‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 83 sur 279 · NOTICES NÉCROLOGIQUES · texte numérisé non relu

NOTICES NÉCROLOGIQUES

les troubles de la Ligoe, fût réparé aux frais du trésor. L'histoire remarquera que, dans notre siècle, si fécond en vertus guerrières , les anciennes races militaires ne dégénèrent point de leur valeur : chevaleresques àla Vendée, héroïques à Tannée de Condé , aussi brillantes et plus heureuses dans les légions de la république et de Feippire, elles ont fourni des généraux habiles, des maréchaux célèbres; Buonaparte même est sorti de leurs rangs. Envoyé à Tâge de dix ans à récole royale et militaire de Brienne, Etienne de Naosouty passa le a 1 octobre 1 7 79 à l'école militaire de Paris. U obtint une sous-lieutenance d'infanterie le 30 mai 1785, et Monsieub, avjourdliui le roi, le créa chevalier novice du Mont- Carmel. La croix de cet ordre ne s'acoordoit qu*à l'élève de Técole militaire qui , pendant deux ans , avoit été le premier dans toutes les classes, et qui s'étoitaotant distingué par saconduiteque par ses études. Etienne de Nansouty étoit destiné à recevoir ses premiers et ses derûiers honneurs de la main de son roi. Conduit au régiment de Bourgogne par son père , qui avoit laissé des souvenirs honorables dans son régiment, il obtint, en 1788, par la protection du maréchal de Beauvau, un brevet de capitaine de remplacement au régiment de. Franche-Comté, cavalerie; il parut à peine à ce corps , et entra le 34 mai de la même année dans le sixième régiment de hussards, commandé par le duc de Lauzun, depuis duc de BIron, personnage trop petit pour la révolution, mais >qui vivra pourtant, parce qu'il réunit quelque chose des aventures et des malheurs dont son premier et son dernier nom rappellent le souvenir. Etienne de Nansouty se trouva mêlé à Nancy dans l'afTaire du régiment de Châteauvieux, et courut des dangers en restant fidèle aux ordres du roi. La révolution commençoit par accréditer ses doctrines ; elle mit d'abord quelque discernement dans ses choix. Etienne de Nansouty , malgré sa Jeunesse, fut désigné par les ofllciers et les soldats pour commander une compagnie de son régiment : chaque régiment, devenu une espèce de. république militaire, avoit acquis ce droit d'élection. La guerre ayant éclaté , le capitaine Nansouty y fat successivement nommé lieutenant colonel du 9^ régiment de cavalerie (4 avril 1 792) , chef de brigade , ou colonel du même régiment (19 brumaire an II, 1793), général de brigade, ou maréchal de camp (17 fructidor an VII), général de division, ou lieutenant général

(3 germinal an XI, 1803), et enfin cokmel dei dragons (1 1 Janvier 1818) ; tous grades qu'il acquit avec son épée. Il apprit en Allemagne avee le général Moreau , et en Portugal avec le génèil Leclerc, ce qui fait les succès et les revers à la guerre ; il commandoit la grosse cavalerie aoos les ordres du général Mortier, à la conquête dv Hanovre. Nommé premier chambellan de ma* dame Joséphine Buonaparte, alors impératrice, il donna bientôt sa démission d'une place peu eompatible avec l'indépendance d*un soldat : il m voulut ramper ni sous les crimes ni sous les bon* neurs de la révolution. Betoumé aux campi, il attacha son nom à la plupart de ces grandes Journées ou nos soldats prodiguèrent leur saDg pour faire oublier celui qu'on avoit versé sur les échafauds. Il se battit à Wertinghen et à Uln, acheva la victoire à Austerlitz, commença celle de Wagram , se trouva au feu à l'affaire de Friedland, et fut blessé à la Moskowa; la cavalerie de l'armée et de la garde l'avoit pour chef à la bataille de Leipzig ; et ce fut lui qui , dans le défilé de Hanau , rouvrit à nos étendards le chemia de la France. Dans la campagne de 1814, oà Buonaparte manifesta pour la dernière fois soa génie ( car l'homme extraordinaire finit en loi aa 20 mars , et Waterloo , placé hors des limites assignées à sa puissance , ne compte plus que dans sa destinée) , nos soldats étoient rentrés dans la cause de la monarchie, accompagnés plutôt que repoussés par l'Europe, qui les suivoit comme à la trace de leurs victoires. Après douze siècles, notre gloire militaire, débordée ^ur toutes les nations , se retira vers sa source; on se disputdt la capitale des Gaules dans les lieux mêmes d'où les premiers Francs avoient maiché à sa conquête. L'éclat de nos armes faisdt sortir de l'oi»curité les hameaux del'Ile de France, comme il avoit donné un nom aux villages inconnus des Arabes et des Moscovites : les derniers booleU de cette guerre de vingt-cinq années , qui noss avoit soumis Berlin , Vienne , Moscou , Lisbonne, Madrid , Naples et Rome , vinrent tomber snr les boulevards de Paris. Le générai Nansouty assiste à tous les combats livrés aux bords de la Marne et de la Seine , conmie il s'étoit trouvé aux batailles données sur les rives du Boiysthène et da Tage ; il protège la retraite à Brienne, ouvre l'alr taqueà Montmirail, àBerry au Bac,àCraiNine, et voit enfin la couronne impériale tomber àFoD< tainebieau , dans ce même palais où Buonaparte

LES QUATRE STUARTS

«voit reteBQ prisoimier le pontife qai Tavoit marqué du soeaa des rois. Ainsi s*écroala, après lifiile années, ce prodigieux édiûce de gloire , de Miesetde crimes, qu'on appelle la révoMion, LesccNiquétes otites de Louis XIY existent entièm*, et de l'Europe envahie , il ne restoit à la réfÛipe et à l'empire que le camp des Cosaques utoer du Louvre. Pendant la campagne de nuée, le générai Nansouty ressentit les atteintes de h maladie à laquelle il devoit bientôt succomter. n manquoit souvent des secours que son état eiigBoit; mais ii voulut rester à cheval tant qu'il ycat QD champ de bataille ; 11 avoit vécu sous la teste ao milieu des triomphes et loin de nos malkurs; lorsque le bruit des armes cessa , ii lit parloir à l'autorité cette adhésion, remarquable firsa simplicité : « J'ai l'honneur de prévenir le « gouvernement provisoire de ma soumission à « b Maison de Bourbon. » Cette adhésion entraîna aile d'une grande partie de l'armée : en déter- ■înaot ses compagnons d'armes à rejoindre le èapeau blanc , le général Nansouty obtint pour B patrie sa dernière et sa plus belle victoire. Les wiveiaiDs de ITurope , réunis à Paris en 1 8 1 4 , UdoDoèrent des témoignages d'estime d'autant phs flatteurs , que , si la faveur étoit venue queifoefUs le trouver, il ne Favoit Jamais recherchée; ■ab UQ suffrage que le cœur d'un François amiNtiooDera toujours lui étoit réservé : Monsieub raoeueillît avec bonté; Louis XVIIl l'honora de Bconflanoe; le général parcourut la Bourgogne en qualité de commissaire du roi , et fut nommé , a« Riour de cette mis^n , capitaine-lieutenant de b iNremière compagnie de mousquetaires. Le géBéial Nansouty , un des meilleurs otQciers de eaiakrie que les guerres de la révolution aient fndoits, étoit brave , humain , désintéressé , et eouervoit au milieu de la rudesse des camps , la potttesBe de nos anciennes mœurs. Il sauva constement la vie aux émigrés que le sort des armes JelDît entre ses mains ; il épai^a au Ty roi les hor- Wsdu pillage, et litdistribueraux hôpitaux une Mune considérable, que les autorités du pays avoieiit voulu lui faire accepter par reconnoisttaee. Logé à Moscou , avec des soldats affamés, 'm le palais du prince Kourakin , on trouva , •près ion départ, les scellés intacts et tels qu'ils tvoieiit été apposés sur les armoires par les ordres da prince. S'il avoit souvent gémi des maux 9^ la guerre avoit fait souffrir sous ses yeux aux Pcqles étrangers, il fut plus sensible encore à

Page 1