f et de raitrer dans la Vendée par le pont

OUlUmiAHB; -^ TOHE II.

de Ce. Le premier avis étoit celui de la Rochejaquelein, et c'étoit peut-^tre le meilleur par son audace ; le second étoit celui de Lescure , et c'étoit le plus sage; le troisième étoit celui de Cathelineau , et il prévalut.

M. d'Élbée, à peine guéri de sa blessure, vint rejoindre les Vendéens à Saumur. Ou vit aussi arriver MM. Charles d'Autichamp , de Pirou , de Boispréau , Duchénier, Magnan, de la Bigotière. Les vainqueurs se mettent en marche poursuivre le plan du généralissime. Angers ouvre ses portes. Le prince de Talmont se présente : il est sur-lechamp nommé général de la cavalerie royaliste. Charette venoit de reprendre Machecoul dans la Vendée-Inférieure : Cathelineau lui propose de s'emparer de Nantes et de soulever la Bretagne. L'attaque des deux armées vendéennes par l'un et l'autre côté de Nantes devoit être simultanée; mais Charette arrive trop tôt, ou Cathelineau parolt trop tard. Charette soutient seul la lutte pendant dix heures : il se retiroit lorsque le canon de la grande armée se fait entendre. L'action recommence de toutes parts : on pénètre dans la ville, on se bat de rue en rue, de maison en maison. La place va capituler; mais Cathelineau reçoit un coup mortel : les paysans s'arrêtent Il ne restoit plus qu'un léger effort à faire ; il ne fût pas fait : Nantes demeure au pouvoir des républicains. Cinq millions de François dévoient périr, l'Europe devoit être âïranlée Jusque dans ses fondements, avant que le fils de saint Louis remontât sur le trône de ses pères. Tout avoit été prévu pour la prise de Nantes dans les arrangements de la sagesse humaine ,/on les desseins de Dieu*

Cette grande entreprise manquée, les Vendéens ne sont point découragés ; ils se rallient , battent les républicains à Châtillon , et trouvent à Coron un nouveau triomphe. D'Eibée est nommé généralissime en remplacement de Cathelineau ; mais Charette refuse de le reconnoitre : une fatale division commençoit à s'établir entre les cheâ. D'Eibée remporte à Chantonnay une victoire éclatante*

Cette victoire attire sur la Vendée une nouvelle masse d'ennemis , qui , selon les rapports du Comité de salut public , se composoit de quatre cent mille hommes. On y Joignit la garnison de Mayence. Les forces de la Vendée doublent en raison des périls. Lescure , avec cinq mille huit cents hommes, disperse à Thouars trente-deux

éô

BE LA VENDÉE

mille réquîsitlonnalres. La Convention ordonne la destruction entière de la Vendée ; alors commence le système des incendies qu'exécutoient des colonnes justement appelées infernales. Les villes sont embrasées; les chaumières, les moissons et les bois réduits en cendres. L'armée de la Haute-Vendée vole au secours de Charette , qui , battu cinq fois, se relevoit toujours. M. d'Elbée rejoint rhabil'e général. « Ouest l'ennemi? » lui dit-il. « Il suit mes pas, répond Charette; voyez « ces tourbillons de Aimée 1 » L*armée patriote et l'armée vendéenne se rencontrent auprès de Torfou.

La première étoit, en partie, composée des Blayençois , qui voyoient pour la première fois les paysans de la Haute- Vendée. Ceux-ci, à leur tour, n'avoient presque jamais combattu d'aussi belles troupes, et aussi bien disciplinées. Il y eut de part et d'autre un mouvement de surprise et d'admiration. Le signal est donné, le combat s'engage. Les deux armées, au milieu des incendies, étoient renfermées dans un cercle de flânâmes qui embrasoient l'horizon ; c'étoit comme une bataille aux enfers. L'imp^taosité des paysans royalistes remporte sur la valeur disciplinée : les Mayençois, contraints de céder le terrain, se retirent en bon ordre. Ils sont défaits de nouveau à Montreuil. On eût poursuivi la victoire, si Charette n'eût voulu secourir la Basse^ Vendée, que dévastoient des colonnes incendiaires. 11 entraîne d'Elbée avec lui.

Les deux armées, après avoir vaincu les républicains à Saint-Fufgent, revinrent pour attaquer les Mayençois , qui se retirèrent sous les murs de Mantes.

La Convention consternée, pour prolonger son horrible existence, veut épuiser tout le sang françois : six armées attaquent la Haute-Vendée. La plupart des chefs royalistes étoient blessés, et pouvoient à peine se tenir à cheval. Nouvelle rencontre à Châtillon, nouvelle défaite des républicains. La Convention fulmine des décrets exterminateurs. Une bataille terrible s'engage à la Tremblaye ; elle alloit augmenter la gloire des royalistes fidèles, lorsque Lescure est blessé à mort. On se retire : les républicains entrent dans Chollet.

Le Comité de salut public annonce à la Convention que la guerre est terminée : et, dans ce moment même, les paysans vendéens juraient

de s'ensevelir sous les ruines de leur patrie, tes chefs approuvent et embrassent eux-mêmes cette généreuse résolution : c'est un bon parti , quand on aime la gloire , que de s'attacher au malheur. On tient conseil à Beaupréau : les uns veulent marcher à Chollet, et étouffer les vainqueurs au milieu de leur triomphe ; les autres prétendent qu'il faut se rabattre sur la Vendée-Inférieure, et s'appuyer à l'armée de Charette; d'autres d^ mandent qu'on passe la Loire , et que l'on change le théâtre de la guerre : l'opinion la plus héroïque, celle de la Rochejaquelein, l'emporte, et rbn se détermine à marcher droit à l'ennemi.

La France et l'Europe virent avec le plus profond étonnement cesjpaysans magnanimes , qu'on croyolt anéantis , venir attaquer une armée régulière animée par des succès, justement flère de sa valeur. Le combat dura dix heures. On se battit a la baïonnette. Les faubourgs de Choîlel furent en levés , abandonnés , enlevés de nouveau : tantôt le drapeau blanc rétrogradoit devant le drapeau tricolore , et tantôt le drapeau tricolore reculoit devant le drapeau blanc. Alors étoient aux prises ces terribles François dont les bâtait- Ions voyoient fîiir les armées européennes. Enfin, repoussés , les paysans sont poursuivis par la cavalerie républicaine. Les officiers vendéens se. forment en escadron : d'Elbée, Bonchamp, U Rochejaquelein, Allard, Dupérat, Desessarb, Beaugé, Beaurepaire de Royrand, Duchaffaut, Renou , Forêt , Legeal , Loiseau , et cent chiquante braves, couvrent les héroïques villageois, et arrêtent l'armée ennemie. Kléberfond sur Tescadroa royaliste, à la tête de dix bataillons de troupe régulières. D'Elbée et Bonchamp tombent percés de coups; trente de leurs compagnons sont abattus à leui*s côtés. Monté sur un cheval blessé (pi jetoit le sang par les naseaux, la Rochejaqoe lein , blessé lui-même, ses habits criblés de balles et tailladés de coups de sabre , demeure seul chargé de la retraite. Dans ce moment, Je Piron lut amène deux mille hommes : le combat rcnatt , se prolonge dans la nuit , laisse aux Vendéens le temps d'emporter leurs blessés, et de se retirer à Beaupréau.

L'indomptable la Rochejaquelein voulolt recommencer le combat, et revenir à Chollet : on ne suivit point cet avis de l'héroïsme ou du désespoir. On se replia sur Saint-Fulgent, où Bonchamp rendit le dernier soupir. D'Elbée et Lescure vivotent encore ; mais lis étoient blessés

DE tÀ VËNDÊË.

MMIemèiit : le premier Ait porté à llle de NoiriDoiitier^; le second resta avec Tannée.

Cependant cette armée de la Haute-Vendée , Jifiiii brillante, maintenant si malheureuse, n ttnvÂt resserrée entre la Loire et six armées léfMeaioes qal la pôursuivoîent. Pour la preurièn ibis, une sorte de terreur s'empara des fiyn&s; ib aperce voient les flammes qui emkinient leurs chaumières, etquis'approchoient fui peu; ils entendoient les cris des femmes, des Tîeillards et des enfknts; ils ne virent de ■lit que dans le passage du fleuve. En vain lea Mat vouiarent les retenir; en vain la Ro« éftqaddn versa des pleurs de rage : il fallut tâm une impulsion que rien ne pouvoit arrêter, Vbgt mauvais bateaux servirent à transporter Mr Taiitre rive dA la Loire la fortune de la momcMe.

Oifit alors le dénombrement de Tarmée : elfe • troQTa réduite à trente mille soldats ; elle mit encore vingt-quatre pièces de canon , mais chcommençoit à manquer de munitions et de ivtoQclies.

UlMieJaquelelD ftit élu généralissime; il avoit ifé» vingt et un ans : 11 y a des moments dans Itelre des hommes où la puissance appartient M|Ue. Lorsque le plan de campagne eut été ■MàuBS le conseil , que Ton se fut décidé à se 'ur Bennes, l'armée leva ses tentes. L'aéloit composée de doute mille fani, «NUenos de douze pièces de canon ; les soUata et presque toute la cavalerie rarrière^garde : entre ces deux corps M un troupeau de femmes , d*enfents , de Miris, qui s'élevolt à plus de cinquante mille. I''M(a|niérall8sime, le vénérable Lescure, Ml forte mourant au milieu de cette foule en ^mi qo'll éclaîrolt eneofe de ies conseils , et ^Mklt par sa pieuse résignation. La Roehejai) qol coraploit moins d'années et plus de qu'Alexandre, paroissoit à la tète de rMfe, monté sur un cheval que les paysans >v*te sumommé ie daim , à cause de sa vitesse, bénpiatt Uanc en lambeaux guidoit les tribus (fettittt Louis, comme Jadis l'arche sainte condui- •* tas le désert ie peuple fidèle. Ainsi , tandis V* k Vendée brûloit derrière eux , s^avançoient **K Imn feffiîlks et leurs autels ces généreux ^ittfoissaDS patrie au milieu de leur patrie : ils %(b^Dl leur toi ) et a'étoient entiaidus que de

Si la Roehejaqueleln, dans la Vendée, avoit brillé par les qualités d'un soldat, il déploya, sur l'autre rive dé la Loire, les talents d'un capitaine : les grands caractères , souvent peu remarquables dans la prospérité, font éclater leur vertu dans le malheur, au contraire des fhux grand» hommes qui paroissent extraordinaires dans le l)onheur, et deviennent communs dans l'adversité. Les soldats de l'armée royale catholique , embrassant eux-mêines sans s'étonner toute la grandeur de leur infortune, ne voulurent point trahir leui*s revers. Jamais la Vendée ne jeta un si vif éclat que lorsque, errante et fugitive, cllef étolt prête à 5*évanouir au milieu des forêts de la Bretagne. Elle trompa les prophéties de Barrère : •( Les Vendéens, avoit-il dit à la Convention, « sont semblables à ce géant fabuleux qui n'étoit « invincible que quand il todchoit Iti terre. Il « faut les soulever, les chasser de leur propre « terrain pour les abattre. ^ Le Comité de salut ptiblic se trompoit : les Vendéens tiroient leurtf forces de leur conscience et de leur honneur; 11$ emportoient avec eux cette pdtrie.

La victoire ouvrit leur nouvelle carrière : In^ grande, Candé, Château-Oonthier, tombèrent devant eux : quinze mille gardes nationaux né tes purent empêcher d'entrer dans Laval , où sept mille paysans manceaux et bretons vinrent les rejoindre.

A peine s'étoient-lls reposés deux Jours dans cette ville, qu'on signala l'approche de l'eunemi. G^étolent les Mayençois qui, fiers d'avoir forcé les Vendéens à quitter leurs foyers, croyoient qu'ils n'oseroient désormais les attendre. Ils atta<quent brusquement les courageux fitgitifo, qui les repoussent, les forcent à se replier sur Château-Gonthier, après leur avoir tué ou blessé seize centâ hommes.

Bientôt toutes les forces conventionnelles sont réunies : elles reviennent à Laval présenter la bataille à la Rochgaquelein, qui l'accepte. M. de Lescure expirant harangue l'armée; tout s'ébranle : on se bat avec un affreux acharnement Les canons sont enlevés à la course, comme de ooutunse. On en vient à l'arme blanche , aux coups de pistolet; on se prend aux cheveux ; on lutte corps à corps. Le général républicain BeHupuy^ blessé d'un coup de feu , fait porter dans les rangs sa chemise sanglante pour encourager ies soldats. La cause juste est encore une fois victorieuse : les Mayençois sont exterminés par ees mêmes pay«

DE LA VENDÉE

sans qa*Ui venoient de chasser de leurs chaamières.

~ La bataille de Laval renouvela les frayeurs des oonventioDnels; ils crurent voir les Vendéens ar* river à Paris. Pour se mettre à Tabri de l'invasion royaliste , on coupe les routes , on (ait sauter les ponts, on détruit les magasins. Trente mille hommes des meilleures troupes sont tirés de Tar* mée du Nord. Une autre armée, composée de gardes nationaux et des garnisons des ports, se forme à Cherbourg. On voit accourir, avec leur guillotine, de vieux révolutionnaires tout cassés de crimes, pour battre monnoie et faire des soldats. On arrête, on dépouille, on égorge tout ce qui est réputé suspect : l'innocence malheureuse paye les terreurs de la conscience coupable.

Il y avoit quelque fondement aux craintes des révolutionnaires. Le prince de Talmont, après la dernière victoire, avoit en effet proposé de marcher sur Paris, de fouiller le repaire de la Convention , ou , si la chose étoit impossible y de prendre à dos les armées républicaines de Flandre, et de se réunir aux Autridiiens. Au lieu d'adopter ce plan, digne du caractère vendéen, le conseil , par des suggestions étrangères , prit le parti de diriger l'armée sur Granville, dans l'espoir d'établir une communication entre l'Angleterre et les royalistes : résolution qui perdit tout.

On prit donc la routedeGranville par Mayenne, Emée, Fougères, Antrain, Dol, Pontorson et A vranches : on ne rencontra d'obstacles que dans les fiiubourgs d'Emée et de Fougères. M. de Lescure expira avant d'entrer dans cette dernière ville. L'illustre veuve du général vendéen emporta dans un cercueil les dépouilles mortelles de son mari. Elle craignit que la tombe de Lescure ne fût violée. Quelque temps après, cet homme, qui laissoit un nom immortel , fut enterré au bord d'un grand chemin, sur un coin de terre inconnu.

Arrivés devant Granville , les Vendéens brusquent la place. Les faubourgs sont forcés; une brèche est foite aux remparts. Déjà les soldats sont sur les murs; mais les Anglois ne paroissant point à la vue du port, la garnison continue à se défendre. La lassitude s'empare des paysans : après trente-six heures, ils abandonnent l'assaut de la ville à moitié prise. Une sédition éclate dans l'armée; les paysans s'écrient qu'ils veulent retourner dans leur pays : ils entraînent leurs cheb. On reprend le chemin que l'on avoit parcouru.

A peine étolt-on rentré à Dol , que trois années républicaines fondent sur l'armée royaliste. Là se donne une des plus furieuses batailles qui aient Jamais été livrées entre François : elle dura deux Jours ; commencée dans les fiaubourgs de Dol , elle ne finit que dans les murs d' Antrain. Douze mille républicains, tués ou blessés, restèrent sur le champ de bataille. Ce fut à la fois la plus grande et la dernière victoire de ces royalistes qu'avoient commandés Cathelineau , d'EIbée, Lescure et la Bochejaquelein.

La Vendée retoumoit comme un lion à son antre : les républicains n'osoient plus lui barrer le chemin; ils se contentoient de l'attendre derrière des remparts. Parvenus sous les mars d'Angers, les royalistes, repoussés comme à Granville, ne peuvent passer la Loire : l'armée se rabat sur Beaugé, emporte la Flèche, se retire au Mans, où elle doit trouver son tombeau. Des réqaisltionnaires , conduits par des représentants du peuple, viennent troubler ses derniers moments : elle se lève , les chasse et se repose. Arrive enfin une ar> mée r^lière, composée des débris de toutes les armées vaincues par les Vendéens. L'affaire s'oigage : le géant de la Vendée se débat écrasé sons le poids de la France révolutionnaire; il ébranle encore de ses mains le monstrueux monument de l'athéisme et du régicide. Hais la victoire échap* poit aux Machabées, et le moment du sacrifice étoit venu. On s'étoit battu tout le Jour aux envi» rons de la ville; malgré la nuit, on continiioil de se battre dans les rues, à la lueur des amor* ces et du feu du canon. « Il étoit neuf heures du « soir, dit le bulletin publié par les généraux ré* « publicains : là une fusillade terrible s'engage « de part et d'autre. On se dispute le terrain pie4 « à pied; le combat a duré Jusqu'à deux heares « du matin. De part et d'autre on est resté en « observation ; les brigands profitèrent de l'obs- « curité pour évacuer b ville.... Les rues, Ici n maisons, les places publiques sont Jonchées de « cadavres, et depuis quinze heures ce maasaere « dure encore.».. Enfin, voici la phis belle Jonmée « que nous ayons eue depuis dix mois que nous « combattons les brigands... >

Les restes de l'armée vendéenne se rapprociièrent de la Loire pour en tenter le passage. Ce n*étolent plus des soldats, mais des martyrs r des prêtres portoient les malades sur leurs épaules \ de Jeunes filles, des femmes, des enfants, des vieillards expiroient dans les fossés et sur les die«

DE LA VENDÉE

Od se enit heareox lorsque l'on parvint à Aiieads, et qu'on aperçut les champs de la patrie de raotie côté de la Loire. Mais il n'y avoit que deax bateaux sur la rive bretonne. Quatre grosses btrqoescfaargées de foin étoient attachées à la rive opposée. La Rodiejaquelein, Stofïlet et Beaugé, cKortés paruoe vingtaine de soldats, passent dans la dm bateaux , pour s'emparer des barques et la eoToyer à l'armée. A peine avoient-ils mis {M à terre qu'ils sont attaqués par une grosse eoloDoe de républicains ; l'escorte royaliste est dl^enée. Foroé de se retirer au fond d'un bois, la Rodiejaquelein se retrouve seul dans cette Tcadée, au milieu des champs de bataille déserts, w il ne rencontre plus que 8a gloire.

Ltscorps vendéens, poursuivis sur la rive droite

à h Loire, voulurent gagner le bourg de Niort.

Il iloient encore commandés par MM. de Don-

Éam , de Marigny, Fleuriot, de Lyrot, De-

«avlB, de Langrenière, d'Isigny, de Piron, et

jÊtk prinee de Talmont. Atteints dans Savenay,

«8 braves chefi firent des prodiges de valeur qui

ouoleDt le guerrier expirant , et qui souvent

UKnt par de glorieux souvenirs sur la destinée

fa peuples. L'armée fut détruite; ses soldats se

Ai|asèrent dans la forêt de Gavrcs , et de là se

lifaDdirent dans les autres bois de la Bretagne ,

MHBe des semences fécondes d'héroïsme et de

iittté.

Qaand on a raconté tant de combats, on se sent kbesoin de se reposer ;maisrinfatigableyendée ne hiisepas le temps à l'historien de prendre haleine. Ai moment où il croit sa tâche finie, voilà que laBod)^aquelein,StofiBet et Marigny reparois- Ml;Charette livre de nouveaux combats qui fiiteilpar un traité glorieux, et la guerre des chnaisort des débris de la grande armée ven-

Cette dernière guerre différa de celle que nous ^ttottde raconter, parce qu'elle s'établit chez un nie dont les mœurs, sous quelques rapports, ^ftigneat des mœurs vendéennes. D'une humeur ■*Ue et d'un caractère obstiné , les Bretons se *l»P»nt par leur bravoure, leur franchise, leur '^t leur esprit d'indépendance , leur attacherait à la religion, leur amour pour leur pays. *^ et susceptibles, sans ambition et peu faits P^ les cours, ils ne sont avides ni de places, ^ d*argent, ni d'honneurs. Ils aiment la gloire, ■•h pourvu qu'elle ne gène en rien la simplicité « kon habitudes; ils ne la recherchent qu'au-

tant qu'elle consent à vivre à leur foyer, comme un hdteobscur etcomplaisant qui partage les goûts de là famille. Tels se montrèrent du Guesclin , Moreau, Gadoudal.

La guerre des chouans produisit une foule de . petits combats et de grandes actions. Quiberon vit son sacrifice : la France révolutionnaire , en égorgeant les compagnons de Suffren, abdiqua . l'empire des mers. La chouanerie, organisée dans les provinces de FOuest, s'étendit jusqu'aux portes de Versailles. Georges Cadoudal comroandoit le Morbihan, M. de Bourmont le Maine, M. de Ghàtillon la rive droite de la Loire, M. de iaPrévalayela Haute-Bretagne; la Normandie reconnut les ordres de M. de Frotté. Le Mans fût pris par M. de Bourmont; Saint-Brieuc par Cadoudal; Nantes même, qui avoit résisté à Cathelineau et a Gharette, tomba pendant quelques moments au pouvoir de M. de GhAtiiion. Quinze mille Yen* déens se montroient encore en armes sur la rive gauche de la Loire : c'étoient les restes des nouvelles armées formées par la Rochejaquelein , Stofflet, Marigny et Gharette. La Rochejaquelein avoit enfin terminé, dans un combat obscur, son éclatante carrière : un corps redoutable reoevoit les ordres de Stofflet , mais ce chef violent avoit fait périr le valeureux Marigny. Gharette, qui s'étoit toujours maintenu dans la Basse-Yendée, se fiaisoit admirer même des républicains par ses retraites autant que par ses attaques , par ses revers autant que par ses succès. Après mille combats et des torrents de sang versé, le général Turreau avoit donné l'ordre d'éva* cuer la Yendée. L'indépendance et la victoire restoient donc aux royalistes; la Gonvention en étoit pour les frais de ses crimes I Enfin le 9 thermidor vient faire cesser le régime de la Terreur. On adopta contre la Yendée un pian de guerre plus généreux ; les deux partis fatigués commençoient à désirer la paix : Gharette entra en négociations.

Les envoyés royalistes demandèrent le rétablissement immédiat de la religion catholique et de la monarchie légitime, la remise entre leurs mains de Louis XYII et de la Jeune princesse sa sœur, le rappel des émigrés, et, en attendant l'exécution de ces clauses, l'indépendance absolue du pays des chouans et des Yendéens. Les répq^ blicains eurent l'air de se rendre à ces conditions, mab ils exigèrent qu'elles demeurassent secrètes et qu'elles ne parussent point dans le traité public, si ce traité avoit lieu. Us voulurent que la monar-

m hk VENPÉE*

dii^ ne tùX priNilfimée que la 1*' JuiUet 1 796 ; que les enfAnU de Louis XVI ne fussent remis aw Vendéens que le 1 3 juin de la même année, el que les émigrés ne rentrassent en France qu'à cette même époque. La position de Charette Tobligea Il consentir à ces délais, et à souffrir le gouvernement républicain jusqu'au moment fixé pour le rétablissement du trône. Alors un traité public fut signé à la Jaunaye, le 37 février 1706.

Ce traité aoeorda aux Vendéens le libre exercice de la religion catholique, la possession paisible de leur pays , un corps militaire payé par la république et commandé par Charette, l'exemption de toute réquisition et de toute conscription , le remboursement de 1 ,600,000 livres de bons royaux émis par les généraux royalistes ; une forte indemnité en argent, mobilier, outils de labourage ; la radiation des émigrés vendéens ; la restitution des biens saisis, et la levée des séques^ très. Les royalistes conservèrent jusqu'aux fhiits des biens des réfugiés patriotes, fruits qu'ils avoient perçus pendant l'insurrection : la république se chargea de dédommager les propriétaires.

Certes , si jamais les hommes ont reconnu Tempire de la vertu, cVstparoetraitédelaJaunaye. Arec qui la Convention capituloit-elie? Virtorieuse dans toute l'Rurope, la plupart des rois de l'Europe étoient tombés à ses pieds; la Vendée même n'existoit plus pour ainsi dire ; c'étoit à ses ruines, c'étoit aux cendres des la Rochejaque- Idn , des Bonchamp , des Marigny , des Talmont , des Lescore, des d'Ëlbée, qu'on promettoit le rétablissement de la royauté légitime : tant le seul nom de la Vendée inspiroit de crainte , de respect et d'admiration 1 M. Dupérat, envoyé par Charette auprès des représentants pour négocier le traité, reftisoit de reconnottre , même provisoirement, la république : « Quoi ! lui dit un des ré- ^ présentants , vous ne voules pas reconnottre « une république que tous les rois de l'Europe ont -n reconnue?— Monsieur, répondit fièrement l'am- <t baasadeur vendéen , ces princes-là ne sont pas « des François. »

La France parut ivre de joie à la nouvelle de la conclusion do traité ; la Convention elle-même , .délivrée de sa fn^eur, faisoit entendre des chants de triomphe; elle s'écrioit : « Euiin la Vendée est « rentrée dans le sein de la république ) » Mais la ;Conveation n'avoit cherché qu'à tromper Charetle pour le désarmer ; elle ne tint point les con-

ditions du traité. Charette, éclairé trop tard , ni commença les hostilités. Jamais il ne déploya ptm de talents et de ressources ; avec quelques paysam découragés , il obtint des victoires , et lutta contre une armée de cent quarante mille soldats disdpii? nés. Enfin , resté seul , dangereusement blessé i la tête et à la main , après avoir erré dans hi bois» il fut pris par ses ennemis. En immolant oe grand homme, la Convention crut immolerait fois la monarchie et la Vendée : SU^et avoit péri peu de temps avant Charette.

Quand un homme extraordinaire disparott, I se fait dans le monde une sorte de silence , eomiiM si celui qui remplissoit la terre de son nom avoit emporté tout le bruit. Trois années de paix saitii rent dans la Vendée la mort de Charette. Une conscription , dont on n'exempta pas les chouaoi et les Vendéens , fit reprendre les armes en 1 799t L'emprunt forcé et la loi des otages augm^ntèieat les troubles. Toutes les provinces de l'Ouest s'é* branlèrent, et ce fut alors que les chouans <d>tioT rent les succès dont nous avons parié plus haut. La force et la perfidie mirent fia à cette nouveih guerre. Buonaparte étoit monté sur le trûoe d^ saint Louis.

Pendant le règne de l'usurpateur, la Veadéest fit que soigner ses blessures 5 et renouveler dam ses veines le sang que sesprenûerscombatsavoioit épuisé. Ses transports de joie éclatèrent à la res? tauration. Lors de la trahison du 30 mars, les Vendéens et les Bretons ne démentirent point lenr loyauté; on vit reparoftre quelques-pns de oei anciens noms, si connus sous la république,» oubliés sous la monarchie. Cette terre veodéeDM ne pouvoit se lasser de produire , coinme des plantes naturelles à son sol , des la Rochejaque' iein , des Charette , des Cathelineau : Borne avoit vu de grands citoyens se succéder ainsi dans def familles immortelles. Louisde la Rocbejaquelein, frère de Henri , combat et meurt comme cet iIiu^ tre frère ; il laisse lui-même un frère valeureux, une sœur héroïque pour sauver le présent, ua fils pour défendre l'avenir. M. de Beauregard, digne d'être allié à cette famille, expire sur I0 champ de bataille. Le jeune Charette tombe comme son oncle le grand capitaine; le jeuoe Cathelineau combat comme son père. M. deSuMHnet perd la vie dans les lieux témoins de sa ooastantc «délité. N'oublions pas l'infortuné de Guignes, à peine âgé de seize ans, que l'on rencontra parmi les morts , la tête frappée d'une balle el le

DE LA VENDÉE

egfpi perte de six ooaps de baïonnette. Hessienni d'iotidiaiDPi Sapinaud, Dupérat, Duchaffaut, Mort I Tranquille , Benou , semblent , pour ainsi dire, sortir de la tombe; ce dernier, surnommé Btu^'Fer, qui «voit fait toutes lesi campagnes delaTeadée, ne veut pas manquer la dernière. Ea ivbmvaot ces capitaines , on croit voir revi- Tit f astiques personnages dont on auroit déjà Il niitoire dans les Chroniques de Froissard, m to eelles de Saint-Denis. La vertu du sol nsdéa bit éclore dans les nobles cœurs la vertu de la fidélité , et le général Canuel ira sauver à I^ la monarcbie qa*il a défendue au combat deMatbei.

IThbs autre part , les paysans bretons et roancem soutiennent la cause royale : MM. de la Mnlaye, de Goislin, de Grii^oUes, de la Bois- ÉÊ^it Couxaon, les conduisent au feu. Un traité kiBdfication, approuvé par les uns, bl^mé par kuatm, vint suspendre cette guerre des Centtafi Ou moins, ce traité, quel qu'il soit, est caeeie honorable à la valeur vendéenne. Par ce toité, il est libre aux généraux vendéens de res* ter CB France ou de passer en Angleterre , de loriic ci d'emporter leurs propriétés ; s'ils se dédiât à rester en France, ils peuvent habiter prtDot où ils voudront : n En traitant , dit l*ar-

• Ue 4, avec des François qui , dans leurs er-

* mis mime , ont montré une loyauté constante ,

• loQte défiance seroit injuste. » Tous les indivi- ^ «nétés seront mis en liberté , aucune levée Aonines ne peut avoir lieu dans le pays insurgé P^hat le eours de 1 8 1 5. Buonaparte s'engage à ^tnnder et à obtenir des Chambres un dégrèvewtt{QQr les impositionsdes provinces de l'Ouest. laiaAiidQs qui ont des talents seront admis ""x pliees aux mêmes conditions que les autres ^^CQi On accordera des récompenses et des POMifli» à ceux qui ont contribué à la paciûeation SUcale. Buonaparte s'en rapporte à la loyauté i(iii|Dataires de la pacification pour la remise faacQKset des munitions qui ont été débarquées ^«se&tes.

& c'est l'anden maître du monde qui suspend

* tonaeription et ses impôts , qui traite avec de ^ égards des hommes armés contre sa puis-

U première guerre de U Vendée Ait utile à la ***Kkie légitime, en maintenant l'honneur de *^iaooarchie, en prouvant la force des véri- ^ âétenseur^ de cette monarchie, Elle finit

par un traité, qui ftit violé à la vérité, mais dont les clauses secrètes stipuloient le rétablissement de l'autorité légitime. Gharette fit donc avec dix mille paysans , à Nantes, ce que l'Europe n'a pu faire que vingt ans après , avec trois cent mille hommes , à Paris.

La France monarchique et les rois de l'Europe veulent-ils savoir combien la Vendée a été utile, combien elle a retardé leurs défaites et suspendu leurs revers, qu'ils écoutent Barrère parlant à la Convention au nom du Comité de salut public : « C'est à la Vendée , dit-il , que correspondent « les aristocrates, les fédéralistes, les départe- <i mentaires, les sectionnaires; c*est à la Vendée « que se reportent les vœux coupables de Mar- « seille, la vénalité honteuse de Toulon , les mou- •< vements de l'Ardèche , les troubles de la Lozère , « les conspirations de l'Eure et du Calvados, les « espérances de la Sarthe et de la Mayenne , le « mauvais esprit d'Angers et les sourdes agita- « tions de quelques départements de l'ancienne « Bretagne.

« Détruisez la Vendée, Valenciennes et Condé « ne sont plus au pouvoir de l'Autrichien.

« Détruisez la Vendée, l'Anglois ue s'occupera « plus de Dunkerque.

ft Détruisez la Vendée , et le Rhin sera délivré » des Prussiens,

« Détruisez la Vendée, l'Espagne se verra har- « celée, conquise par les méridionaux Joints aux « soldats victorieux de Mortagne et de Chollet.

« Détruisez la Vendée, et Lyon ne résistera « plus; Toulon s'insurgera contre les Espagnols « et les Anglois, et l'esprit de Marseille se relè- « vera à la hauteur de la révolution républicaine.

« Enfin , chaque coup que vous porterez à la « Vendée retentira dans les villes rebelles, dans « les départements fédéralistes et dans les frontiè- « res envahies. »

Le Comité de salut public ne disoit que trop vrai , et la Vendée détruite ou pacifiée livra le monde à la puissance des François.

La seconde guerre de la Vendée a été du plus grand secours à Tautorité légitime. Pendant les négociations qui eurent lieu à Paris avec les puissances coalisées, le ministère ne présenta-t-il pas les armées royales de rintérieur comme le contingent du roi ? En considération de l'entretien de ces armées , n'allégea-t-on pas les charges imposées à la France? Les alliés eux-mêmes ne sont pas moin^ redevables à cette seconde Vendée,

DE LA VENDÉE

« L'armée de la Vendée , dit le géDéral Gourgand , « commandée par le général Lamarqne, comp- « toit huit régiments d'infonterie de ligne, deux « de jeune garde, deux de cavalerie, et dix esca- « drons de gendarmerie, partie à pied, partie à « cheval, formant plus de trois mille gendar- « mes.,.. *

« La guerre de la Vendée , i^oute-t-il ailleurs, « allumée le 15 mai, avoit diminué Tannée du

• Nord d'une quinzaine de mille hommes, dont « trois régiments de dragons , deux de la Jeune

• garde et un bon nombre de détachements et de « troisièmes bataillons. «

Hé bien , supposons que ces quinze mille hommes eussent pu rejoindre Buonaparte, nous demandons quel eût été le résultat de la bataille de Waterloo? A quoi le succès de cette bataille a-t-il tenu? Quel léger poids pouvoit faire pencher la balance !

Que seroient devenues l'Europe et la légitimité en cas de revers? Le même général Gourgaud va répondre. « On proposoit, dit-il, de réunir au 15 « Juin le plus de troupes qu'il seroit possible, et « Ton calculoit pouvoir réunir de cent trente à « cent quarante mille hommes sur la frontière du « nord ; d'attaquer aussitôt, de disperser les An- « glois, et de chasser les Prussiens au delà du n Rhin. Cela obtenu , tout étoit terminé ; une rêveur lution dans le ministère auroit lieu à Londres; « la Belgique se lèveroit en masse , et toutes les « troupes belges passeroientsous leur ancien éten- « dard : toutes les troupes de la rive gauche du « Rhin, celles de Saxe, de Bavière, de Wur- « lemberg, etc., fatiguées du Joug de la Prusse « et de l'Autriche , se toumeroient du côté de la « France, etc. » Il est possible que les événements eussent trompé tous ces calculs, mais du moins il est certain que le sang du second la Rochejaquelein et du second Charette , que le sang de Suzannet et de plusieurs autres royalistes françois n*a pas inutilement coulé pour les rois de l'Europe. Mais quand l'immolation de la victime sans tache a désarmé la colère du ciel , songe-t-on au sort de la victime?

Il reste prouvé que dans aucun pays , que dans aucun temps, jamais sujets n'ont servi leurs rois comme les Vendéens ont servi le leur. Nous allons bientôt voir ce qu'ils ont souffert pour la cause qu'ils défendoient; mais on perdroit une partie de l'admiration que l'on doit avoir pour les grandes dioses qu'ils ont faites, s] l'on ne s'arrétolt

un moment au détail de leurs mœurs et de leor caractère. Les foibles moyens avec lesquels ils ont commencé une lutte gigantesque en rendent iei résultats plus prodigieux.

Les Vendéens eurent pour premières armei quelques méchants fbsils de chasse, des hâtoos durcis au feu , des fiiox , des broches et des fim^ ches. Leurs cavaliers étoient montés sur des d» vaux de labourage. Ils se servoient de bâts Urato de selles, de cordes au lieu d'étriers. On vojrott sur le champ de bataille , en face des troapes ré* publicaines, des paysans en sabots, vêtos d'une casaque brune ou bleue , rattachée par une œiii* turede mouchoirs. Leur téteétoit recouverte d'us bonnet ou d'un chapeau rond à grands bords. Ces bonnets et ces chapeaux étoient ornés de chape* lets j de plumets blancs ou de cocardes de papier blanc. Lorsque les Vendéens avoient un sabre, ils l'attaehoient à leur côté avec une ficelle : ils suspendoientpareillement leurs fosilsàieursépaoles , comme des chasseurs. Presque tous portolent une image delà croix, ou du sacré-cœur, attachée sur leur poitrine. Si les sacrifices à rhonneor et à la fidélité , si l'extrême indigence et l'extrême courage pouvoient être ridicules, les Vendéen l'auroient été quelquefois. Ils remplaçoient leurs chétîfi vêtements pourris par les pluies, percés par les balles, avec tout ce que le hasard of&oit à leur héroïque misère : on a vu un de leurs officiers se battre entortillé dans une robe de joge; un autre s'élancer et mourir au milieu dafeu, n'ayant pour couvrir sa nudité qu'un morceau de serge. Un adjudant patriote ayant été conduit i M. de la Rochejaquelein , alors généralissime, il trouva celui-ci dans une hutte à branchages, veto d'un habit de paysan, le bras en écharpe, on bonnet de laine sur la tête.

La bravoure des Vendéensétoitreconnueméme de leurs plus implacables ennemis. L'antiquité ne nous a point transmis de paroles plus belles que ces paroles si connues de la Rochejaquelein : S f avance j suivez-moi; si Je recule ^tuez^mm; si je meurs y vengez-moi. A la première affaire de Laval , le Jeune guerrier poursuivant l'ennemi se trouve seul eji face d'un grenadier qui chargeolt son arme. La Rochejaquelein étoit à cheval , mais blessé, et portant le bras droit en écharpe : il fond sur le grenadier, le saisit au collet avee la seule main qu'il eût de libre. Le grenadier se débat , et cherche à percer de sa baïonnette le die val et le cavalier. Des paysans surviennent et

toer te grenadter. La Roehejaqaelein le iiBveet loi dit : « Va rejoindre tes chefs ; tu leur •anmmeeras que tu as lutté avec le général de thniiée royale, qu'il ne porte point d^armes, «<|i1lD'aqn*miemaindelibre, et que tu n'as pu tteltaer. » Cest tout le soldat firançois.

Le gtoéral Turreau a peint la Roehejaquelein tel ne seule ligne : « J'ai ordonné au général t Goriefor, [écrit-Il , de faire déterrer la Rocheja* . fadda, et de tâcher d'acquérir les preuves de ■ anort >Quel estdcmecet étrange jeune homme tetil faut déterrer le cadavre pour tranquiili* m mt république qui comptoit dans ses camps m wilion de soldats victorieux? Quel est donc * « héros de vingt et un ans qui causoit aux enne» iàde rois la même frayeur qu'inspiroit aux Ro- Mto kiiàï Annibal exilé , désarmé et trahi?

taehamp rappeloit toutes les vertus de hfu&\ mène désintéressement, même humatM, même courage. Cétoit un de ces François triifK les formoient nos anciennes moeurs , et kb qa'on n'en verra plus. Une foule de prisonrien républicains lui durent la vie; il engagea le pMnoine de ses pères pour soutenir ses compapm d'armes. Un représentant du peuple écri- ^ à la Convention : « La perte de Bonchamp

• mt une victoire pour nous , car il est de tous « kicbefo des Vendéens celui en qui ils avoient «kfhis de confiance ) qu'ils aimoient le mieux ,

• et qQHs suivolent le plus volontiers. » Des his^ Ma» prétendent que les républicains mutilénatm cadavre , et envoyèrent sa tète à la Con-

Il religion sembloit dominer particulièrement tes k jeune Lescure; il communioit tous les hiftjovs;il avoit porté longtemps uncilice, dont 6Q vogrott la marque sur sa chair. Cette armure n'était pas à l'épreuve de la balle , mais elle étoit kfépicave des vices ; elle ne défendoit pas le cœur fclescore contre l'épée , elle le mettoit à l'abri fa pissions. Plus de vingt mille prisonniers pa- Iriito, sauvés par l'humanité du général vente, trouvèrent sans doute qu'un cilice étoît *■! bon dans les combats qu'un bonnet rouge.

Stofflet, brave soldat, chef intelligent, mourut ocriant trive le roi! Il avoit du cœur, et de cette vertu opiniâtre qui ne cède Jamais à la fortune , Kttii (pii ne la dompte Jamais.

Charette commanda le feu du peloton qui lui ^^neha la vie ; loi seul se trouva digne de don- ^ le signal de sa mort. Jamais capitaine, depuis

DE LA VENDÉE

MIthridate , n'avoit montré plus de ressource et de génie militaire.

Le lier d'Elbée , couvert de blessures , fut pris dans i'ile de Noirmoutiers ; sa foiblesse l'empêcha de se lever. Ceux qui l'avoient vu si souvent de- Iwut sur le champ de bataille le fusillèrent dans un fauteuil. On eût dit d'un monarque recevant sur son trône les hommages de la fidélité.

Le prince de Talmont, en allant à la mort, prouva qu'il étoit du sang de la Trémouille. « Fais ton métier, dit^il au bourreau, Je fais mon « devoir. »

De tous ces chefs, les uns étoient nobles, les autres sortis des classes moins élevées de la société ; les talents marquoient les rangs. Le noble obéissoit au roturier, et le roturier au noble, selon le mérite ; et tandis que laConveotion décrétoit l'égalité et la liberté en créant le despotisme , l'égalité et la liberté ne se trouvoient qu'à l'armée royale et catholique de la Vendée.

n Une manière de combattre que l'on ne cou- « nolssoit pas encore, dit le général Turreau; un « attachement Inviolable à leur parti; une con« « fiance sans bornes dans leurs chef^; une telle a fidélité dans leurs promesses qu'elle peut sup- « pléer la discipline ; un courage indomptable et « à répreuve de toutes sortes de dangers, de fan tigues et de privations : voilà ce qui fait des « Vendéens des ennemis redoutables, et ce qui < doftt les placer dans l'histoire au premier rang « des peuples soldats.... Ce fut cette espèce de dé- « lire et d'enthousiasme qui, dans des temps de « ténèbres et d'ignorance , emporta nos premiers « croisés dans les plaines brûlantes de l'Afrique et « de l'Asie. Les défenseurs de l'autel et du trêne R sembloient avoir pris nos anciens preux pour «modèles. Leurs bannières étoient ornées de « devises qui rappeloient les hauts Aiits de la « chevalerie. »

Un autre général écrivoit à Merlin de Thfonville, après la déroute de Savenay : « Je les ai « bien vus, bien examinés; J'ai reconnu ces mé- « mes figures de ChoUet et de Laval. A leur con- «ttenance et à leur mine, Je te Jure qu'il ne leur « manquoit du soldat que l'habit. Des troupes tt qui ont battu de tels François peuvent bien se « flatter de vaincre tous les autres peuples. »

N'est-il pas singulier qu'un général républicain dise des paysans de la Vendée ce que les soldats de Probus disoient de nos ancêtres : « Nous « avons vaincu mille Barbares de la nation des

DX LA VEiq)É&

« Frani» ; eonbioi n'àUmis^noDs pas vaincre de « Perses I »

s L'inexplicable Yendée y s'écrioit Barrère à la « Convention , existe encore; de petits succès de « la part de nos généraux ont été suivis de plu- « aieurs défiiites.... L'armée que le fanatisme a « nommée catholique et royale paroit un Jour « n'être pas oonsidéraiHe, elle paroit formidable le « lendemain. Est*eile battue, elle devient comme « invincible; a-t-elle du succès, elle est immense,*. • « Jamais , depuis la folie des crdsades , on n'a- « voit vu autant d*hommes se réunir qu'il y en a « eu tout à coup sous les drapeaux de la liberté, « pour éteindre à la fois le trop long incendie de « la Vendée.... I^a terreur panique a tout frappé, « tout effrayé, tout dissipé comme une vaine va- « peur. La Vendée a fait des progrès; c'est dans « la Vendée que vous devez déployer toute rim« A pétnosité nationale, et développer tout ce que « la république a de puissance et de ressources. « La Vendée est encore la Vendée. »

Ainsi parloit de la Vendée, à la Convention natianale, le Comité de salut public, après avoir aononeé, quelque temps auparavant , que la Vendée n'existoit plus. ... Buonaparte , qui se connoissoit &k choses extraordinaires , avoit surnommé les Vendéens le pétale des géants.

Les femmes rivalisoient d'héroïsme avec les hommes dans le grand dévoAment de la Vendée. Coomie les matrones de Sparte, elles gardolent leurs maisons les armesà la main, tandis que leurs maris se battoient; mais, moins heureuses que les Lacédémoniennes , elles virent la fumée du camp ennemi , et ce9 ennemis étoient des François I Ou en compte plusieurs tuées sur le champ de bataille; d'autres y reçurent des blessures. A l'affaire de Dol , une simple servante ramena la victoire en se mettant à la tète des Vendéens et en criant : A moi les Poitevins/ Même magnanimité dans les prêtres qui suivoient les soldats du Dieu vivant. Le lendemain de la déroute de Savenay, un curé qui avoit perdu la vqe , erroit dans la campagne avec un guide. Des hussards républicains le rencontrent. « Quel est le vieil- « lard que tu mènes? » disent-ils au guide. « C'est «un vieux paysan aveugle, » répond celui-ci. ««Non, messieurs, reprend le véridique pasteur, «je suis un prêtre. »

La religion animoit également tous les cœurs : « Rends-moi les armes, » crloit un soldat républicain à un paysan. « Et toi , rends-moi mop Dieu v

répliqua le paysan* Lorsque les Vendéens éMent prêts à attaquer l'ennemi, ils s'agenQuUloieat^ receyoient la bénédiction d'un prêtre. Us ne eosroient point à la mort comme les bêtes des boii, sans pcaiser à celui qui nous a donné oos Jovi pour les sacrifier quand il le &ut à rhomunr et à la patrie. La prière proncntcée sous les anoei n'étoit point réputée foiblesse; car le Vendéen qui élevoit son épée vers le ciel demandoit la victoire , et non pas la vie.

Dans le cours de sept années, depuis irisjos* qu'à 1 709, on compte dans la Vendée et dans la provinces de l'ouest deux cents prises et repriseï de villes, sept cents combats particuliers, et dii<i sept grandes batailles rangées. La Vendée tinta diverses époques solxante^lx et solxant^qatoia mille hommes sous les armes ; elle combattit d dispersa à peu près trois cent nUlle hoounes de troupes réglées , et six à sept cent mille réqiM* tionnaifcs et gardes nationaui^; elle s'empara d« cinq cents pièces de canon et de plus de centcioquante mille Itosils. On a vu ce qu'elle fit psr $ei combats et par ses traités, pour la cause 4u mi Intime , et même pour celle de tous les sonve* rains de l'Europe : quand on aura examiné m qu*elle a souffert pour cette même cause , on avia uneidéecomplètedesessacriâceset de sesvertni.

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