‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 77 sur 279 · DISCOURS PROKONCÉ PAR M. DE FONT ANES · texte numérisé non relu

DISCOURS PROKONCÉ PAR M. DE FONT ANES

DBTÂIIT L*INSTITUT, kXX FUNÉRAILLES DE M. DE LA HARPE.

La leUm et la France regrettent aujourd'hui un poète ,

Vtntoar, on critique illastre.... La Harpe a voit à peiiie

iBg-daq ans, et son premier essai dramatique l'annonça

k plus digne âèTe des grands maltrcâi de la scène

Lliërilage de leur gloire n'a point dégénéré dans

Wmm, car il nous a traosmis fidèlement leurs précep-

^d knrs exemples. Il loua les grands hommes des plus

Inn siècles de l'éloquence et de la poésie , et leur esprit

mne leur langage se retrouva toujours dans celui d'un

iK^ ipi'ils ivoient Ibrmé : c*est en leur nom qu'il at-

%R, jaaqu'ao denier moment, les fousses doctiioes

IMMes; et, dans ce genre de combat, sa vie entière

islt^'an long dévouement au triomphe des vrais prin-

1^ Mais si ce dévouement courageux fit sa gloire, Il

ÂpM ChI son bonheur. Je ne pois dissimuler que la

de mm canetère et la rigueur impartiale de ses

doignèrent trop souvent de son nom et de ses

Innn la bienveillance et même Féquité; il n'arraclioit

fK folime où tant d'autres anroient obtenu Fenthou-

iiae. Souvent les clameurs de ses ennemis parlèrent

ps hniqne le bruit de ses succès et de sa renommée :

■rii à Taspect de ce tombeau , tous les ennemis sont dé-

inés.Ici les haines finissent, et la vérité seule demeure.

*V<yctaprts la Di9eomn4tM,deF0Hiânet,

Les talents de la Harpe ne seront plus enfin contestés; tous les amis des lettres , quelles que soient leurs opinions , partagent maintenant notre deuil et nos regrets. Les circonstances où la mort le frappe rendent sa perte encore plus douloureuse; il expire dans un âge où la pensée n'a rien perdu de sa vigueur, et lorsque son talent s'étoit agrandi dans un autre ordre d'idées qu'il devoit aux spectacles extraordinaires dont le monde est témoin depuis douze ans. 11 laisse malheureusement imparfaits quelques ouvrages dont il attendoit sa plus solide gloire, et qui seroient devenus ses premiers titres dans la postérité. Sies mains mourantes se sont détachées avec peine du dernier monument qu'il élevoit ; ceux qui en oonnoissent quelques parties avouent que le talent poétique de l'auteur, grâce aux Inspirations religieuses, n*eut jamais autant d'éclat, de force et d'originalité. On sait qu'il avoit embrassé avec toute l'énergie dé son caractère ces opinions utiles et consolantes sur lesquelles repose tout le système social ; elles ont enrichi non -seulement ses pensées et son style de beautés nouvelles, mais elles ont encore adoud les souffrances de ses derniers jours. Le Dieu qu'adoraient Fénekm et Racine a consolé sur le lit de mort leur éloquent pa* négyriste et l'héritier de leurs leçons. Les amis qui l'ont vu dans ce moment où l'iiomme ne déguise plus rien , sa* vent quelle étoit la vérité de ses sentiments ; lis ont pu juger aussi combien son ccsur, malgré la calomnie, renfer* moit de droiture et de bonté. Déjà même des sentiments plus doux étoient entrés dans ce cœur trop méconnu et si souvent abreuvé d'amertume; les injustices se réparoient; nous étions prêts à le revoir dans ce sanctuaire des lettres et du goût, dont il étoit le plus ferme soutien ; lui-même se fâidtoit naguère encore de cette réunion si désirée : mais la mort a trompé nos vœux et les siens; puissent au moins se conserver à jamais les traditions des grands modèles qu'il sut mterpréler avec une raison si éloquente ! Puissent>elles, mes chers collègues, en formant de bons écrivains qui le remplacent , donner un nouvel édat à cette Académie françoise qu'illustrèrent tant de noms fameux depuis cent dnquante ans, et que vient de rétablir un grand homme si supérieur k celui qui l'a fondée !

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