LA MONARCHIE
Les premiers martyrs vendéens furent les paysans pris à l'affaire de Bressuire, le 24aoûtl79). Ils refusèrent de crier vive la nation! et on les fusilla pour s'être obstinés à crier vive le roi! Bientôt aux fléaux ordinaires de la guerre sejc^gnentdes espèces d*atrocités légales, telles que pou voient les inventer une Convention et un Comité de salut public. Les troupes républicaines eurent ordre de ne faire aucun prisonnier, de tout dévaster, de tout égorger, de brûler les chanmières, d'abattre les arbres, de fiedre de la Vendée un vaste tombeau.
« H sera envoyé à la Vendée, par le ministre « de la guerre, dit l'article 2 du décret de ta <« Convention du 2 août 1 793 , des matières com- « bustîbles de toute espèce pour incepdier l^ t bois , les taillis et les genêts. »
Article 7. « Les forêts seront abattues, les fe- « paires des rebelles seront détruits, les récoltes « seront coupéeç^ et les bestiaux seront saisis*
m U VENP^
•Lu liens ta reMhi açraot déclarés apparte- •ijlrà la république. ».
Autre démt ainsi conçu : « Soldats de la liberté, ■ il fiuit que les brigands de la Vendée soient ex- • tenaillés a^ant la fin du mois d'octobre. Le salut «deU patrie Texige, l'impatience du peuple tftnçois le commande, son courage doit Tac- «cflBflir. »
Aube décret qui ordonne que toutes les villes fà se rendront aux Vendéens seront rasées.
La représentants du peuple, par un arrêté du )1 décembre, avoient organisé une compagnie dlneeDdiaires. On forma les fameuses colonnes idenuiles. Au moment où elles se mirent en maréty m général leur Qt cette harangue :
* Mes camarades, nous entrons dans le pays •iBsorgé; Je vous donne Tordre de livrer aux ihmmes tout ce qui sera susceptible d'être brûlé, •tf dépasser au fi! de la baïonnette tout ce que «mi rencontrerez d'habitants sur votre pas- •iage.» n fai\f remarquer qu'avant cet ordre poqne toutes les villes de la Vendée avoient été Mlées, et qu'il ne restoit plus à incendier que les buneanx et les chaumières isolées.
« En cinq Jours, dit un nouvel historien >, •Me la Vendée fat couverte de débris et de cen-
< dm. Sobcante mille hommes, le fer et la flamme «à II main, la traversèrent dans tous ses con-
«iBon, sans y laisser rien debout, rien de vivant. 'Tontes lesatrocités précédemment commises n'ar •loient étéqa'un Jeu en comparaison de cesnou-
< telles horreurs. Ces armées , vraiment infema- •b, massacrèrent à peu près le quart du reste •delapopolati(»i. »
Bes républicains, témoins oculaires, décrivent M la marehe des colonnes infernales :
«tefnrtit de la Floutière après avoir incen- ■diéli bourg. Le général m'ordonna de le suivre
* et de ne pas m'éloigner de lui : dans la route, *«fillnR, on loeendioit ; depuis la Floutière Jus- '^*nx Herbiers, dans l'espace d'une lieue, on *^Mx lacotonne autant à la trace des cadavres
* fi'eileavolt faite , qu'à la lueur des feux qu'elle '*^vitt allâmes : dans une seule maison, on tua •dan^llar^gy murl et femme, dont le plus * Jeane avoit au mefaas quatre-vingts ans.... Les
*b nppiiaiit tootM on horreurs , la probité hisforiqne ^MiRq«ll xaatdaw la Vtndéateelidli répuMtoalns rM^j*hfleDeur et d'humanité. Non-seulement ces chefs ne ^iOfMèmt point par les forlalts que nous lirons à regret *Mtt, Mb Ui ft> oppoaércnt de tout leur pouvoir. U jfyM Qoé(ine«u , par exemple , fui un digne et noble enyt*iVmi<Mii; aosil fut-U faiillé par aoD parti, qui lui
tt hussards surtout étolent les plus acharnés : oe « sont des désorganisateurs qui ne savent que pil-. « 1er, massacrer et couper en morceaux.... La coft lonne de... a brûlé des blés, des fourrageS| mas* « sacré des bestiaux....
« A peine Ifs députés forent-ils de retour, qve « la colonne de Pouzange, sous les ordres du gé- « néral , se porta dans la commune de Boupère» « l'incendia en grande partie, massacra indistinc- « tement les hommes et le^ femmes qui se trou- « vèrent devant elle , fit périr par les flammes plu% <« de trois mille ix)isseaux de blé, au moins hui( « cents milliers de foin, et plus de trois mille livrer «de laine....
« Le 1 2 , la scène augmenta d'horreur. Le gér « néral part avec sa colonne , incendie tous les vit; « lages, toutes les métairies, depuis la FioutièrQ «jusqu'aux Herbiers : dans une distance de prè^ « de trois lieues , où rien n*est épai^é , les honv- « mes, les femmes, les enfants même à la ma- « melle, les femmes enceintes, tout périt par les( « mains de sa colonne. Enfin de malheureux pa- « triotes, leurs certificats de civisme à la malUi ^ demandent la vie à ces forcenés; ils ne sont pas « écoutés : on les égorge. Pour achever de peindre « les forfaits de ce Jour, les foins ont été brûlé^ « dans les grange^, les grains dans les greniers , « les bestiaux dans les étables ; et quand de inal- « heureux cultivateurs connus de nous par leur « civisme ont eu le malheur d'être trouvés à délier « leurs bœufs, il n'en a pas fallu davantage pour » les fusiller; on a même tiré et frappé à coups de « sabre des bestiaux qui s'éehappolent. »
« Si la population qui reste dans la Vendée n'é- « toit que de trente à quarante mille âmes (dit un «représentant du peuple), le plus court sans « doute seroit de tout égorger, ainsi que Je le « croyois d'abord; mais cette population est iin- « mense : elle s'élève encore à quatre cent mille « hommes, et cela dans un pays où les ravins et « les vallons, les montagnes et les bois diminuent « nos moyens d'attaque , en même temps qu'ils « multiplient les moyens de défense des habitants.
« S'il n'y a\oit nul espoir de succès par un « autre mode , sans- doute encore qu'il faudroit « tout égorger, y eût-il cinq cent mille hommes. »
Il ajoute ensuite : « Il ne faut point faire de « prisonniers : dès que l'on trouve des hommes « ou les armes à la main, ou en attroupement de « guerre, quoique sans armes, il faut les fosiller « sans déplacer.
DE LA VENDÉE
« n fiiut mettre à prix la tète des étrangers, « pourvu qa'on les amène vivants, afin de n'être « pas trompés , et qu'on n'apporte point la tête « des patriotes.
« Il faut mettre les ci-devant nobles et les elm devant prêtres surtout à prix, avec promesse « d'indulgence , d'ailleurs, pour ceux des insurge « qui les livreront
« Il faut mettre la personne des chefii à un prix
• très-considérable, qui sera payé en entier si on
' « les amène réellement, et à moitié seulement si
« on ne fait qu'indiquer le lieu où les prendre,
« pourvu que le succès suive l'indication. «
Remarquez que ce représentant do peuple , qui est révolté des horreurs commises dans la Vendée , étoit accusé lui-même d'avoir tué de sa propre main , dans les prisons , des prisonniers vendéens, d'en avoir fait fusiller cinq cetits autres, d'avoir liilt manger le bourreau à sa table , et d'avoir forcé des enfants à tremper leurs pieds dans le sang de leurs pères.
Les vieillards, les femmes et les enfants qui suivirent l'armée vendéenne au delà de la Loire périrent en grande partie après la défaite du Mans. Les femmes , après avoir essuyé les derniers outrages , furent égorgées : on exposa dans les rues leurs cadavres nus, unis aux cadavres des Vendéens massacrés;' etcesembrassementsdela mort Airent le sm'et d'une plaisanterie républicaine.
Dans une dénonciation Juridique , on trouve qu'un général « avoit voulu contraindre une serti vante à aller chercher une salade dans un Jardin « où iioit un cadavre détruit par son ordre ^ eu
« lui disant Situ n'y vas pas y je t'attacherai
« les mains y je te violerai sur le cadavre , et te * ferai fusiller après. »
Une pauvre fille, appelée Marianne Rustaud, de la commune du petit bourg des Herbiers , déclara que lorsque les volontaires de la division de... arrivèrent chez elle, elle alla au-devant d'eux pour leur faire voir un certificat qu'elle avoit du général Rard : ceux-ci lui répondirent qu'ils en vouloient à sa bourse et à sa vie ; ib lui volèrent 49 livres^ et l'obligèrent, en la menaçant, de rentrer chez elle pour leur montrer l'endroit où elle pourroit avoir d'autre argent caché. « Dès « qu'elle fut entrée, dit le rapport, quatre d'entre « eux la prirent et la tinrent, tandis que les au- « très assouvirent leur brutale passion sur elle, « et la laissèrent presque nue ; après quoi ils fù- « rent mettre le feu dans les granges; ce que
voyant la déclarante , elle rassembla toutes m forces pour aller faire échapper les bestiaux : ce que trois d'eux voyant, ils coururent après elle pour la faire brûler avec ses bœufs ; et étant enfin parvenue à s'en échapper, elle se rendit auprès de sa mère , êgée d'environ solxantedix ans , lui trouvant un bras et la tète coupés , après lui avoir pris environ 900 livres, seul produit de ses gages et de leur travail. Enfin elle fut obligée de l'enterrer elle-même. Après quoi elle se couvrit des hardes qu'on avoit laissées sur sa mère , et parvint enfin à se rendre chez le citoyen Graffard des Herbiers , où elle fat eu sûreté , et a déclaré ne savoir signer. » Nantes seul engloutit quarante mille victimes. Julien mandoit à Robespierre qu'une foule iDoombrable de soldats royaux avoient été fusillés à la porte de la ville, et que cette masse de cadavres entassés , Jointe aux exhalaisons de la Loire toute souillée de sang, avoit corrompu l'air.
Un autre représentent écrivoit*. » Les délits ne « sont pas bornés au pillage dans la Vendée : k « viol et la barbarie la plus outrée sont dans tous « les coins; on a vu des militeires républicaiDS « violer des fenunes rebelles sur des pierres amon- (c celées le long des grandes routes , et les fusiller « ou les poignarder en sortant de leurs bras; ou « en a vu d'autres porter des enfants au bout de « la baïonnette ou de la pique qui avoit peroédo « même coup et la mère et l'enfant. »
Phiiippeaux (le conventionnel) attribue la disette qui affligeoit laFrance en 1 793 aux horreurs gratuites dont la Vendée étoit le théâtre, à Tlncendie des subsistances et des chaumières, à la destruction des animaux et de toutes les ressouites agricoles, dans un pays qui foumissoit quatre cents bœufis par semaine au cheMleu de la répn*
bllque.
Les prisonniers que par hasard on ne massacroit
pas sur le champ de bataille, les vieillards, les femmes et les enfants étoient conduits en diffé» rents lieux , et principalement à Nantes. Là on les égorgeoit, on les guîllotinoit M. de CastelbaJae a rapporté , dans un article sur la ConventioDf l'histoire déplorable de ces enfants vendéens des deux sexes qui se réfugiolent entre les Jambes des soldats chargés de les fusiller. Le jhiloeofbê Carrier invente principalement pour les Vendéens les maric^es républicains et le bateau à sonpspe- On sait que le Comité de salut public avoit fort «icouragé lepatrioto qui proposoit la ooDStmetiflO
m LA VENDÉE^
t§ttt gvIBotiDe à dnqnante eo^jteanx pour fiilre toniber à la fois cinquante têtes.
Le chinirgien Geainoa écrit à Ropbesierre : « Il c fimt tedlre qœ des soldats indisciplinés (les
• (Mdres de tuer toat ce qui se présentolt étoient
• UftMx) se sont portés dans les hôpitaux de
• Foqgères , y ont égorgé les blessés des brigands
• das leurs lits. Plusieurs femmes des brigands
• j étoient malades. Ils... et les ont égorgées
• iprès. »
Six cents détenus furent enfermés à Doué , im une prison qui ne recevoit l'air que par un MfiFBil, les prisonniers y périssoient étouffés en poQKBnt de sourds mugissements. On n'enlevoit si la ofdures des moribonds, ni les cadavres des morts. Le règne de la raison et de la fraternité NDouYeloit le supplice de Mézence dans les cachots de la Vendée. Enfin la présence d*un soldat lépnfaiicain finit pair produire Teffet de la présence fime béte féroce : les chiens des paysans, Instvuts par leurs maîtres, se taisoient quand ils loyoleiit un proscrit, et poussoient à rapproche tm Neu d*affreiix hurlements.
Le massacre des enfants et surtout des femmes otm trait caractéristique de la révolution. Vous le trouverez rien de semblable dans les proscripte de Tantiquité. On n'a vu dans le monde ente qu'une Té\o\u^n philosophique', et c'est la iMr. Gomment se fait-il qu'elle ait été souillée fBT des crimes Jusqu'alors Inconnus à l'espèce hulne? Voilà des faits devant lesquels il est impossible de reculer. Expliquez, commentez, Marex, la chose reste. Nous le répétons : le nevtre général des femmes , soit par des ezécutemilitaires, soit par des condamnations pré- Mks jurldiqpMS , n'a d'exemples que dans ce '^d'humanité et de lumières. Au reste , quand «iiîelardigion,onr^ette le principe de l'ordre Boni de l'univers ; alors il est tout simple qu'on B^nmioisse et qu'on outrage la nature.
Rtt de six cent mille royalistes ont péri dans hi guerres de la Vendée. Presque (tous les chefii entrèrent la mort sur le champ de bataille |ou te les supplices. On évalue à 160 millions la pote causée par l'incendie des moissons , des laides grains, des bestiaux. On porte à onze ttst ndllelenoiidNre des boeufs brûlés ou égorgés, ^cents Heoes planimétriques furent ravagées <^MYerties en désert
Noos traversâmes la Vendée enl 803 . Sa popu- ^n'étoli pas encore rétidiUe. Des ossements
blanchis par le temps , et des ruines ndreies par les flammes , frappoient cà et là les regards dans des champs abandonnés. Un demi-siècle d*une administration paternelle ne feroit pas disparoitre de ce sol les touchants et nobles témoins de sa fidélité. La plupart des villes et des villages, Argenton, Bressuire, Châtillon, Ghollet, Montaigu, Tiffauges, etc., sont à peine rebâtis à moitié.
Ministres du roi légitime, qu'avez-vous fidt pour ce pays ? Avez*vous pansé les plaies du Vendéen? avez- vous couvert sa nudité, relevé ses cabanes , soulagé son infortune? Quelle mesure avez-vous prise pour la restauration de cette province fidèle? quelle ordonnance est venue la consoler? quelle loi reoonnoissante a voué à l'admiration de la postérité tant de nobles sacrifices? Loin d'accueillir le Vendéen, ne Tauriez-vous pas repoussé? ne vous auroit-ii pas paru suspect? n'auriez-vouspointcherchédesccmspirationsdans le sanctuaire de la fidélité? n'auriez-vous point préféré aux habitants du Marais et du Bocage les hommes qui les ont égorgés , ou les hommes dont les principes menacent de nous ramener les mêmes crimes et les mêmes malheurs? Tel qui porta le fer et la flamme dans le sein de la Vendée ne Jouit-il pas d'une pension considérable, tandis que tel Vendéen meurt de faim et de misère? Ministres du roi légitime , qu'avez-vous fait pour la Vendée? Voyons vos actes. Si vous vous étiez rendus coupables de la plus cruelle des ingratitudes envers un pays dont le dévouement marquera danslesannalesdumonde,sachez que vous auriez porté un coup mortel à cette monarchie que vous prétendez sauver.