‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 74 sur 279 · DÉPARTEMENT DES DEUX-SÈVRES · texte numérisé non relu

DÉPARTEMENT DES DEUX-SÈVRES

ACTES DE hk PAfiPECmRB.

Recherches des dépôts illicites d^armes et de tnunidùns de guerre.

« Le préfet du département des Deux-Sèvres, « officier de la Légion d^Honneur, informé qull « a été découvert dernièrement , dans le départe- « ment de la Vendée, deux dépôts de poudre, ear- « touches , boulets et autres munitions de guerre « provenants du débarquement fait en 1815, « et présumant qu'il peut en exister de semblables « dans le département des Deux-Sèvres , sans que « les dépositaires se croient pour ce fait passibles « d'aucune pefne ou condamnation ;

« Voulant préveuir les dangers auxquels s'ex- « poseroient ses administrés, s'ils se trou voient % détenteurs de pareils objets , et leur fournir les « moyens d'y obvier,

« Arrête:

R Art. I^'. Tout particulier détenteur ou dépo- « sltalre de munitions de guerre , armes de cali- « bre ou d'artillerie, devra, dans la quinzaine de « la publication du présent arrêté , en faire la dé* « daration au maire de sa commune ; celui-ci , « après en avoir constaté par procès- verbal la « nature, le pcMs, la quantité et la qualité, lui « en remettra décharge , et fera transporter le « tout, sans aucun délai et avec les précautions « convenables, au chef-lieu de la sous-préfecture.

« Les frais de transport seront acquittés de % suite et sur la présentation des pièces réguUè-

• res«

« Art. IL A défont de la déclaration prescrite

• par l'article ci-dessus, toute personne chex qui se « trouveroioit déposées des munitions de guerre « ou des armes de calibre et d'artillerie , sera tra-

• duite devant les tribunaux pour y être Jugée et « condamnée omfiHtnément aux dispositions des % lois et règlements dont les extraits sont relatés % ci-après.

« Le présent sera imprimé, publié et affiché « dans toutes les communes du département »

A la suite de eet arrêté se trouvent des extraits de la loi du 13 fiructidor an V, et du décret du 98 pluviôse an XIlI; le tout corroboré d'extraits d'ordonnances conformes à ladite loi et audit décret. Ces actes rappellent les peines encourues

par les délinquants qui recèleroteut poadrcs,

armes de calibre , etc.

Mais quels sont les boulets, poudres, carton* ches et autres munitions de guerre dont on a bit dans la Vendée la grande décou?erte? L'|rrtté a pris soin de vous le dire : ce sont les boalets, poudres et cartouches qui forent dftarqoéspoot le service du roi pendant les Cent- Jours daos li Vendée. Ces munitions de guerre , dont l*entréea coûté la vie à la Roch^aquelein , Beauregard et Suzannet, rendent passibles de peines et de cos* damnaiitm les Vendéens tpàea serolentdépositairesl

Et par quelles lois les Vendéens seront-ils frap> pés?par la loi du iZ fructidor an F, et parle décret du 9 S pluviôse an XUL Ainsi la aototi* tés minbtérielles de la légitimité font exécater eontre les Vendéens les lois du Directoire et de VEmpire^

Buonaparte avoit aussi réclamé ces mttiNi munitions de guerre; mais il s'en rapporta i il loyauté des signataires de l'acte de pacifieatkNi pour les lui remettre. Il ne menaça point les Veo* déensdu décret du 18 fructidor. Toutefoisiltraitoit avec les ennemis , et les poudres n'avoiait point été fimmies pour soutaalr son autorité, mais pour la combattre.

L'article 3 de l'arrêté de M. le conseiller de préfecture ordonne la déclaration et la remise des armes de calibre ou d'artillerie. Noos ne savons pas si les Vendéens ont conservé des anaei de calibre ou d'artillerie : nous ne le croyons pasj mais , dans tous les cas , ce sont donc les fusils et les canons qu'ils ont enlevés au prix de leur saog qu'on leur demande? Mais quand on leur aura ravi ces glorieux trophées de la fidélité, on n^auri désarmé ni les Bretons ni les Vendéens. Ne leur restera-t-il pas ces bâtons avec lesquels ils ont pris ces canons qui vous inquiètent? Voulez-vous aussi qu'on vous apporte ces bâtons suspects? Mais tous les bois n'ont pas été brûlés dans la Vendée , et ces arsenaux ne fourniront-ils pas au paysan de nouvelles armes pour enlever les canons aux ennemis du roi? Vous n'avez pas voulu distribuer aux royalistes de l'Ouest les armes d'honneur que la magnanimité du roi leur desti* noit; ne peuvent-ils du moins garder celles qu'ils ont conquises pour le roi au champ d'honneor?

Vous réclamez les fiisils dès Cathelineau, des Stofflet, des Qonchamp, des Lescurel Que M demandez*vou6 aussi Tépée des Cbarette et des

»Ë LA VBNÛÉÉ.

SS

h Bocb^JMpidefai? Ab I la main qui porta cette épé0oc pot être désarmée par 400,000 soldats; de ne l'oa^rit pour céder le 1er que lorsque la Mrt vint giioer le eœur qui guidoit cette main ttèk) On avolt promis à cette épée la restauratioD de h monarchie; CD lui avoit Juré de livrer i a prie le jeune Louis XYil et son auguste mr. Le traité fut conclu à la \ue des ruines de JiYwiée, à la lueur des flammes qui dévoroient ee denier asile de la monarchie. Quand on vous m remis les armes vendéennes , qu'en ferez- 10»? Elles ne sont point à votre usage : ce sont kian&esde vieux Francs, trop pesantes pour

S les royalistes de TOuest ont des armes, si on bilcor demande de par le roi , ils les abandonne* m , puisqu'ils ne les ont prises que pour le roi. lUicst-OD hien sûr qu'on n'aura Jamais besoin hiTeadéens? Le système ministériel n'a^t-il pas pAit wi premier 20 mars , et ne peut-il pas en mmt on seconde Qui nous défendra alors? fasnt-ee les hommes qui nous ont déjà trahis? GhoieRmarquable ! on veut désarmer les paysans dilaBretagne et de hi Vendée, et l'on a fait renin les armes qu'oa avoit prises aux paysans de rbère,daiis un département qui s'étoit insurgé Mk le souverain légitime.

lâfwtion qui pousse les ministres , et dont ils mila victime, a ses raisons pour presser le dé* MMMttt de la Vendée. A diverses époques on iMé es désarmement , et l'on n'a Jamais pu y iteir. Le nom da roi présente une chance : en inpIojvDt eet auguste nom , on peut espérer que les paysans royalistes s'empresseront d'apporter hi Amis qu'ils pourroient encore avoir. Mais dans itpsys il y a ausai des Jacobins, et ceux-là ont Mstertainement des armes, et ceux-là ne les Mdroot pas au nom du rri. Alors, s'il arrivoit JlwiiQDe catastrophe, non-seulement la popuhUn royaliste de l'Ouest deviendroit inutile dans kiranler moment à la cause de la légitimité, Mb encore elle seroit livrée sans armes à la pofuiatiou révolutionnaire armée. Voilà pourtant à vol nous exposent ces mesures déplorables.

La Vendée, que la Convention laissa libre, exempta de réquisitions et de conscrip- ^te; la Vendée, à qui elle permit de garder ses *isei,etm£me la cocarde blanche; la Vendée, 'm elle paya les dettes, et dont elle promit de

'^^ les chaumières ; les Vendéens , que Buo-

li>|iite appeloit un peuple de géants , et au mi-

lieu desquels il voulott bâtir uné ville de son nom ;les Vendéens , que l'usurpateur traitoit avec estime; les Vendéens, dont il reoonnoissoit la loyauté f dont il plaçoit les enfants et pensionnoit les veuves : cette Vendée , ces Vendéens n'ont donc pu mériter, par trente années de loyauté , de combats et de sacrifices, la bienveiljance des ministres du roi?

Que si la loi des élections, en amenant une Chambre démocratique, produisoit, par une conséquence naturelle, des ministres semblables à cette Chambre ; que si ces ministres , ennemis de toute monarchie, et surtout de toute monarchie légitime , conspiroient contre le gouvernement établi, que pourrolent-ils faire de mieux que de persécuter la Vendée? Ils obtlendroient, par cette persécution, des résultats importants-: ils feroient accuser le gouvernement monarchique d'ingratitude, d'absurdité et de folie; ils le rendroient méprisable aux yeux de tous , odieux à son propre parti ; et quand la catastrophe arri veroit , ils aoroient ou désarmé les seuls hommes qui pourroient s'opposer à cette catastrophe, ou refroidi dans le coeur de ces hommes le sentiment de la fidélité. £n administration, l'incapacité orgueilleuse et passionnée produit les mêmes effets que la trahison.

Heureusement il n'est donné à personne de détruire la haute vertu vendéenne ; elle a résisté au fer et au feu de l'effroyable Convention , et ce ne sont pas de tristes agents ministériels , d'obscurs traîtres des Cent- Jours, des espions, des commissaires de police , qui achèveront de démolir des débris impérissables: les petits serpents qui se cachent à Rome dans les fondements du Colisée peuvent-ils ébranler ces grandes ruines?

Quiconque a quelque goût de la vertu aime à s'entretenir des hommes qui sont devenus illustres par de saintes adversités et des devoirs accomplis. Leur mémoire , bénie de race en race , fait le contrepoids de l'abominable renommée d'une autre espèce d'hommes, lesquels vont aux âges futurs tout chargés de prospérités maudites et de crimes si énormes que ces crimes en prennent un faux air de gloire. Nous devions à la patrie et à l'honneur de venger la Vendée des outrages ministériels , de parler des Vendéens avec le respect et l'admiration qu'ils inspirent. Les noms inmiortels des Charette , des Cathelineau , des la Rochejaquelein, des Bonchamp, des Stofflet, des Lescure, des d'Elbée, des Suzannet et de tant

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